| CLIOMETRE
! Les sportives chez Renault, c'est une véritable tradition
qui remonte aux premières 4 CV 1063. Mais sans remonter aux Calendes Grecques
et jouer les anciens combattants, c'est surtout au cours des années 70
à 90 que Renault a animé en tête du peloton la course aux
GTI et petites sportives. Depuis 1991, c'est la saga Clio principalement qui se
charge du sport chez les petites de Billancourt. Désormais, nous sommes
à l'épisode 3 avec la dernière Clio 3 RS et ses 200 ch. Mieux
finie, plus cossue et toujours sportive, la nouvelle Clio 3 brigue à nouveau
son titre de reine des GTI. Mais avec son embonpoint est-elle toujours une référence
sportive ? Réponse avec ce dossier complet sur piste et sur route, ainsi
que l'avis d'un propriétaire d'actuelle Clio 2 RS de 2002... Texte:
Gabriel LESSARD - Photos: D.R. Il fut un temps que les moins de
20 ans ne peuvent pas connaitre. Loin de nous de pleurer une époque révolue,
mais il faut avouer que les années 80 ont représenté l'apogée
de la vague GTI. Les
GTI étaient à la mode et chaque constructeur se devait d'avoir une
petite bombe dans son catalogue. Eveillées par la désormais mythique
VW Golf 1 GTI, ce fut ensuite la Peugeot
205 GTI en 1600, puis en 1900
cm3 qui fit alors figure de référence chez les GTI et petites sportives.
Renault proposait également
sa " solution GTI ", mais toujours en privilégiant les moteurs
turbocompressés : 5 Alpine Turbo, puis Supercinq
GT Turbo. En 1991, la nouvelle Clio met fin au règne du chiffre 5 dans
le catalogue de ce qui s'appelait alors encore la Régie. Et en prime, exit
les turbos, Renault revient à l'atmosphérique comme au bon vieux
temps des R8 Gordini ou des R5 Alpine. D'abord timide
(et même étouffé sur la 16V) sur la Clio
1 16S, puis gros cur avec la Williams
elle est enfin devenue plus sportive. La saga des Clio 2
RS 2.0 16V a su évoluer au fil des millésimes pour répondre
aux critiques des journalistes et des propriétaires sportifs. Premier lifting
en 2002, puis options châssis sport et séries spéciales (Ragnotti,
Team, Trophy) pour finir en beauté avec
la RS 2004. Une vraie GTI pure et (encore dure) qui fait le bonheur de nombreux
passionnés. Avec sa nouvelle Clio 3 RS, Renault entend bien conserver son
titre de GTI " étalon ". La nouvelle Renault est-elle toujours
la " Cliomètre " à battre ? Réponse dans les paragraphes
suivants... DESIGN Autant l'avouer franchement, la Clio 2 ne
nous avait jamais vraiment tapé dans l'il côté plastique.
Heureusement que le lifting intervenu a redonné de la personnalité
à une ligne fade sur le modèle de base et que l'on retrouve sur
la Clio 2 RS. Pour sa nouvelle Clio 3 Renault avait noté les reproches
et lui a redonné de la personnalité. Les optiques avant sont plus
étirées débordant vers le capot, et l'arrière rebondit
possède plus de relief et de facettes qui donnent du tonus dans la ligne
générale. Les dimensions progressent très nettement dès
le modèle de base avec +18 cm en longueur, +13 cm en largeur et +6 cm en
hauteur. Mais l'empattement gagne lui aussi +10 cm ce qui n'est pas négligeable,
on le verra après, pour le comportement routier. Mais passée sur
les planches à dessin des designers de Renault Sport, et cadrée
par les techniciens, la Clio s'est muée en athlète ! Ailes avant
et arrière élargies, aérations béantes dans le bouclier
avant dont le dessin est nettement différent des Clio de base, jantes alu
de 17 pouces à 12 branches, bas de caisse
Mais surtout ce qui frappe
sur la Clio 3 RS, ce sont les petits extracteurs d'air sur les ailes avant (situés
devant les portes) qui sont non seulement très esthétiques et évocateurs
de performances mais possèdent une réelle utilité. Ils neutralisent
les perturbations générées par l'élargissement de
chaque aile et évacuent aussi plus efficacement la chaleur dégagée
par le moteur. L'autre innovation de style qui possède aussi sa raison
technique est le diffuseur arrière comme sur les Renault de Formule 1 ou
encore certaines Ferrari de route ! Très flatteur pour les yeux et l'ego
du futur propriétaire d'une Clio 3 RS, il permet surtout à la Clio
de se passer d'un aileron qui dégraderait le Cx (Coefficient de pénétration
dans l'air), car il génère jusqu'à 70 kg d'appui sur l'arrière
à 215 km/h (40 kg à 130 km/h). Ce diffuseur qui masque les sorties
d'échappement a généré de nombreux débats entre
techniciens et " marketeurs " tant une sortie d'échappement proéminente
et visible est synonyme de sport pour les clients. Finalement, l'utile l'a emporté
sur le subjectif. Beau (design), évocateur (marketing) et efficace (technique),
tous les services de Renault Sport semblent s'être mis au diapason sur la
nouvelle Clio RS et ce diffuseur symbolise à lui seul cette synthèse
qui caractérise le style de la petite bombe de Billancourt. Une véritable
réussite ! D'ailleurs, dans cette livrée rouge, on ne passe pas
inaperçu et personne ne confond cette Clio avec la nouvelle dCi de votre
voisin. Quelques logos " Renault Sport " complète la panoplie
sport de notre Clio. Une véritable réussite cette Clio qui ressuscite
ainsi le sex-appeal de la regretté Clio 16S ou même Clio Williams
avec les voies larges. INTERIEUR AU TOP ! Une fois bien calé
dans les sièges baquets, on se sent bien dans cette Clio revêtue
de sa tenue de sport. La position de conduite, en très net progrès,
est certes encore un peu haute, mais dans l'ensemble on trouve vite ses réglages
personnels, et tout tombe parfaitement sous la main : volant, boîte, commandes
Equipée de l'option carte main libre (400 euros), " notre " Clio
avait donc la possibilité du réglage du volant en hauteur et en
profondeur, ce qui n'est pas possible sans cette option (Neiman classique). Un
gadget qui est plus utile qu'il n'y parait et vous permet surtout d'avoir une
option digne d'une limousine prestigieuse bien plus onéreuse comme la Mercedes
Classe S par exemple ! Le volant offre une très bonne préhension
et les mains trouvent naturellement leur position idoine pour mieux enchaîner
les virages. Le maintien des sièges est excellent et ils restent cependant
confortables. La planche de bord est d'un dessin simple et sobre, juste rehaussée
par les placages look métal et surtout elle offre au toucher des plastiques
moussés très qualitatifs. Un exemple que pourrait suivre la Polo
GTI et ses plastiques durs
L'équipement de série pour
une sportive de 23 000 euros est très garni et pourra contenter le plus
grand nombre : vitres électriques, centralisation, autoradio CD avec satellite
Renault (toujours aussi ergonomique et intuitif
le touch design cher à
Patrick Le Quément !), ordinateur de bord, climatisation automatique, régulateur
et limiteur de vitesse. Après il faudra se plonger dans les options, mais
l'essentiel est bien là ! A ce prix, c'est très compétitif.
On regrettera en revanche une instrumentation pauvre pour une sportive de ce rang.
Pas de température d'huile, ni de température d'eau. Autre regret,
un garnissage des sièges un peu triste qui auraient pu être relevé
par de l'Alcantara ou du cuir (option à venir). A noter le coffre très
grand pour la catégorie avec ses 288 dm3.
MOTEUR
On ne change pas une équipe qui gagne serait-on tenté de penser.
Les techniciens de Renault Sport Technologie ont repris comme base le F4R, qui
est désormais baptisé " F4R RS ". Avec ses deux litres
de cylindrée, ce moteur rageur dans les tours avait marqué les esprits
sur la Clio RS ancienne génération par un rapport cheval par litre
éloquent et un calage d'arbre à cames d'admission variable qui se
faisait nettement sentir à partir de 5 500 tr/mn. Sur la nouvelle Clio,
la suralimentation étant exclusivement réservée à
la Mégane RS, un gros travail a été
opéré sur la mécanique pour lui donner plus de tonus et compenser
la prise de poids, inéluctable dans l'évolution de l'automobile
moderne. Toute l'admission a été revue, notamment pour la longueur
et la perméabilité des conduits, tandis que les sièges de
soupapes ont été optimisés. En revanche, le système
d'admission à géométrie variable bi-mode est reconduit. La
loi de la levée des soupapes a été modifiée (de 9
à 11,5 mm) et l'arbre à cames possède un calage variable
en continu. Pour amoindrir les vibrations et optimiser l'équilibrage, le
vilebrequin en acier possède 8 contrepoids contre 4 auparavant. Une rondeur
de fonctionnement qui se ressent très nettement dans toutes les situations,
que cela soit à l'attaque ou en rythme balade. L'échappement est
dorénavant composé d'un gros silencieux sous le coffre qui permet
de réduire de 50% les contre-pressions peu propices au rendement. Alors
? Les ingénieurs motoristes peuvent être fiers d'eux avec 200 ch
à 7 250 tr/mn et un régime maxi de 7 500 tr/mn. Si vous calculez
comme nous, on arrive à un rapport de 100 ch/litre. Un résultat
éloquent pour une mécanique atmosphérique que seuls quelques
motoristes de renom peuvent revendiquer sur des mécaniques de série
(BMW, Honda, Ferrari). Et volant en main, c'est avec une joie non dissimulée
de pousser les rapports à 7500 tr/mn avec l'aiguille du compte-tours qui
vient fleureter avec les 8000 tr/mn inscrits en rouge
Avec 215 Nm de couple
à 5 500 tr/mn, on va tout de suite lorgner sur la partie " charge
pondérale " de la Clio et on craint le pire côté souplesse
à bas régime. Mais Renault a anticipé ces évolutions,
et c'est une boîte courte qui est retenue : la boîte à 6 rapports
TL4 (celle qui équipe la Clio 1.5 dCi 105) avec un rapport de pont raccourci
et un étagement très resserré. Sur la route, c'est vrai qu'elle
est courte cette boîte ! A 130 km/h sur autoroute en 6e, le moulin tourne
à 4 000 tr/mn. Alors évidemment le niveau sonore est présent
dans l'habitacle. Une aubaine pour l'amateur de voitures de sport, mais pour les
autres
Cette boîte courte procure ainsi des reprises excellentes et
il n'est pas rare de vouloir passer le rapport supérieur tant la sensation
de poussée est réelle en reprises en 6e. Le verdict du chrono est
flatteur même si la nouvelle Clio marque le pas par rapport à la
précédente : le 0 à 100 km/h est abattu en 7,4 secondes et
le km DA en 28,3 secondes. La vitesse de pointe régresse mais ce n'est
plus réellement d'actualité de nos jours, surtout sur une GTI. Le
compromis global est excellent avec cette mécanique brillante, mais pas
encore assez charmeuse en harmoniques, et la boîte courte pour compenser
la prise de poids. Reste que dans des courbes en épingles (sur circuit),
il ne faudra pas hésiter à repasser en première pour effacer
cette inertie de poids propre aux lois de la physique. CHASSIS
Les premières impressions au volant d'une auto sont souvent déterminantes
pour le ressenti. Après avoir quitté le parking du parc presse de
Renault, notre premier freinage est mal dosé et trop appuyé. Deuxième
tentative et deuxième confirmation, cette Clio RS semble savoir freiner.
Remarquez, cela n'est pas si surprenant finalement puisque Renault n'a pas lésiné
sur ce chapitre avec les freins de la Mégane
RS et ses étriers Brembo à quatre pistons. Un choix judicieux
et qui rappelle, surtout aux amateurs des sorties circuit, que les freins sont
au moins aussi importants que le reste. D'ailleurs, nos séries de tours
sur le circuit Espace Plus de Marcoussis n'ont pas permis de constater la moindre
perte d'efficacité de freinage. Il convient juste au préalable de
désactiver l'ESP (qui se déconnecte totalement, bravo Renault !).
Petite déception devant une telle puissance de freinage, ce déséquilibre
sur le train avant lors de freinages véritablement sportifs. Certains de
nos confrères incriminent l'ABS, d'autres, la répartition du freinage
avant et arrière. Nous avouons ne pas avoir réussi à déterminer
la cause de ce phénomène. Peut être une conjugaison des deux
alliés avec l'empattement court et les voies larges ? Affaire à
suivre
L'équipe de François Gauchet a travaillé pendant
deux ans pour mettre au point le châssis de la Clio RS. Leur premier défi
a été de réussir à imposer d'office dans la conception
de la Clio (même les modèles de base) des voies aussi large à
l'avant qu'à l'arrière (22 mm de différence sur l'ancienne
Clio). Cela a permis ainsi de doter la Clio RS cuvée 2006 d'un comportement
très équilibré avec un train avant et arrière aboutis
et efficaces. Le but était de donner un comportement routier accessible
au plus grand nombre et c'est réussi. Pas besoin d'être pilote pour
rouler avec cette Clio. En revanche ESP désactivé, il est possible
de jouer avec le transfert des masses et de faire dériver l'arrière.
Ensuite, un petit contrôle volant et accélérateur pour entretenir
la dérive. Courbes rapides ou enchaînement serrés, la Clio
est à l'aise sur tous les terrains et fait presque oublier son poids. Autre
point de satisfaction, la Clio ne fait plus subir des remontées de couple
dans le volant et offre une motricité excellente. On peut louer ainsi la
reprise de la technique du train avant à pivot indépendant de la
Mégane RS et aussi l'excellente adhérence des pneus Continental
ContiSport Contact3 asymétriques. Cette efficacité globale élime
un peu le plaisir de se battre au volant pour les amateurs de sport pur et dur.
Patience, Renault nous promet quelques évolutions avec notamment une option
châssis sport. Autre gros point de satisfaction, la direction à assistance
électrique enfin consistance qui permet d'avoir le ressenti de la route
et encore mieux apprécier la précision chirurgicale du train avant.
La Clio RS reste donc maîtrisable par tous ou presque et peu même
se montrer joueuse pour ceux qui savent. Plus que sa facilité de conduite,
c'est avant tout sa prise de poids qui dérange le plus. Une petite série
limitée allégée pour les intégristes serait la bienvenue.
Le niveau de confort est ferme mais reste convenable, surtout pour une sportive. ::
CONCLUSION Les intégristes adeptes du circuit regretteront peut
être le caractère plus ascète de l'ancienne RS, mais pour
les autres, qui ne vont pas nécessairement jouer du volant sur circuit
le week end, c'est certainement la GTI du moment à acheter en raison de
son homogénéité, son look de tentatrice, son tarif avantageux
et sa facilité de vie à l'intérieur. Les Renault des voitures
à vivre ? Oui, mais à vivre vite car n'est pas GTI qui veut et la
Clio vient de s'installer en tête du classement des " petites "
GTI. La descendance est assurée, et surtout quel freinage !
CE
QU'ILS EN ONT PENSE : "Ici aussi, Renault a mis les petits plats
dans les grands. Les modifications de carrosserie ont permis d'adopter des voies
très sensiblement élargies pour l'essieu avant complètement
spécifique -reprenant le principe du pivot indépendant inauguré
par la Mégane-, et l'arrière très largement modifié
pour gagner notamment en fidélité de trajectoire. Résultat
: le châssis se montre particulièrement rigoureux et efficace sur
les routes sinueuses. L'équilibre gagne même légèrement
en agilité par rapport au modèle précédent, grâce
à un train avant particulièrement incisif et à un système
de freinage à la stratégie de fonctionnement moins conservatrice."
Le Moniteur Automobile - 13 juillet 2006 - Renault Clio 3 RS. "A
l'instant du verdict, la Clio RS nous a fait globalement une bonne impression
malgré des performances en retrait et une mécanique quelque peu
émoussée. Le châssis fait figure incontestablement comme le
morceau de choix, véritable réussite à l'aise quelle que
soit le rythme ou le relief. L'auto est sexy, bien équipée et agréable
à mener, invite au voyage, le tout pour un tarif très compétitif.
De quoi sérieusement envisager une vie côte à côte..."
Motorsport - août/septembre 2006 - Renault Clio 3 RS. "Et
le panache ? Les ingénieurs de chez Renault Sport ont accompli un travail
formidable. Ils ont raclé partout où cela était possible
afin de compenser l'embonpoint du modèle de base et développer une
Clio plus efficace que jamais. Malheureusement, les performances font du sur place
et le plaisir de pilotage régresse. La RS suit ainsi le chemin pas très
passionnel emprunté par la grande majorité de ses concurrentes,
mais reste malgré tout la GTI la plus aboutie du moment, pour un prix toujours
aussi attractif." Echappement - juillet 2006 - Renault Clio 3 RS.
L'Automobile
Sportive remercie Julien Piguet
et le circuit Espace Plus à Marcoussis pour nous avoir
permis d'y tester la nouvelle Clio RS. |