| L'ENFANT
DU CHAOS
Enzo Ferrari a quitté
la maison et les lendemains sont difficiles, malgré l'hystérie spéculative
qui touche tous les modèles de la marque. En interne, "l'Ingenere"
manque à tous pour donner l'impulsion passionnelle, source d'une émulsion
créative collective. Dehors, les clients boursicoteurs s'échangent
les bons de commande Ferrari jusqu'à 5 fois le prix pour une F40 ! Et paradoxalement,
alors que le marché des voitures de sport connait une euphorie sans précédent,
la crise pointe sont nez. Au milieu de ce chaos, arrive la première Ferrari
de l'après Enzo. La 348 est née et lâchée dans la nature
un peu prématurément...
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: D.R.
Nous
sommes en 1990, un an après la mort d'Enzo Ferrari, la direction de la
marque propose au public la remplaçante des berlinettes Ferrari
328, constituant l'entrée de gamme à Maranello. Trait d'union
entre passé et présent, la carrosserie de la Ferrari 348 signée
une nouvelle fois Pininfarina allie tradition et homogénéité.
Si, techniquement, l'apport du groupe Fiat est plus présent que jamais,
la 348 ne peut cacher des gènes sportifs caractéristiques des productions
de Maranello. Mais un développement hâtif et un lancement prématuré ne lui permirent pas de s'imposer face à une nouvelle concurrence toujours plus agressive, à l'image de la fabuleuse Honda NSX ou de la Porsche 911 type 964. Bien que faisant aujourd'hui partie des mal-aimées, la 348 est devenue une véritable Ferrari à collectionner, pour le bonheur de ceux qui n'ont pas des millions d'euros en banque...
DESIGN
Le profil rappelle
forcémment la 328 qu'elle remplace et la Ferrari 348 hérite de la
Testarosa pour ses flancs percés
de longues stries latérales et ses feux arrière couverts par une
grille. ceux-ci sont d'ailleurs en rupture avec la tradition puisque leur dessin
n'est plus rond mais rectangulaire. Quant à l'avant avec ses phares escamotables,
c'est autant la F40 que la Testarossa qu'il semble copier. Véritable patchwork
de design, la 348 n'en possède pas moins une personnalité bien à
elle fort séduisante. Sa silhouette ramasée et compacte inspire
la force. Les jantes de 17" de diamètre permettent aussi d'adopter
des pneumatiques à flanc bas. Disponible en strict coupé (tb) ou
avec un toit targa (ts), la gamme 348 va ensuite passer au découvrable
intégral. Cette version présentée à Genève
en 1993 est d'ailleurs particulièrement sexy et désirable, tout
en étant beaucoup plus sportive que la Mondial. Premier signe de la compacité
de l'auto, passer au volant de la belle nécessite un effort de contorsionniste
surtout si vous faite partie des "grands". L'habitabilité intérieure
est supérieure à celle de la 328, les sièges enveloppent
bien le corps et le volant se règle en hauteur mais les sièges manquent
de recul. Bien placé, le pédalier est très compact à
cause du passage de roue proche de l'habitacle avancé. Pour la finition,
on apprécie toujours la présence généreuse du cuir
de grande qualité et les quelques détails spécifiques à
la marque comme la superbe grille en alu de la boîte de vitesse. En revanche,
certains plastiques de la console centrale ou du combiné de manomètres
n'ont pas vraiment leur place dans une auto de ce prix...
MOTEUR
Comme toujours chez Ferrari, le moteur est un élément fondamental...
Souvent, il donne même son nom à la voiture de ses caractéristiques
techniques. 348, signifie donc en language Ferrari, 3,4 L de cylindrée
et 8 cylindres. C'est en effet un V8 à 90° de 3405 cm3 implanté
longitudinalement en position centrale arrière qui anime la belle italienne.
Ce bloc est une évolution du 3,2L à 32 soupapes de la 328, réalésé
pour l'occasion. L'injection n'est plus confiée à Magnetti Marelli
mais à Bosch (encore un sacrilège !). La nouvelle puissance est
de 300 chevaux à 7000 tr/mn pour un couple maxi remarquable de 323 Nm à
4200 tr/mn. Le fabuleux moteur V8 de la 348 apporte à lui seul toute la
personnalité et le charme à cette berlinette. Que l'on roule sur
la route, en ville ou sur un circuit, ce V8 est un plaisir permanent des sens.
D'une souplesse extrodinaire il aime aussi les envolées vers le rupteur
lors desquelles il s'exprime par une sonorité évoluant d'un ronronnement
grave et rauque à un hurlement métallique à donner des frissons
! Sans broncher, il donne le ton de 1000 à 8000 tr/mn. Puissant et bien
rempli, il est aussi admirablement épaulé par une boîte de
vitesse précise et bien étagée mais dont le maniement camionnesque
interdit tout passage à la volée. Cette boîte manuelle à
5 rapports est positionnée transversalement au moteur, selon une technique
inaugurée par Ferrari en F1 puis sur la Mondial "t". L'embrayage
se retrouve complètement à l'arrière. Très compacte,
cette configuration permet d'avoir un porte à faux arrière réduit
et un centre de gravité abaissé grâce aux 13 cm de moins en
hauteur de l'ensemble mécanique. CHASSIS
Au grand damne des puristes, la 348 est la première Ferrari à
ne plus être construite sur un classique châssis tubulaire. En effet,
la cellule centrale est une sorte d'hybride entre une coque autoporteuse et un
châssis. L'ensemble est un assemblage de tubes de différentes sections
sur lequel sont soudées des tôles pour former des caissons et des
renforts. A l'arrière, un treillis de tubes supporte le moteur et la transmission.
Preuve de la bonne rigidité de cette structure, le Spider 348 se contente
d'un renfort au niveau des longerons latéraux et des montants de pare-brise
sans perdre en efficacité une fois décapoté. Le résultat
de ce mariage technologique est au dire de l'usine un gain en rigidité
torsionnelle de 50% pour un poids de peu supérieur. De fait, la 348 pèse
tout de même plus de 1450 Kg... Mais malgré cela elle atteint 275
Km/h en vitesse de pointe et passe de 0 à 100 km/h en 5"6 pour atteindre
le 1000m DA au bout de 25". Bref, vous avez affaire à une authentique
voiture de sport et la conduite d'une telle machine est évidemment plutôt
virile... L'homme moderne habitué au tout assisté, retrouvera au
volant de la Ferrari 348 des sensations oubliées. Eprouvante, elle nécessite
une certaine condition physique afin d'être appréciée à
sa juste valeur en conduite sportive. La direction n'est pas surdémultipliée
(3,25 trs de volant) mais possède un rappel important. L'effort est directement
proportionnel à l'angle de braquage et les inégalités de
la route transmettent beaucoup de réactions parasites. le maniement de
la boîte comme la raideur des suspensions auront tôt fait de dissuader
ceux pour qui une Ferrari est principalement une "voiture de frimeur".
Les suspensions à bras triangulés comme la carrosserie sont fixées
sur ce châssis-coque. Les amortisseurs filetés permettent en outre
de règler la hauteur de la garde au sol de la voiture. Dans le même
esprit, le comportement des premières 348 est du type "pointu"
et ne s'adresse pas vraiment aux pilotes en herbe. Conduire vite cette berlinette
très clairement survireuse, requiert de bonnes notions de pilotage qui
ne vous empêcheront pas non plus de partir à la faute. Malgré
une répartition des masses quasi idéale (48% Av, 52 % Ar) les réglages
de châssis de la Ferrari 348, ses pneus tailles basse et son empattement
court lui donnent un caractère et une agilité qui peut rapidement
se montrer excessive et dangereuse dans les courbes rapides. Consciente et alertée
de ce caractère, l'usine va revoir les réglages de la 348 à
l'occasion du millésime 1992 vers un comportement beaucoup plus neutre.
Les freins sont heureusement puissants et endurants pour stopper la cavalerie.
Quatres disques sont pincés par des étriers maison en aluminium
à double pistons. Le système ABS était livré de série
mais pouvait être supprimé à la demande des clients les plus
exigeants. Son intervention restant toujours discrète, la présence
de ce système n'est pas du tout pénalisante.
ESSAI
PISTE
Une
Ferrari reste toujours, quel que soit le modèle considéré,
une auto dexception qui symbolise le sport automobile. Anciennes ou récentes,
les Ferrari nont eut de cesse de rester au firmament du marché automobile.
Une sorte de référence en quelque sorte, que seuls quelques rares
constructeurs ont pu venir contester, Porsche et Lamborghini en tête. Alors
afin de mieux appréhender cette image, nous sommes allés plus loin
que les apparences et réputations avec un essai piste dune Ferrari
348 TB. Verdict !
> Retrouvez
notre essai piste sur le circuit de Dreux de la Ferrari 348 TB : Cliquez
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ACHETER
UNE FERRARI 348
Frappé à l'apogée d'une période
de folie spéculative sans précédent par le ralentissement
mondial de l'économie, la firme de Maranello a sans doute trop précipité
le lancement de la 348. Une erreur assumée et rapidement corrigée avec la majestueuse F355. Aujourd'hui, la
Ferrari 348 pâtit d'une mauvaise réputation évidente sur le
marché de l'occasion mais trouve un regain d'intérêt ces derniers
temps. C'est aussi la première Ferrari née après la mort
d'Enzo ce qui la pénalisera toujours auprès des puristes. S'il est vrai que les premiers exemplaires
ont été cosntruits dans la précipitation, les derniers modèles ne sont pas foncièrement
mauvais et le coupé comme le Spider sont même parfaitement recommandables.
Comptez moins de 50.000 euros pour un coupé 348 Tb ou ts de 1992 avec
moins de 50.000 kms, un carnet à jour et un historique limpide. N'hésitez
pas à passer par un professionnel qui vous garantira l'auto et vous la
livrera généralement entièrement révisée. Contrairement
à bien des concurrente, l'accessibilité mécanique est bien
étudiée dans la 348 malgré l'implantation centrale arrière
du moteur. Le moteur est civilisé et fiable, il n'est pas nécessaire
de garder l'oeil sur la température d'eau dans les bouchons, comme dans
les anciennes Ferrari... Malgré tout, l'entretien est exigeant et coûteux, il faut s'y résigner. Pour le Spider on regretttera la présence d'un
couvre capote en toile qui nécessite des manipulations fastidieuses. En
revanche la toile est de bonne qualité et vieillit bien si elle est entretenue
un minimum, ce qui est souvent le cas des Ferrari. Mais pour le reste, la 348,
comme toute Ferrari, est une drogue dure à accoutumance directe !
::
CONCLUSION
Si les 328 sont un peu vieilles et délicates aujourd'hui,
la Ferrari 348 représente l'accessibilité au monde merveilleux du Cavalino Rampante. Hormis,
un coût d'entretien et le prix des pièces prohibitifs, une Ferrari 348 utilisée
de temps à autre vous procurera un plaisir rare et intense, tout en assurant une
valeur de revente stable.
CE QU'ILS
EN ONT PENSE : "L'Italienne est un vrai pur sang, dont on ne tirera
la substantifique moëlle qu'en bravant les radars, ou en s'engageant dans
le Trophée 348. [...] Mais au bout du compte, que l'une comme l'autre participent
bien d'un même état d'esprit, qui refuse de considérer l'automobile
comme une simple boîte métallique destinée à relier
un point à un autre. Au nom d'une notion, d'une seule, qui a depuis cent
ans mû l'automobile: le plaisir." AUTO REFERENCE - 1993 -
DUEL FERRARI 348 / CHEVROLET CORVETTE. "Modèle
à forte personnalité et attirant parce que non parfait, la Ferrari
348 entâme avec sa version Spider, sa cinquième année d'existence.
Elle entre donc dans l'âge de la maturité. Un jour, comme celles
qui l'ont précédées, on risque de l'envier avec nostalgie
et il sera trop tard." AUTOMOBILES CLASSIQUES - 1993 - ESSAI 348 SPIDER. "La
348 est la première Ferrari à ne pas reposer sur un châssis
tubulaire. Si son V8 est souple et performant, on l'attendait aussi plusmélodieux.
C'est surtout le comportement routier qui déçoit : la direction
retransmet trop violemment les inégalités de la route. Plus préoccupant,
le caractère survireur de la 348 réclame une bonne maîtrise
du pilotage qui n'évitera d'ailleurs pas toujours d'éventuelles
figures libres... mais imposées !" ACTION AUTOMOBILE - 1991
- 500 ESSAIS. |