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LA DERNIERE PURE ET DURE ?
Après la génération des SC transitoire,
qui devait amener Porsche à supprimer la 911 de son catalogue, les
clients et tous les passionnés autant chez Porsche qu'à l'extérieur
ont manifesté un tel mécontentement, que Porsche changea son flat
6 d'épaule et donna enfin à la 911 tous les égards qu'elle mérite…
Texte:
Nicolas LISZEWSKI - Photos: D.R.
Il faut remonter à la fin des années
70 pour bien comprendre l'évolution de la 911 dans la gamme
Porsche. Le Docteur Furhmann, avait lancé la marque dans
un développement et une expansion de la gamme Porsche. Et
bien que les puristes crient au scandale et à la trahison,
il faut bien reconnaître que les chiffres donnaient alors
raison au Dr Furhmann. La Porsche 924 se vend
comme des petits pains, les 928 sont de
vrais véhicules images et Porsche engrange les succès
en compétition. Et la 911 dans tout ça ? Elle est
jugée en fin de carrière et son développement
doit l'amener progressivement vers la retraite. Ainsi laPorsche
911 SC lancée en 78 est curieusement moins puissante
que la Carrera 3.0, sa devancière, et même que les
2.7 Carrera !! Avec seulement 180 ch, contre
200 et 210 ch, la SC fait crier au scandale. Et bien que les Porsche
à moteur avant soient intrinsèquement plus rationnelles,
pratiques et conduisibles par le commun des mortels, le charme des
911 et leur image en béton inverseront la tendance. Ainsi,
dès que le Dr. Fuhrmann quitte ses fonctions, la 911 est
remise sur les bons rails et la génération SC qui
termine avec 204 ch et un flat de 3 litres, laisse la place fin
1983 à la Carrera 3.2.
CARRERA, LE RETOUR !
Porsche ne va pas très bien financièrement et cela
bien que les ventes soient historiques avec des 944
qui se vendent en grand nombre. Alors, le marketing est là
pour prodiguer ses bons conseils. La prochaine 911 doit porter dans
sa dénomination l'appellation "Carrera", car ce
nom fait rêver les foules depuis les années 50 et fait
évidemment vendre. Et si esthétiquement l'évolution
n'est pas flagrante, l'évolution mécanique mérite
bien à elle seule cette nouvelle appellation de Carrera.
Pour cette nouvelle 911, de nombreuses contraintes ont du être
prises en compte notamment au niveau de la consommation et de la
pollution. Cette dernière contrainte étant prioritaire
car elle concerne le marché américain, gros consommateur
de Porsche. Ainsi, les cylindres proviennent directement de la SC
(95 mm d'alésage), les techniciens de Stuttgart ont greffé
le vilebrequin de la Turbo dont la course (74,4 mm) est à
la base de l'augmentation de la cylindrée. Le flat passe
donc à 3 164 cm3 de cylindrée. L'alimentation est
entièrement revue. Ainsi le nouveau système d'injection
électronique arrive à conjuguer une optimisation de
l'allumage et une maîtrise des consommations. Plus puissante
que la SC et avec un moteur plus gros, elle consomme pourtant moins
! Pas moins de 27 ch ont été gagnés par rapport
aux dernières SC de 204 ch. Le taux de compression de 9,8
: 1 à 10,3 : 1. Les cylindres sont traités au Nikasil
comme sur les Turbos et reçoivent des pistons plus performants
travaillant dans un ensemble dépourvu de joint de culasse.
Enfin, amélioration notable, le système de distribution
est doté d'un nouveau principe de tendeur hydraulique qui
annihile définitivement les problèmes rencontrés
sur la génération précédente. Un alternateur
plus puissant (1 240 watts) est monté et les échangeurs
d'échappement sont désormais protégés
par une double enveloppe extérieure.
DES FUCHS SINON RIEN !
On l'a vu, le look de la 911 Carrera 3.2 n'a pas évolué
par rapport aux SC. Seules les jantes alu type "Téléphone"
de 15" sont montées en série. Les Fuchs de 15
et même 16" sont disponibles en option. A l'usage, comme
sur les SC avec les jantes ATS, les jantes Fuchs optionnelles ont
la préférence des acheteurs, et les rares Carrera
3.2 qui seront achetées avec les jantes alu "Téléphone",
troqueront souvent leurs jantes d'origine contre des Fuchs suite
à leur changement de main. Les légendes ont la vie
dure et il faudra attendre la génération 964 pour
voir disparaître les jantes Fuchs. L'intérieur reçoit
quelques modifications de détails comparées aux SC
dont les grilles d'aération intérieures par exemple.
Mais pour le reste l'esprit demeure et c'est bien ce qui faisait
et fait toujours la force des Carrera 3.2 : une ligne et un esprit
mythique et inimitable.
TIMIDES EVOLUTIONS
Lors de la carrière de la Carrera 3.2, il y a eut l'étude
et le développement d'un monstre sacré qui mobilisa
toutes les énergies de Stuttgart : la 959. C'est donc sans
surprise que la Carrera 3.2 évolua timidement jusqu'en 1989.
Immédiatement disponible en 3 variantes (coupé, cabriolet
et targa), Porsche propose d'emblée, sur le coupé
uniquement, l'option Turbolook. Avec un châssis type Turbo
agrémenté d'un aileron sur le capot moteur arrière,
la Carrera 3.2 affiche un sacré look bien dans le ton des
années 80 où il faisait bon d'afficher sa réussite.
Il est cependant bien difficile aujourd'hui de certifier une vraie
Turbolook car il n'y a aucune différence dans les numéros
de châssis. La tenue de route est légèrement
améliorée par rapport au coupé standard mais
les performances sont légèrement en retrait. De même,
dès le premier millésime 84, des versions catalysées
(moteurs répertoriés 930/21) sont disponibles pour
les marchés canadiens, japonais et américains. La
puissance chute à 207 ch, et le taux de compression est de
9,5 : 1. Toujours dans les versions catalysées, les techniciens
ajustent le système d'allumage sur l'indice d'octane 95 dès
la fin 86. Le moteur ainsi modifié (répertorié
930/25) développe désormais 217 ch. Ces versions catalysées
de 217 ch, sont parties presque toutes vers l'Amérique du
Nord et le Japon. Mais, si ce n'était pas le cas des versions
207 ch, les 217 ch pouvaient être vendues aux clients européens.
Toutefois, l'Europe est restée peu réceptive dans
les premiers temps à ces versions plus écologiques.
Il est à noter que les rapports de boîte ont été
légèrement modifiés par l'usine afin que la
différence entre une 231 ch et une 217 ch ne soit pas flagrante.
La réelle évolution notable concerne l'année
1987. Porsche a enfin décidé de remiser la boîte
915 pour monter la G50 qui apporte un agrément et une précision
nettement supérieurs. C'était surtout l'occasion pour
l'usine de tester en série et à l'avance la boîte
de la future 964. 1987 est également l'année de quelques
séries spéciales. La Jubilé qui commémore
la 250 000e Porsche 911 produite, qui correspond d'ailleurs presque
au 25 ans de la 911. 875 modèles seront produits mais sans
signe distinctif sur le numéro de châssis. Elles se
distinguent par une teinte extérieure bleu diamant métal
avec des jantes Fuchs peintes ton caisse, un équipement intérieur
ultra complet et une signature de Ferry Porsche sur les appuie-têtes.
Toutes les variantes de la gamme 911 pouvaient être commandées
en finition Jubilé. L'autre série spéciale
était plutôt l'inverse de la Jubilé. Baptisée
Clubsport, elle devait rassurer les purs et durs de la 911 sur la
crainte de l'alourdissement. Alors exit les glaces électriques,
les sièges électriques, la clim', les sièges
AR
Près de 50 kg ont été gagnés.
Le levier de vitesses est plus court, les suspensions ont été
raffermies, et le régime moteur maxi a été
porté à 6 840 tr/mn. Seulement 610 exemplaires ont
été produits entre 1987 et 1989. En 1989, c'est la
fin de la lignée Carrera 3.2, bienvenue à la 911 type
964 avec direction assistée, transmission intégrale
et quelques soucis de jeunesse
ACHETER UNE PORSCHE 911 CARRERA 3.2 L
Aujourd'hui, elle représente certainement "l'investissement
911" le plus raisonnable et le plus sympa. Raisonnable car
on commence à en trouver dans les 15 245 E (100 000 F). Moins
cher c'est possible, mais ça vient d'Allemagne ou de Belgique
avec un passé plus que douteux ou alors elles sont françaises
avec 200 000 km ou plus. Evidemment les modèles avec boîtes
G50 sont plus côtés que les 915, tandis que les coupés
sont plus recherchés que les targa (le parent pauvre au niveau
des prix) et les cabriolets sont stables mais pas trop recherchés
(comptez entre 19 056 à 22 867 E - 125 à 150 000 F).
Côté entretien, les tarifs sont hélas toujours
très Porsche. Ainsi, c'est toujours à coup de 1 525
ou 763 E (10 000 F ou 5 000 F) dans le meilleur des cas. Une révision
des 80 000 km coûte dans le réseau officiel Porsche
près de 1 525 E (10 000 F) et celle des 120 000 km près
de 3 049 E (20 000 F) car la distribution entre autre doit être
changée. Sur des jantes Fuchs de 16", les pneus les
moins chers seront à près de 153 E (1 000 F) pièce
sans le montage ni la pose. Autre sujet délicat, trouver
une assurance. Si vous avez 35 ans, 50% de bonus et vivez à
Orléans, "no souçaille" (Ophélie,
si tu nous regardes
), mais si vous avez 25 ans, résidant
en région parisienne et 25% de bonus, cela devient plus épineux.
Mais la partie entretien reste raisonnable car la Carrera 3.2 est
l'aboutissement d'une lignée à la technique éprouvée.
La légendaire fiabilité des 911 Carrera 3.2 est donc
réellement justifiée à condition bien sûr
que la voiture ait été entretenue correctement. Et
nous connaissons plusieurs 911 Carrera 3.2 ayant parcouru bien plus
de 250 000 km avec moteur et boîte d'origine !! Sympa ? Assurément
car cette Carrera 3.2 distille des sensations que peu de voitures
actuelles peuvent procurer, réglementation environnementale
et technologie embarquée obligent ! L'image, bien sûr
avec cette ligne intemporelle qui est la dernière presque
conforme à l'originale, le son ensuite avec le flat 6 par
encore étouffé qui sonne fort dans le dos, puis la
virilité et la sueur avec un comportement joueur mais vif,
une direction non assistée et des performances de tout premier
ordre. Bref, autant de plaisirs concentrés en une seule voiture,
c'est assurément cela le succès de la 911 au fil du
temps.
Enfin, derniers conseils pour l'acheteur potentiel que vous êtes
:
- Les coupés doivent valoir plus chers que les targa.
- L'absence de jantes Fuchs est très pénalisant pour
la revente éventuelle.
- Un toit ouvrant d'origine fait vendre mieux sa 911.
- La boîte G50 est indispensable et doit donc valoir plus
cher.
- Bien étudier son budget total (achat + entretien à
venir) et non uniquement l'achat. Exemple : vous achetez une 911
Carrera 3.2 avec 122 000 km au compteur pour 19 056 E (125 000 F).
Vous vous dites la bonne affaire. Mais, la révision des 120
000 km, qui est indispensable rappelons-le, vous coûtera 3
049 E (20 000 F), les 4 pneus à changer 612 E (4 000 F) au
strict minimum sans la pose et l'embrayage donne quelques signes
de fatigue de même que les disques et les amortisseurs. Résultat,
vous en aurez au total pour nettement plus que 22 868 E (150 000
F). Alors n'hésitez pas à regarder les modèles
en vente à 22 868 E qui auront quelque (rares) fois peu de
kilomètres et un carnet et entretien à jour. A bien
méditer avant achat.
- Trouver des modèles avec peu de kilomètres relève
de l'exploit et s'apparente un peu à la quête du Graal.
Donc si on vous présente des modèles avec 50 000 km
d'origine, méfiance !!
:: CONCLUSION
La 911 Carrera 3.2 est celle qui a sorti Porsche du gouffre financier.
Elle symbolise le renouveau de la 911 dans la gamme Porsche en ayant
résisté aux attaques des concurrentes et des autres Porsche à moteur
avant. Depuis, la 911 a repris sa place de leader dans la gamme
Porsche. Et pour bien illustrer la réussite de la Carrera 3.2 et
son image indestructible dans le cœur des gens, sachez que si les
944 Turbo et 911 Carrera 3.2 avaient le même prix à l'époque, une
bonne 944 Turbo se vendra difficilement plus de 11 434 Euros (75
000 F) pour une 220 ch ou 250 ch en très bon état. Tout est dit…
CHRONOLOGIE :
1983 : Présentation
et commercialisation de la Carrera 3.2. Elle succède à
la génération des SC et développe 231 ch. Elles
sont équipées de série des jantes alu dites
"Téléphone" en 15" qui reprenaient
le dessin de celles des 928.
1984 : Nouvelle option Turbo-look disponible sur les coupés
(châssis, ailes larges et aileron des Turbos). Version catalysée
du 3.2 pour certains marchés exports avec une puissance de
207 ch.
1985 : L'option Turbo-look devient dispo sur les Targa et
cabriolets. Le siège conducteur devient réglable électriquement.
Le volant à 3 branches cède sa place à un volant
4 branches qui va équiper toutes les Porsche. Réduction
de 10% du débattement du levier de vitesses.
1986 : Version catalysée du 3,2 litres pour tous les
marchés. La puissance grimpe à 217 ch. Augmentations
de la taille des aérateurs intérieurs centraux. Barres
de torsions AR plus épaisses (25 mm). Barres stabilisatrices
AV et AR plus épaisses (+2 mm et +3 mm). Réduction
de 10% du débattement du levier de vitesses.
1987 : Nouvelle boîte de vitesses G50 (Getrag) avec
commande de débrayage hydraulique. Commercialisation de la
Carrera 3.2 Clubsport (allégée) fabriquée à
environ 610 exemplaires. Présentation au salon de Frankfurt
du Speedster. Sortie de la série spéciale Jubilé
pour commémorer le 250 000e exemplaire de la 911.
1988 : Les jantes "Téléphone" sont
remplacées par des Fuchs en 15". En option il était
possible de monter des Fuchs 16" de même dimensions que
celles équipant les Turbos.
1989 : Monte en série des Fuchs 16" des Turbos.
Commercialisation du Speedster Carrera 3.2.
Fin de la Carrera 3.2. Commercialisation des 911 dites "964".
Liens conseillés sur PORSCHE 911 Carrera 3.2L : Sportwagen.fr, la passion Porsche |