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SUPER CARRERA !
Alors que la Porsche 911 semble condamnée à passer la main
au moteur avant, un sursaut du destin va lui permettre de subsister
contre vents et marées. La 911 Super Carrera 204 chevaux
de 1980 marque à ce titre un véritable tournant dans
l'histoire du modèle...
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: Stéphane DEVE, Sébastien DUPUIS & D.R.
Au milieu des années 70, les plans du Docteur Ernst Fuhrman,
alors directeur de la marque, ne sont clairement pas à l'avantage
de la 911 pour laquelle il envisage purement et simplement un remplacement
par les nouvelles Porsche à moteur avant refroidi par eau,
la 928 et la 924.
Ferry Porsche, le fils du créateur tente pourtant de maintenir
la 911 au catalogue mais l'apparition de la "Super Carrera",
en 1978 ressemble à une véritable tentative d'assasinat.
L'ironie voulant même que cette "nouvelle 911" soit
moins puissante que celle qu'elle remplace (la Carrera 3.0L), fait
demeuré unique dans l'histoire de la 911. Mais par un coup
du destin, celle que l'on croyait bien être la dernière
des 911 va finalement devenir une miraculée, relançant
la carrière du modèle phare de Porsche pour une durée
aujourd'hui encore, indéterminée...
DESIGN
Extérieurement et techniquement, la filiation avec les 911
classic reste évidente mais on remarque cependant dès
le premier coup d'oeil, le montage de boucliers avec une proéminente
bande en plastique noir destinée à répondre
aux normes du marché américain, tant convoité
par Porsche, en matière de sécurité. Comme
la 911 Carrera 3.0 dont elle dérive, la SC dispose des ailes
larges de la 911 Carrera RS 2,7L, et de
rétroviseurs peints ton caisse. Les poignées et entourages de porte
sont en noir mat, l'option chrome des débuts ayant disparue.
Intérieurement, l'équipement de la SC est désuet et les options
sont hélas nombreuses (pack électrique, lave phares, rétroviseurs
chauffants à réglages électriques...). Le tableau de bord à cinq
cadrans ne change pas, typiquement 911. On y trouve toujours de
gauche à droite la jauge d'essence, la température d'huile et pression
d'huile, le compte tours en position centrale (zone rouge à 6300
tr/mn, coupure à 6800 tr/mn), le compteur de vitesse gradué jusqu'à
250 km/H et enfin la montre. En août 1979, avec la sortie
de la SC 188 ch, un volant trois branches en cuir plus petit (celui
de la 911 Turbo (930) et une console centrale
sont intégrés. Il seront conservés sur la 204
ch. On trouve aussi les vitres électriques et un éclairage
du compartiment moteur. L'entourage des vitres, poignées
de portes sont désormais noir mat uniquement, et les cerclages
de phares sont quand à eux peints de couleur caisse. En juillet
1980, des répétiteurs de clignotants sont installés
sur les ailes avant, ils caractérisent la version 204 ch.
La SC adopte de petits lave-phares et des jantes ATS peintes en
noir à bord polis mais beaucoup leur préfèreront
les fameuses "Fuchs" en 7 ou 8 pouces de large. Le spoiler
avant et laileron de la 930 sont par ailleurs disponibles
en option. L'aileron seul coûtait la bagatelle de... 25000
F ! Une autre option très appréciée est le
toit ouvrant électrique. Mais l'année 82 marque un
évènement bien plus important dans l'histoire de la
911. Il s'agit du lancement du cabriolet (Voir encadré en
bas), que la SC 204 chevaux aura le privilège d'inaugurer.
MOTEUR
Le 6 cylindres à plat 3 litres de la Porsche 911 SC (moteur
type 930/03) provient directement de la Carrera 3L et servait également de base à la Turbo 3.0 (930). Sa véritable origine remonte même à la rarissime Carrera RS 3.0 de 1974.
En 1968, le carter en alu avait été remplacé
par un carter en alliage de magnésium. On recourut à
l'opération inverse pour la Carrera 3.0, en remplaçant
le carter magnésium par un carter en alu, plus lourd mais
plus rigide et capable de mieux résister aux sollicitations
locales élevées. Pour coiffer les cylindres de 95
mm, il fallut modifier la culasse. Conduits et soupapes restaient
les même que ceux du moteur 2,8 litres, mais la distance entre
les tirants fixant les cylindres et leurs culasses sur le carter
dut être augmentée à cause du plus grand diamètre
des cylindres. Ce moteur de 3 litres, exactement 2994 cm3 (alésage
95 mm, course 70, 4 mm) possède des soupapes de 49 mm à
l'admission et 41,5 mm à l'échappement. Les cames
sont moins dures, le vilebrequin est nouveau, les paliers principaux
sont agrandis et les têtes de bielle ont un plus grand diamètre.
Les cylindres sont couverts de Nikasil, gage de fiabilité
démontré par la mythique RS 2L7. Les arbres à
cames sont également nouveaux. La turbine de refroidissement
a 11 pales de 226 mm et tourne avec un rapport 1,8:1 (1,8 fois la
vitesse du moteur). Un nouvel allumage à décharge
de condensateur et sans rupteur est monté. Une pompe à
air est installée sur tous les modèles. Le nouveau
moteur est pourtant à ses débuts, moins puissant sur
la SC que sur la Carrera 3L, (180 chevaux contre 200) et la pillule
est dure à avaler ! Les ingénieurs se défendent
tant bien que mal, en justifiant par ici un couple amélioré,
par là une pollution moindre. Il faudra finalement attendre
août 1979, pour que la puissance gagne 8 ch (188 ch à
5500 tr/mn, couple: 27 mkg à 4200 tr/mn), mais seul le départ
prématuré du Dr Fuhrman, en 1980, va réellement
permettre à Ferry Porsche de mettre en oeuvre le renouveau
de la 911. Pour l'ultime évolution de la Super Carrera, le
3.0 litres (moteur type 930/10) passe en Août à 204
ch à 5900 tr/mn tandis que le couple progresse moins mais
atteint 267 Nm, obtenus un peu plus haut à 4300 tr/mn. Ce
gain est obtenu par modification de l'allumage et de l'injection
Bosch K-Jetronic, des canalisations d'injection en acier (et non
plus en plastique), ainsi que l'utilisation exclusive de Super plombé
98. Les pistons en toit font passer le taux de compression à
9,8:1. A partir d'avril 1983, on note le montage dun nouveau
carter rigidifié. Le silencieux est amélioré.
La boite manuelle (type 915/62) à 5 rapports est utilisée
depuis la 188 ch, la 5ème étant légèrement
plus longue. La peu recommandable sportomatic 3 rapports
proposée en option sur les SC 180 et 188 ch n'est plus disponible sur la 204 ch.
Le couple phénoménal du
3 litres permet de rouler en 5ème de 50 à 240. Avec
autant de chevaux sur une Porsche aussi légère que
la SC (1160 Kg à vide), c'est l'assurance de belle sensations.
Tout simplement formidable ! La SC de 1981 avale le 1000m DA en
26"6, accélère de 0 à 100 km/h en 6,3
secondes, atteint 160 km/h en 16 secondes, et au bout de presque
exactement 30 secondes, elle franchit le cap des 200 chrono. C'est
fameux pour une voiture de cette catégorie de puissance.
La 928 S qui dispose d'un gros V8 de 300 ch ne perd la 911 SC, qu'au-delà
de 160 km/h. Sa force véritable, la SC l'exprime sur une
plage allant de 4200 à 6000 tr/mn. Dans cette région,
le moteur réagit spontanément à l'appel de
l'accélérateur. Sur autoroute (allemande, bien sûr...)
on constate que même au-dessus de 200 km/h, la 911 SC est
encore capable d'accélérations étonnantes.
Enfin, la consommation vous ramenera à la réalité
d'une autre époque, le Flat 6 engloutit allègrement
ses 10 à 15 litres de sans plomb 98 tous les 100 km.
CHASSIS
Qu'on ne s'y trompe pas, malgré une ligne toujours d'actualité,
la Porsche 911 SC se conduit et se pilote comme une voiture de sport
ancienne, et plus encore comme une vieille 911... Par rapport à
une 911 moderne, comme la dernière Porsche
911 Carrera 997, le comportement d'une Porsche SC vieille de
plus de 20 ans a de quoi dérouter. Problème inhérent
au moteur en porte-à-faux arrière, la tenue de cap
pose des problèmes qui s'amplifient proportionnellement à
la puissance et la vitesse. Pour maîtriser ce phénomène,
les techniciens Porsche n'ont eu de cesse d'essayer d'améliorer
les choses. Jantes et pneus ont subit la même inflation que
la puissance, ce qui a impliqué plusieurs modifications de
géométries de suspension. Sur la SC, les pneumatiques
d'origine sont à l'avant en 185/70 VR 15 et à l'arrière
215/60 VR 15 ou 16 pouces en option. A partir de 1981, on peut passer en option à
205/55 VR 16 et 225/50 VR 16 avec les jantes Fuchs. La
conception de la suspension dotée à l'origine d'amortisseurs
Boge résulte aussi de ce souci de gain de place, comme le
montre le choix à l'avant d'un McPherson allié à
des barres de torsion plutôt qu'aux ressorts à boudin
habituellement utilisés avec ce dispositif. Les barres de
torsion sont chères au Professeur Porsche qui en avait breveté
l'emploi, combinées aux bras tirés qui guident les
roues arrière. Longtemps, les 911 furent dépourvues
de barres anti-roulis, seulement proposées en option. Sur
la SC, la barre antiroulis avant est de 20 mm, à l'arrière
de 18 mm. La barre de torsion arrière passe de 23 mm à
24 mm à partir du millésime 1980. Pourtant, les défauts
de cette porsche 911 SC sont toujours ceux de ses ainées,
et il suffit d'avoir conduit une voiture normale avant d'en prendre
le volant pour qu'ils vous sautent à la figure ! Du caractère,
elle n'en manque pas, à tel point qu'au début c'est
plutôt elle qui vous conduit que l'inverse ! Vive et instable,
elle demande un sérieux temps d'adaptation avant d'en comprendre
le mode d'emploi. Seulement voilà, quand on a passé
ce cap, tous ces petits traits de personnalité deviennent
vos alliés pour une conduite qui vous impose toujours d'appliquer
les règles de bases du pilotage. Véritable voiture
école pour pilote en herbe, la Porsche 911 SC se conduit
avec le frein et l'accélérateur. On entre dans les
virages pied levé, pour contrer la tendance sous vireuse,
puis on laisse le train arrière amorcer une légère
dérive que l'on contrôle à l'accélérateur
et au volant jusqu'à ce que la trajectoire de sortie du virage
soit visible et que l'on puisse remettre les gaz à fond.
Côté freins, les quatre disques ventilés font
bien leur boulot, bien aidés par le poids raisonnable de
cette sportive pesant moins de 1200 Kg à vide. Le freinage
est doté d'une assistance Hydrovac mais bien sûr, il
n'y a pas d'ABS et il ne faut pas hésiter à appuyer
fort pour s'arrêter, toute la difficulté étant
de sentir le moment ou l'adhérence des gros pneus est dépassée.
Heureusement, le dosage est assez facile. Amateur de conduite sportive
pure et dure, la SC est faite pour vous !
ACHETER UNE
PORSCHE 911 SC 204 ch
Si comme nous et Stéphane, notre heureux propriétaire de SC,
vous avez été marqué dès votre tendre enfance par la
Porsche 911, vous finirez certainement tôt ou tard par concrétiser
ce rêve, cette passion dévorante, cette promesse
que l'on se fait à soi-même : "un jour j'en aurai une". Mais cela ne doit pas
devenir une obstination aveuglante menant à se jetter sur
la première venue ! Réputée fiable, à
juste titre, et largement diffusée (30778 exemplaires en
Europe, de 1977 à 1983), la 911 SC constitue pour beaucoup
un ticket d'entrée attractif dans l'univers Porsche et plus
particulièrement dans la famille des 911istes. Les Porsche
911 Carrera 3L2 arrivant maintenant dans les mêmes ordres
de prix, les écarts de prix entre les belles SC et les épaves
n'a jamais été aussi réduit. Raison de plus
pour prendre son temps et bien choisir ! Pour 15000 euros, même
souvent moins, le mythe est à la portée du premier
venu. Pour le prix d'un citadine, la tentation est grande... Car
il faut reconnaître que malgré le poids des ans, un
bel exemplaire de cette grenouille conserve un pouvoir de séduction
indéniable, dû en grande partie à sa ligne superbe,
unique et indémodable. Tout d'abord, cette étonnante
longévité, la SC la doit en particulier au fait que
c'est l'une des premières 911 qui ne rouille pas énormément,
comme la 930 Turbo, traitée au Zinc à partir de 76.
De même, le Flat 6 3 litres se montre très résistant
à l'effort, preuve de sa bonne conception. Bien respecté,
il ne craint pas les gros kilométrages. Les seules faiblesses concerne
les tendeurs de chaîne de distribution, qui peuvent être
remplacés par des tendeurs de 911
Carrera 3.2L. La boite 915 nest pas très précise
et plutôt ferme, de plus elle a une maladie fréquente
: la 2éme passe difficilement. Mais cela reste une boite
solide et qui a bonne réputation auprès des Porschistes.
Toutefois, la Porsche 911 SC ne peut que difficilement cacher son
âge et un entretien laxiste peut être détecté
par une inspection approfondie. Car fiabilité rime aussi
avec entretien suivi, ce qui malheureusement devient aléatoire
dès lors que l'on parle de petit budget. Il conviendra donc
de se montrer très exigeant dans une offre très variée
en terme de qualité et de prix. Bien que toutes les pièces
soient encore disponibles neuves chez Porsche, il faut savoir qu'une
remise en état, sur une 911 de cet âge, reviendra rapidement
plus cher que de sélectionner un modèle sain, sans
mauvaise surprise et vendu au juste prix ! Idéalement, le
dit véhicule devrait posséder son carnet d'entretien et surtout
les factures inhérentes avec, si possible, pas plus de 3 propriétaires
et surtout, dans son état d'origine. Bref, la perle rare. Il aura
fallu à Stéphane un an de recherches, d'essais, de
visites auprès de vendeurs, pro, semi-pro et particuliers avant
de tomber au détour d'une annonce sur cette belle SC 204
ch mise en circulation le 5/11/1981, localisée en Belgique. Les
numéros en poche, il est possible de vérifier auprès de Porsche
France l'authenticité de l'auto. Quelques jours plus tard, il repartait
à son volant, heureux propriétaire qu'il en était devenu... Il y
a d'ailleurs des signes du destin qui ne trompent pas, comme un
compte bancaire commençant lui aussi par 911 et une assurance
dont l'échéance est chaque année le 9/11 ! A ce propos, une assurance
collection vous en coûtera de 400 à 500 euros/an, (tous risques,
50% de bonus) et le plaisir de conduire une Porsche 911, le rêve,
deviendra réalité : vous "piloterez" "votre" 911...
:: CONCLUSION
Comme nous, vous êtes amoureux de la 911 et votre budget n'est
pas illimité ? Vous aimez les sportives viriles, authentiques
et sans compromis ? Avec la Porsche 911 SC vous apprendrez l'art
du pilotage et le plaisir de rouler dans une Porsche ultra fiable.
Elle est la belle dont vous avez toujours rêvé, à
condition de ne pas se tromper à l'achat. Car en la matière,
les faux pas pardonnent guère...
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LA 911 SC CABRIOLET
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LA
PREMIERE 911 CABRIOLET !
L'année
82 marque un évènement important dans
l'histoire de la 911. Il s'agit du lancement d'un cabriolet
qui fait suite au prototype de cabriolet à 4
roues motrices exposée au Salon de Francfort
en Septembre 1981. La présentation officielle
du modèle SC Cabrio de série a lieu en
mars au salon de Genève. Le cabriolet 911 reprend
la mécanique du coupé 204 ch. Il est assemblé
par les ateliers Reutter (comme les 356 cabriolet) et
dispose d'une capote à actionnement manuel et d'une
lunette arrière en matière composite qui s'ouvre avec
une fermeture à glissière. La conception de la capote
du cabriolet reprend pour moitié des profilés en acier
qui assurent une grande stabilité de la forme même en
cas de vitesses élevées.
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CHRONOLOGIE
1977 : Août, la 911 SC 3.0 Coupé prend la relève
de la Carrera 3.0.
1978 : Option SC Martini, bandes adhésives type course.
1979 : A partir de l'AM 1980, moteur 188 ch, volant plus
petit et léves-vitres électriques.
1980 : Août, moteur type 930/12, la puissance passe
à 204 ch sauf pour les USA. Boite mécanique à 5 rapports
modifiée (915/62). La version sportomatic n'est plus disponible.
Série limitée Jubilé.
1982 : En septembre, 911 SC Cabrio (AM 1983) 4.096 exemplaires.
Série limitée Ferry Porsche (200 exemplaires)
1983 : Fin de production en cours d'année, remplacée par
la 911 Carrera 3.2. Total = 57972 ex.
1984 : Version compétition baptisée SC/RS
(AM 1984). Moteur Boxer 250 ch à 6500 tr/min, 250 Nm à 6500 tr/min.
Boîte mécanique 5 rapports. 20 exemplaires produits.
Tous nos
remerciements à Stéphane DEVE, heureux propriétaire
de cette 911 SC et auteur des très belles photos de ce dossier.
Liens conseillés sur PORSCHE 911 SC 204 ch : Sportwagen.fr, la passion Porsche |