| DU
BLEU DANS LES YEUX...
Née en série limitée pour célébrer
les succès de Renault en Formule 1, son rôle est pourtant de servir de base à
l'homologation en rallye. Et comme le disait fièrement le slogan publicitaire
de l'époque, "Vous pouvez rougir de honte, verdir de rage, mais c'est à une Clio
que Frank Williams a donné son nom". Aujourd'hui encore, un grand nombre de ses
propriétaires ont du mal à se séparer de leur jouet, et pour cause !...
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: Julien MONGIAT & D.R. Digne
héritière d'une lignée de Renault sportives initiée
avec la R8 Gordini, puis les R5 Alpine et Supercinq
GT Turbo dans la période euphorique des années 80, la Clio Williams
proposée initialement sous forme d'une série limitée a fait
mouche dans le coeur des amateurs de bombinettes. Apparue à une période
où justement ce segment était en véritable chute libre face
à la montée en puissance du Diesel et de la répression routière,
la Williams allait à l'encontre de la demande d'une majorité d'automobilistes
prêts à se réfugier dans des valeurs plus orientées
vers le confort et l'économie. C'est sans doute pourquoi elle demeure aujourd'hui
comme une sorte d'aboutissement, représentant l'apogée d'un règne,
celui des petites GTI.
PRESENTATION
Ce n'était pas un hasard si Renault avait choisi de présenter à la presse en 1993,
sa nouvelle petite merveille sur l'île de beauté, en référence au Tour de Corse,
en même temps que ses dérivés groupe A et groupe N... La Clio Williams est en
effet une authentique sportive qui ne manque pas non plus d'allure. Il suffit
de faire le tour du propriétaire pour s'en convaincre. Tout d'abord, ce qui frappe
immédiatement pas rapport à une 16S, ce sont les jantes Speedline dorées. Reconnaissable
également aux discrets stripping "Williams" collés sur les flancs et le hayon,
ainsi qu'au badge "2.0" des baguettes latérales, la nouvelle venue dans sa livrée
unique "bleu sport", a de la gueule. Extérieurement, c'est pourtant tout ce qui
la distingue, mais déjà cela s'avère suffisant pour rendre jaloux tous les propriétaires
de Clio 16S !
HABITACLE
Intérieurement, les évolutions sont toutes
aussi subtiles par rapport à la 16S de base. Tout d'abord on note les touches
de couleur bleue un peu partout, fond de compteurs, pommeau de levier de vitesses,
ceintures de sécurité, moquette... Et puis il y a les superbes sièges baquets
en velours, d'origine R19 16S, sur lesquels sont brodés
le fameux "W"... un régal ! Enfin, clou du spectacle sur la première série, une
petite plaque de laiton rivetée sur le tableau de bord, sur laquelle le numéro
de modèle est poinçoné. Du coup, on oublierait presque toute filiation avec la
banale clio de M. Toulemonde. Avec la Williams, on a en effet l'impression de
posséder un objet rare, ayant fait l'objet d'un travail spécifique, presque artisanal...
même si le choix des plastiques et le traitement des ajustements sont encore là
pour nous ramener à la dure réalité des Renault de l'époque. L'insonorisation
et la finition paraissent aujourd'hui moins remarquables qu'à la sortie, mais
malgré sa vocation sportive, la Clio Williams a su rester "civilisée" et on y
trouve ainsi en série les lèvres-vitres électriques comme la condamnation centralisée
des portes.
MOTEUR Un gros coeur dans une petite caisse a toujours
été la philosophie des sportives de la régie qui avaient commencé leur épopée
dans les années 70 avec les préparations sur R8 Gordini
et R12 Gordini. En 1993, Renault avait besoin d'un
moteur 2 litres dans sa clio pour pouvoir s'engager en rallye. Qu'à cela ne tienne,
s'il faut un 2 litres à la clio, elle en aura un ! Cependant, il est hors de question
d'implanter un 2 litres déjà existant dans la gamme sous le capot de la petite.
Les frais engendrés seraient trop élevés. La solution est donc de partir d'un
bloc existant, en augmentant simplement sa cylindrée. C'est le moteur F qui a
servi de base dans la Williams. Ce bloc né Diesel équipait à l'origine les R9/R11
1.6D... Beurk, pas terrible comme référence ! Et puis, sa version essence a vu
le jour peu après, toujours sur les R9/R11. Baptisée 1.7 energy, elle a également
équipé dans différentes déclinaisons, la super 5, la Clio, la R19, la R21 et la
Laguna. C'est aussi ce même bloc qui sera le premier moteur Renault à recevoir
une culasse à 4 soupapes par cylindre sur la R19 16S,
en 1990. Amorti et fiabilisé, ce bloc Renault, brille plus par sa robustesse que
par son caractère... Le F7P (F16ie) de la Clio 16S est donc devenu F7R pour la
Williams, passant de 1764cm3 à 1998cm3 et atteignant donc sa limite de cylindrée
par réalésage et par l'augmentation de sa course grâce à l'utilisation d'un vilebrequin
de Clio Diesel (sa course longue favorisant le couple). Comme pour mieux justifier
sa filiation à la F1, la culasse est trempée et résinée. Les conduits d'admission
sont polis, les ACT aux lois d'ouverture spécifiques permettent d'augmenter la
levée des soupapes. Les soupapes d'admission agrandies recoivent des poussoirs
hydrauliques. Le carter d'huile cloisonné et le collecteur d'échappement type
4 en 1 en tôle viennent parfaire cette préparation "course". Le résultat : 150
ch DIN à 6100 tr/min, 18,2 mkg à 4500 tr/mn dont 85 % disponibles dès 2500 tr/mn.
La Clio Williams est aussi malheureusement équipée d'un catalyseur, pièce obligatoire
en France depuis le 1er janvier 1993... Petite frustration également, la fougue
de cette mécanique est bridée à 6500 tr/min par un limiteur imparable. Vu que
le bouilleur ne se donne vraiment à fond que passé les 4500 tr/mn,
on finit par trouver ça "un peu juste". Il est vrai que certains
considèrent l'augmentation de puissance de 13 ch un peu faible par rapport à une
clio 16S. Elle aurait sans doute pu être supérieure si Renault s'en était vraiment
donné les moyens à l'époque. La vérité est que la priorité a été de chercher des
solutions simples et donc économiques, pour pouvoir répondre aux normes des groupes
A et N. De même, il fallait rentabiliser la Williams de route sur une petite série.
Néanmoins, avec cette préparation on se croirait revenu 20 ans en arrière avec
les modèles Gordini ou Alpine ! C'est bien connu, c'est dans les vieux pots qu'on
fait la bonne soupe ! Ce moteur brillant, souple, nerveux et fiable, sera d'ailleurs
repris plus tard pour le coupé mégane et le Spider Renault
Sport. Le premier problème engendré par la nouvelle mécanique est qu'il a
fallu trouver une boîte capable de passer les 200Nm de couple. La boîte est donc
renforcée, bien que conservant l'étagement de la 16S excepté la 5ème rallongée.
Comme sur les 16s, on s'énerve de voir la seconde sauter lors que l'on brusque
trop la machine... mais dans l'ensemble le maniement de cette commande à
tringles se montre fort précise. On se prend d'amitié d'autant plus
facilement avec la mécanique que l'étagement se trouve mieux adapté
encore au moteur. Revers de la médaille, eu égard à sa cylindrée
et à son poids modestes, la Williams est plutôt du genre "qui
aime boire" en conduite sportive ou urbaine. SUR
LA ROUTE
Une fois à bord , calé dans de "vrai" sieges
baquets, on apprend à profiter de l'excellent "maintien" pour s'offrir
de superbes sensations. Bien aidée par un train avant réglé
aux petits oignons et un couple maxi qui arrive assez tard, la motricité est étonnante
eu égard aux "petits" pneus. Les jantes Speedline chaussées en 185/55 VR 15 contribuent
pourtant au comportement de la Williams. Même si aujourd'hui ces dimensions paraissent
anodines pour une sportive, il ne faut pas oublier que la Clio Williams ne pèse
que 1000 Kg toute mouillée. Le train avant est précis et profite largement
de l'élargissement des voies avant grâce à l'utilisation de triangles inférieurs
de R19 16S. L'évolution du comportement routier constitue une des qualité les
plus marquantes de la Williams par rapport à la 16S. Avec l'élargissement du train
avant, le taux de flexibilité des barres arrières a été réduit alors que l'amortissement
est spécifique. Il est plus raide que sur la 16S et la garde au sol est légèrement
abaissée. La direction assistée de série est identique à celle de la Clio 16S
mais on redécouvre l'agrément d'une assistance pas trop marquée
combinée à cet extraordinaire train avant. L'arrière suit
le mouvement sans broncher mais ne dédaigne pas se placer non plus comme
il faut sur un simple lever de pied. Le freinage est aussi celui de la 16S mais
l'ABS n'est pas proposé ici, même en option. Les quatres disques (ventilés
à l'avant) offrent une bonne puissance et conservent une endurance appréciable
pour stoper la petite tonne de la Williams. La position de conduite est agréable,
grâce aux très bons sièges facilement réglables. ACHETER
UNE RENAULT CLIO WILLIAMS
Côté budget et entretien, une Renault Clio Williams
bien entretenue (vidange à 7500 km) et bien conduite (en respectant les
temps de chauffe moteur) pourra faire de nombreux kilomètres avant de poser des
soucis, hormis peut-être la boîte de vitesses qui peut finir par accuser
le coup d'une conduite trop soutenue, une fois passé les 100 000 kms. On
constate aussi parfois un peu de corrosion, notamment au niveau des ailes arrière,
surtout sur la première série. La carrosserie assez mince et la
jolie teinte bleue est assez fragile se montrent également sensibles aux
coups de portières et autres bobos de la ville. Des éléments
qui reflètent le soin apporté par le propriétaire. La voiture
consomme une petite dizaine de litres de super plombé en moyenne et un peu d'huile
aussi, comme de nombreux moteurs 16s. Les tarifs d'assurance, sans être bon marché,
restent accessibles à un grand nombre de conducteurs, et certains commencent même
à proposer des formules "collection" pour cette petite bombe
de la régie qui fête ses 13 ans. De même, la majorité des pièces
et des réparations courantes sont très abordables dans le réseau
Renault ou auprès de spécialistes de la marque. Elle
est donc vivement recommandable pour un achat d'occasion, ou dans le but de la
garder en collection. La Clio Williams première série a été commercialisée à 2500
exemplaires en France. Aujourd'hui, ce sont ces versions "numérotées" qui conservent
la cote la plus élevée. Elles s'échangent le plus souvent contre 6 à
8000 euros ! Une somme qui peut paraître insensée pour une auto âgée
de 13 ans que les assureurs indemnisent rarement à sa juste valeur. A noter
d'ailleurs à ce sujet que la mignonne petite bombinette bleue fait souvent
l'objet de vols. Très prisées en occasion et ayant peu roulé, les Williams "numérotées"
sont globalement des voitures souvent bien entretenues, bichonnées par des propriétaires
amoureux et constituent à ce titre un vrai "investissement" pour
le collectionneur. Les modèles non numérotés qui ont suivi le restylage se trouvent
à meilleur marché (environ 5000 euros), avec souvent plus de kilomètres, parfois
"tunés" et en moins bon état général. Mais quand on aime,
on ne compte pas, surtout avec du bleu plein les yeux !
::
CONCLUSION
La Renault Clio Williams est une véritable petite sportive
à l'ancienne, l'une des dernières de son espèce. Performante
et efficace, elle aura marqué sa génération et le coeur des passionnés. Pour preuve,
les propriétaires de Williams ne cèdent pas leur bijou aussi facilement qu'on
aurait pu l'espérer... Dommage, il faut s'y faire mais la Williams fait désormais
partie des rares voitures de grande série devenues des "collectors". Pour
le reste, si vous aussi vous avez été piqué par le Cupidon
de Renault sport, nous vous souhaitons bonne chance dans votre recherche. Mais
sachez faire preuve de bon sens en ne laissant pas la passion avoir trop le dessus
sur la raison !
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