| UNE
MERCEDES DE SPORT ! Lorsqu'un constructeur comme Mercedes-Benz décide
de se lancer sur le terrain du sport automobile, les choses sont rarement faites
à moitié. La première berline sportive frappée de
l'étoile de Stuttgart allait marquer l'histoire de la marque d'une pierre
blanche, ouvrant la voie à des rivales toutes plus audacieuses... Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: D.R. Nous sommes dans les années
80, l'automobile est plus que jamais le symbole de la réussite sociale
et de la personnalité des individus. Malgré la récente mise
en place des limitations de vitesses en France, la puissance et les performances
sont le premier moteur de vente et de communication de l'industrie automobile,
ce qui implique bien entendu de nombreux programmes et épreuves sportives
permettant au client d'identifier sa monture aux bêtes de piste dérivées
des voitures de série. En Rallye ou en supertourisme, la victoire fait
vendre. Malgré un palmarès sportif incontestable, l'image de Mercedes,
en tant que constructeur d'automobiles, a depuis l'accident tragique de la 300
SLR au Mans en 1955, été beaucoup plus axée sur la qualité
et la sécurité que sur la sportivité, une notion par ailleurs
peu compatible avec une autre des valeurs de la marque, le confort. Toutefois,
il semble que rôle dévolu à la plus petite des Mercedes issue
de Untertürkheim était bien de casser les idées reçues
en la matière, offrant une réponse inattendue à tous les
amateurs de voitures de sport et de nouvelles sensations aux habitués de
la marque. Présentée au salon de Francfort en 1983, commercialisée
l'année suivante, la Mercedes de sport allait marquer son grand retour
et tracer un chemin que beaucoup de constructeurs ne tarderaient pas à
suivre, enfantant dans la catégorie des familiales sportives quelques pièces
de choix comme la BMW M3 e30, la Ford
Sierra Cosworth , l'Audi 200 Turbo ou la
Renault 21 2L turbo. Première pierre
d'une série de sportives d'exception, la Mercedes 190 E 2.3-16 ne mérite
assurément pas de tomber dans l'oubli, pour tous les passionnés
d'automobiles sportives. DESIGN Le premier objectif de Mercedes,
à l'origine de la conception de la 190 E 2.3-16, est l'homologation du
nouveau modèle dans le fameux championnat allemand de supertourisme : le
DTM (Deutsche Tourenwagen Masters). Pour ce qui est du fond et de la forme, les
ingénieurs n'y sont pas allés à la légère.
Comparativement au reste de la gamme 190, la "16s" fait figure de provocatrice.
Sorte de Classe E en réduction, la Mercedes 190 (code usine W201) ressemble
à une caricature de ce qui a fait le style "germanique", à
savoir des lignes carrées, massives et rassurantes mais sans charme particulier
et une présentation terriblement sobre. La 2.3-16 jette alors un pavé
dans la marre et certains clients Mercedes n'auront sans doute pas tord de trouver
presque "vulgaire" une telle robe aux accents prononcés de tuning.
Il est vrai qu'avec les années et l'évolution du design, le kit
carrosserie de cette Mercedes de sport n'est pas vraiment à son avantage.
Aileron, spoiler avant et arrière, élargisseurs d'ailes, jupes latérales
de caisse, jantes alliage : Mercedes nous a fait la totale ! Mais les éléments
aérodynamiques qui sont là n'ont rien de purement décoratif.
Car contrairement aux apparences, la 190 E 2.3-16 possède un bon Cx (0,32)
et Scx (0,61), faisant figure de référence dans la catégorie
à l'époque. L'habitacle est austère et typique d'une génération
où tout était tracé à la règle et peint en
noir. Heureusement, l'équipement est complet et la liste des raffinements
est éloquente. La position de conduite trahit l'âge de la voiture,
surtout le volant pouvant accueillir un airbag en option, trop grand et peu pratique
pour le pilotage avec ses 4 branches. Les sièges ressemblent à des
baquets, à l'avant comme à l'arrière, normal, ils ont été
conçus chez Recaro ! Le mariage mixte tissu à carreau + cuir pouvait
aussi laisser place à un cuir étendu, noir aussi, bien sûr.
Sur la console centrale, devant le levier de vitesses, 3 manomètres (température
d'huile, chronomètre et voltmètre) ajoutent une petite touche "sportive"
à cet habitacle classique (très) et luxueux, dans la plus pure tradition
Mercedes. Nous constatons également qu'à défaut d'avoir bien
vieillit du point de vue du style, le niveau de qualité de fabrication
de cette époque aura rarement été égalé. MOTEUR
Contrairement aux habitudes maison consistant à chercher la performance
par la cylindrée et le couple, le moteur de la Mercedes 190 E 2.3-16 fait
appel à des solutions pour le moins inhabituelles en ce qui concerne son
développement. En effet, le spécialiste Anglais Cosworth qui s'est
fait remarqué à plusieurs reprises pour ses applications explosives
de moteurs 4 cylindres à 16 soupapes a été consulté
pour ensorceler celle qui restera sans doute pour longtemps encore l'une des Mercedes
les plus sportives. Le bloc en fonte 2,3 Litres est emprunté à la
grande soeur, la E230 mais reçoit une inédite culasse à 16
soupapes en aluminium de type Crossflow (flux transversal) avec des conduits d'admission
et d'échappement particulièrement travaillés, notamment au
niveau de la maîtrise des effets de résonance. Les deux arbres à
cames en tête sont entraînés par chaîne, le rapport volumétrique
atteint 10,5:1. On remarque également la présence d'un radiateur
d'huile et d'une injection mécanique Bosch KE-Jetronic avec allumage électronique
et une gestion du temps d'avance permettant même de s'adapter à différents
types carburants aux indices d'octanes variés. En conditions optimales,
le fougueux 4 cylindres 16s atmosphérique développe 185 ch à
6200 tr/mn, soit un excellent rendement de 80 ch/L. Le couple atteint pour sa
part 24 Mkg à 4500 tr/mn, confirmant le tempérament sportif de cette
mécanique d'exception. Peu réputé pour ses transmissions
manuelles, Mercedes a retenu une boîte de vitesses à 5 rapports Getrag
pour transmettre la puissance aux roues arrière. La grille inversée
(1ère en bas, comme en course) demande un certain temps d'adaptation mais
elle se montre plutôt agréable à manier. Cette transmission
parfaitement étagée est de plus complétée par un autobloquant
mécanique à 32%. Une fois passées les présentations,
il nous tarde d'entendre respirer cette mécanique alléchante sur
le papier. Contact, le 4 cylindres prend vie en émettant une musique évocatrice
mais discrète. Vive, la mécanique ne demande qu'à être
sollicitée. Le 4 cylindres, un peu creux sous 4000 tr/mn, se réveille
ensuite avec une vigueur jusqu'au régime maxi. Une Mercedes qui se mène
de la sorte à la cravache, et qui en redemande, voilà une chose
à laquelle nous sommes bien peu habitués ! Et nous ne boudons pas
notre plaisir, bien au contraire, car le châssis est parfaitement en accord
avec le potentiel du moteur. En termes de performances, si elles ont rapidement
été égalée, voir dépassées par la concurrence,
on reste en présence d'une auto qui "envoie". 0 à 100
km/h réels, mesurés par Echappement en 7"8, 1000 m DA en 28"8
et une vitesse maxi de 230 km/h chrono, la berline de l'étoile ne fait
pas semblant en dépit les 1250 Kg à pousser. CHASSIS
Après la bonne surprise du moteur, vient en effet celle des trains roulants.
Là encore Mercedes frappe fort sur un terrain où on ne l'attendait
pas. Déjà la base roulante de la petite 190 constitue une avancée
en matière de comportement pour une propulsion, mais la 2.3-16 va encore
plus loin dans l'art du compromis entre confort et efficacité sportive.
Le train avant exploite le principe du pseudo McPherson, mais Mercedes en a amélioré
les principes fondamentaux. Ainsi, la jambe élastique n'a plus de ressort
et joue donc un simple rôle amortisseur avec une course améliorée.
Le train arrière n'est pas en reste puisque la Mercedes 190 E 2.3-16 possède
un système de suspension indépendant à 5 cinq bras, contrôlant
parfaitement la position de la roue dans tous les mouvements imposés. Par
rapport à une propulsion classique, le contraste est saisissant. La 2.3-16
possède de surcroît une suspension abaissée de 15 mm avec
des ressorts plus rigides. Enfin, comble du raffinement technologique, la Mercedes
16s possède également un correcteur d'assiette hydropneumatique
en série. Conforme à ce qu'on attend d'une Mercedes actuelle, elle
freine fort et longtemps, avec ses 4 gros disques de freins ventilés et
un ABS Bosch de série, s'il vous plaît. Les roues de 15 pouces de
diamètre accueillent des pneumatiques spécifiques en 205/50 VR 15.
Cette Mercedes demeure aujourd'hui encore extrêmement moderne et efficace,
même conduite très sportivement. Alors qu'une voiture sportive de
série peut éventuellement faire bonne impression sur route, nombreuses
sont les prétendantes qui avouent légitimement leurs limites sur
circuit. Dans cette situation, la Mercedes 190 E 2.3 16 ne triche pas et se montre
formidablement efficace et endurante, les milliers de kilomètres de tests
effectués avec rigueurs pour lui garantir le niveau de qualité attendu
de la marque n'y est sans doute pas étranger. Peu sous-vireuse, très
équilibrée, elle glisse des quatre roues et en jouant tantôt
sur le frein, tantôt sur l'accélérateur, on peut se régaler
de sa propulsion en provoquant un survirage qui arrive très progressivement. ACHETER
UNE MERCEDES-BENZ 190 E 2.3-16 2.5-16,
Evolution et EvolutionII, la Mercedes 190E 2.3-16 va ouvrir la voie à une
série de voitures de plus en plus sportives et performantes, comme rarement
la marque en aura connu. Vendue 245 000 FF en 1984, elle coûtait 3 fois
le prix d'une Peugeot 205 GTI ! Malgré
tout, cette Mercedes sportive de l'histoire n'a pas retenu les faveurs du public
comme elle le méritait pourtant, au moins autant que la BMW M3 e30. La
cote de la 190 16s démarre aujourd'hui autour de 3000 euros pour une 2.3-16.
Un très bel exemplaire vous en coûtera jusqu'à 7000 euros,
avec parfois moins de 150 000 Kms au compteur. Une valeur plancher qui semble
ne plus devoir descendre maintenant. Attention toutefois, la rareté relative
de la bête en France ne doit pas vous empêcher de vous montrer exigeant
sur la qualité de l'occasion recherchée. Produite de 1983 à
1988, 19487 190E 2.3-16 sont sorties des chaînes. Voiture de connaisseurs,
elle est le plus souvent soigneusement choyée par des propriétaires
amoureux et maniaques ou au contraire, sauvagement bidouillée par des acheteurs
attirés par ses performances à faible coût. Attention aux
pièges de l'achat coup de coeur ou d'un prix trop attractif cachant une
voiture à l'historique obscur ou mécaniquement fatiguée.
Le coeur de la belle, son moteur, vous coûtera en effet bien cher à
remettre en état. Pour le reste, si l'on ne s'arrête pas à
son physique un brin ringard, il s'agit bien là d'une des meilleures sportives
de la décennie 80, littéralement encensée par la presse à
sa sortie. Comme on dit généralement, l'essayer c'est l'adopter
et le coup de foudre guette l'amateur de belles mécaniques au tempérament
rageur et sportif. Assurable en collection pour un prix modeste, elle sera capable
d'aller écumer les circuits sans rougir et vous ramènera à
la maison dans un confort d'authentique routière. Car, cerise sur le gâteau,
cette mécanique d'orfèvre ne souffre pas des maux traditionnels
des moteurs pointus si elle a été suivie régulièrement
dans les ateliers de l'étoile. Très fiable et robuste, elle répond
aux critères de qualité d'une Mercedes du meilleur cru et mis à
part quelques petits soucis de chauffe en embouteillage pouvant endommager le
joint de culasse, la mécanique se montre aussi résistante que les
autres moteurs bien plus fades de la gamme. Heureusement car ces moteurs ne sont
plus disponibles en échange standard. Il faut donc les refaire... La plupart
des autres pièces sont plus endurantes que la moyenne, toutefois certaines
pièces sont spécifiques à cette version et donc très
chères. Pour la carrosserie enfin, excepté quelques points de corrosion
possibles autour de la lunette arrière sur les premiers millésimes
(84-85), la 190 reste fidèle à la réputation de la marque. ::
CONCLUSION Véritable sportive accomplie, la Mercedes 190 E 2.3-16
concilie toutes les valeurs traditionnelles de la marque en y ajoutant un plaisir
de conduite et un tempérament surprenant ! Moins recherchée qu'une
BMW M3, elle constitue néanmoins une excellente alternative. Pour son caractère
exceptionnel dans l'histoire de la marque, cette Mercedes mérite donc toute votre
attention et pour les amateurs du genre et futurs propriétaires, son avenir en
collection est déjà assuré...
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EN MARGE DE LA SERIE |
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3 RECORD DU MONDE !
Sur la piste de Nardo, dans le sud de l'Italie, la Mercedes 190 E 2.3-16
va battre une série de record qui vont contribuer à sa renommée.
Du 13 au 21 août 1983, 3 voitures de série légèrement
modifiées (abaissement de 15 mm et lame avant augmentée de 20 mm
pour obtenir un Cx de 0.30, supression du ventilateur et de la direction assistée)
vont partir à la conquête de 3 records mondiaux de vitesse et d'endurance.
Toutes les deux heures et demi, la voiture devait refaire le plein et on changeait
de pilote en 20 secondes. Très sollicité, les pneus arrière
devaient être remplacés tous les 8,500 Km et à l'avant tous
les 17,000 Km. Pendant les 5 mn nécessaires à l'opération,
on faisait la vidange avec changement des filtres. 3 records du monde, et neuf
catégories mondiales de records ont ainsi été atteints. Au
terme d'un marathon de 201 heures, 39 minutes et 43 secondes, 2 des 3 voitures
avaient parcouru les 50000 kms à une vitesse moyenne de 247,9 km/h. |
| CE QU'ILS EN ONT PENSE
: "Le comportement de cette Mercedes est si exceptionnel que l'on
souhaiterait une bonne trentaine de chevaux supplémentaires. C'est après
tout l'un des plus beaux défauts que l'on puisse trouver à une voiture."
ECHAPPEMENT - Décembre 1984 - ESSAI MERCEDES 190 E 2.3-16 Liens
conseillés :
http://www.fande-mercedes-amg.com/forum : Un nouveau forum pour les propriétaires
et passionnés de sportives Mercedes-Benz ! |