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L'ACCORD
PARFAIT
Après 10 ans de bons et loyaux
services, la Ferrari 512 BB (Berlinette Boxer) n'est plus aussi
séduisante et moderne que l'exige son rang de haut de gamme
au sein de la petite production de Maranello. Le marché des
GT d'exception demande plus de puissance, plus de performances mais
aussi du luxe et du confort. Ce sont précisément
ces critères qui vont intervenir dans le cahier des charges
de sa remplaçante. 20 ans plus tard, la bien nommée
"Testarossa", deuxième du nom, renoue avec la légende
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: D.R.
Lors du salon de Paris 1984, Ferrari dévoile
au public en première mondiale son nouveau bijou. La Testarossa,
succède par son nom à la mythique Testa Rossa ("tête
rouge" à cause de la couleur de ses culasses) qui fût
plusieurs fois victorieuse au Mans. Paradoxalement, l'objectif de
la dernière née de Maranello n'est pas d'aller batailler
sur les circuits mais plutôt de s'imposer sur la route parmi
les automobiles de "grand tourisme".
PRESENTATION
Basse, large, la Testarossa
est signée Pinifarina, designer quasi exclusif de la marque
depuis 1952. L'homme n'a plus à prouver son talent, mais
une nouvelle fois il sort de son coup de crayon magique une ligne
aussi agressive qu'effilée et fluide. Un coup de génie
capable de faire oublier visuellement les proportions impressionnantes
de la Ferrari Testarossa (2 m de large !). Son arrière large
est amené par des flancs percés et profilés
sur toute leur longueur qui donnent au profil une dynamique incroyable.
Ses stries aérodynamiques ne manqueront d'ailleurs pas d'inspirer
de nombreux créateurs de kits carrosseries qui auront toutefois
souvent moins de grâce... Fidèle au concept selon lequel
la fonction créé l'organe, Pininfarina permet ainsi
d'alimenter en air frais les deux radiateurs latéraux du
gros moteur 12 cylindres à plat, placé longitudinalement
en position centrale arrière. Le thème des lignes
fuyantes latérales se poursuit jusqu'à la poupe où
une grille noire recouvre partiellement les feux arrières
et la sortie d'air chaud du moteur. La Testarossa se distingue notament
par un porte à faux arrière très court permis
par l'emplacement de la transmission sous le moteur, alors que devant
il est plus accentué afin d'aplanir la proue de la voiture.
Toute la carrosserie est réalisée en aluminium, à
l'exception des portes et du pavillon en acier et les éléments
sont couverts à l'oxyde de chrome pour un traitement anti-corrosion.
A l'avant, la calandre de type "flat noze" reçoit
des phares escamotables, signe distinctif rare, réservé
aux voitures de sport. Sous le capot avant, un espace de rangement
très appréciable peut accueillir une bagagerie spécialement
dessinnée par Ferrari. Le comble du chic ! Dessous, le bouclier
est perforé d'une prise d'air qui n'alimente pas le moteur
mais les disques de freins avant et la ventilation climatisée
de l'habitacle. Quand on ouvre les immenses portières on
découvre justement un habitacle conçu pour deux personnes
seulement. Le style général est né d'un mariage
de luxe et de sportivité : les sièges - assez peu
enveloppants - tendus de cuir Connolly, le petit volant à
trois branches qui vient de chez Momo et la célèbre
grille chromée de sélecteur de vitesse en H encastrée
dans un tunnel central qui accueille de multiples intérupteurs.
Très fines, la jante du volant et la tige de commande de
boîte rappellent un peu celle de camionnettes peu glorieuses...
Force est de constater qu'avec les années, l'habitacle de
la Testarossa souffre de sa finition légère et de
ses plastiques peu flatteurs. Le bloc des compteurs est assez laid
et la console centrale n'offre finalement rien de bien plus sexy
qu'une Fiat Uno de l'époque excepté son habillage
en cuir. Mais le tachymètre gradué jusqu'à
320 Km/h vous rappelle que vous ête bien à bord d'une
automobile hors du commun ! Et puis, comme dans toute Ferrari, l'ambiance
à bord est unique et la position de conduite est réellement
étudiée pour que le pilote s'y sente bien. Enfin,
derrière votre siège, tout près de vos tympans,
sommeille le monstre capable de rugir jusqu'à plus de 7000
tr/mn !!
MOTEUR
Inauguré en série en 1972 par la 365 GT4 BB,
le moteur 12 cylindres à plat fût installé pour
la première fois en position centrale arrière sur
une Ferrari de route avec la 512 BB qui profitait ainsi d'une architecture
directement inspirée de la compétition. Ce bloc, né
pour la F1 était initialement limité à 3L de
cylindrée. La bonne répartition des masses et le centre
de gravité très bas des moteurs Boxer permettant d'obtenir
un comportement routier très efficace. Fort de ces choix,
Ferrari était soucieux de ne pas se faire à nouveau
pièger par les normes d'homologation américaines qui
avaient privé la 512 BB d'une carrière commerciale
aux Etats-Unis. Les ingénieurs vont donc revoir en profondeur
le moteur de la Testarossa. Ainsi, le 12 cylindres de 4942 cm3 de
cylindrée va recevoir 2 culasses à quatre soupapes
par cylindre. Celles-ci, comme le bloc moteur, sont moulés
dans un aliage d'aluminium (Silumin) et peintes en rouge, comme
le veut la légende... En effet, le nom "Testa Rossa"
fût donné en 1964 à la première Ferrari
V12 équipée de culasses à double arbre à
cames en tête. L'activation des 48 soupapes (!) s'effectue
par une courroie crantée (Supertorque PD de Goodyear) qui
entraîne quatre arbres à cames en tête. Cette
technique réduisant ainsi le temps d'ouverture simultané
des 2 soupapes d'admission et d'échappement permet une baisse
significative des émissions nocives. Le système d'injection
mécanique est optimisé et se compose d'un boitier
KE-Jetronic de Marelli et d'un allumage Microplex 120B. Le positionnement
des injecteurs permet aussi d'optimiser le mélange dans les
chambres de combustion. Plus propre, plus économique, le
flat-12 de la Ferrari Testarossa est aussi plus léger de
20 Kg et plus puissant de 50 ch ! Ses 390 ch s'expriment avec véhémence
à 6300 tr/mn . Dans le même temps le couple passe à
50 Mkg à 4500 tr/mn (380 ch à 6000 tr/mn et 46 Mkg
à 4600 tr/mn en version catalysée). Comme sur les
moteurs de ce type, les 12 cylindres de la Ferrari Testarossa s'animent
sans vibration, avec une régularité de fonctionnement
incroyable. Très vif, linéaire et souple, le 5L Ferrari
procure un plaisir rare, autant par sa beauté sculturale,
que par les sensations uniques qu'il distille au volant. Sa sonorité
caractéristique, aujourd'hui disparue de la production mondiale,
n'est pas sans nous donner un petit pincement au coeur... La boîte
de vitesse à 5 rapports est placée sous le moteur,
dont le carter sec réduit l'encombrement en hauteur. Autre
nouveauté, le soubassement qui supporte le moteur est amovible
et permet d'accèder plus facilement à celui-ci. Les
propriétaires apprécieront pour les factures des révisions.
SUR LA ROUTE
Au volant, on est assis très bas. Le volant très
fin se règle aisément en hauteur. Sur un bref coup
de démarreur, les 12 cylindres se mettent en action. Mélomanes,
cette symphonie en 12 majeur vous comblera de bonheur ! La boîte
de vitesse, typiquement Ferrari, nécessite une bonne poigne
mais ses débattements courts et ses verrouillages précis
sont parfait pour une conduite sportive. Elle est reliée
au moteur par un embrayage dont la réputation camionnesque
n'est pas non plus démentie ici. Un vraie voiture d'homme.
Le temps de laisser chauffer la mécanique sur quelques kilomètres,
on apprécie la faible inertie du moteur qui répond
à chaque coup de gaz, avec une poussée franche et
très linéaire, quel que soit le rapport engagé.
Lorsque la jauge de température d'huile au tableau de bord
vous l'indique, il est temps de jouer un peu. Sur un départ
arrêté, la Testarrossa va nous révèler
sa véritable nature. La première vitesse poussée
à son maximum vous emmène déjà à
la vitesse limite sur une route nationale... A l'approche des 5000
tr/mn, la sonorité du boxer devient plus métallique
et il se montre plus rageur. Poussez de la même sorte la seconde
vitesse et la Testarossa fait de vous un délinquant routier,
même sur autoroute ! Les 3ème, 4ème et 5 ème
rapports s'enchaînent avec autant de fougue et vous êtes
alors en quelques instants, bon pour la prison !! Mais que c'est
jouissif !!! En quelques chiffres, la Testarossa passe donc de 0
à 100 Km/h en 5,2", parcourt le 400 m en 13,6"
et passe le kilomètre en 24,1 secondes à plus de 230
Km/h. Mais le plus impressionant est sans doute sa facilité
à rouler "très vite". Au même titre
que pour la mécanique, le comportement routier de la Ferrari
Testarossa représente "l'accord parfait". Car cette
sublime GT est aussi agréable et facile à mener que
performante et efficace. Bâtie sur un classique châssis
tubulaire en acier, la Ferrari Testarossa hérite d'un savoir-faire
issu de la compétition et sa robe est aussi belle que bien
étudiée. Aérodynamiquement, la Testarossa est
une des rares automobiles à pouvoir approcher les 300 Km/h
tout en gardant une tenue de route sûre et précise.
Pour cela, les ingénieurs de Maranello ont notament réussi
à obtenir un Cz nul sur le train arrière et très
légèrement positif sur l'avant. Ainsi, la Ferrari
Testarossa conserve un excellent appui sur l'arrière et l'avant,
ce qui lui permet de se dispenser de la présence d'un aileron
disgracieux. Seul bémol à cette partition de maestro,
la suspension composée de 4 double bras triangulés
avec combinés ressorts/amortisseurs Koni. Le défaut
de cet amortissement est de générer des remontées
désagréables dans la direction sur les mauvaises routes.
La direction est assez directe (3,4 tours de butée à
butée) et précise mais n'étant pas assistée
elle réclame une certaine force dans les bras.
ACHETER UNE FERRARI TESTAROSSA
Vendue un million de francs à sa sortie, la Testarossa
va connaitre comme toutes les Ferrari une inflation de ses prix
après le décès du Commendatore. Ainsi, en 1991,
son prix a déjà atteint 1 170 000 FF ! Heureusement,
aujourd'hui la folie spéculatoire est oubliée et les
vrais amateurs de Ferrari voient la grande diffusion de la Testarossa
pendant ses 7 ans de carrière comme une aubaine. Sur le marché
de l'occasion, ses prix de vente sont maintenant plus réalistes
mais si elle est certainement l'une des Ferrari de route les plus
performantes et désirables, son coût d'entretien élevé
la réserve aux connaisseurs. Elle se trouve parfois pour
à peine plus de 30000 Euros mais comptez 40-45000 Euros pour
un bel exemplaire. Entre la collection et l'occasion, les premières
Testarossa sont moins recherchées que les versions dérivées
(512M et 512 TR),
profondément reconsidérées en termes de structure
et de qualité de fabrication. Toutefois, les toutes premières
versions possèdent un charme intact. En effet, en 1986 apparaît
une première évolution pour le millésime 87,
avec deux rétroviseurs, positionnés plus bas. En juin
1988, la Testarossa chausse des nouvelles roues abandonannt l'écrou
central pour des fixations classiques à 5 écrous. >Elle n'évoluera plus jusq'en
1991, date d'arrêt de la production. Al'usage, le cadre moteur
boulonné sur le châssis tubulaire ne s'avère
pas idéal en matière de rigidité. Les boulons
seront à ce titre remplacés par des soudures sur les
512TR et 512 Modificata. C'est donc sans doute la bonne période
pour acquérir ce bijou, la Ferrari Testarossa étant
vouée à rejoindre prochainement ses illustres ancêtres
au musée ou dans les collections privées.
:: CONCLUSION
Après les fabuleuses mais éphémères GTO
et F40, on aurait tendance à oublier que la Testarossa a longtemps
représenté le haut de gamme Ferrari. Pourtant, aujourd'hui
moins désirée elle n'en demeure pas moins désirable,
se situant actuellement à mi-chemin entre l'occasion et la
collection. Et quelle symphonie !!! |