|
SEAT MONTE EN GRADE Depuis 1993,
Seat tente de prouver avec son Ibiza qu'il faut désormais compter avec
le constructeur ibérique pour le segment des petites-compactes. Bien que
la guerre des GTI soit moins prononcée que par le passé, Seat va
d'emblée doter sa gamme Ibiza de deux versions GTI, puis à partir
de 1996, c'est la Golf 3 GTI 16V qui va céder son moteur de 150 ch à
la petite teigne espagnole qui en profite pour fêter son premier titre de
champion du monde des rallyes dans sa catégorie... Texte:
Nicolas LISZEWSKI - Photos: D.R. En 1993, Seat,
sous la houlette de VW, présente
son deuxième produit de l'ère VAG: l'Ibiza deuxième génération.
Après la Toledo, l'Ibiza a la lourde tâche de développer les
ventes de Seat en Europe et surtout d'initier cette stratégie sportive
que VAG a dévolu à la marque espagnole. Un défi difficile
à surmonter car face à la concurrence, Seat ne possède non
seulement aucune image, mais personne n'a oublié que le constructeur espagnole
réalisait auparavant des Fiat sous licence.
Des variantes GTI sont
donc prévues d'emblée dans le catalogue de l'Ibiza dès 1993
avec la 2.0 GTI de 115 ch et la 1.8 16V GTI de 130 ch. Une volonté à
applaudir des deux mains car nous n'étions plus vraiment à l'âge
d'or des GTI. La Renault Clio 16S vivait
ses derniers millésimes, la saga des Peugeot
205 GTI 1.6 et 1.9 avait tiré
un trait et seul Volkswagen poursuivait ses GTI avec assiduité en changeant
de méthode à chaque génération (Golf 1 avec 8 soupapes,
Golf 2 avec G60, Golf 3 avec VR6,
Golf 4 avec Turbo...). Mais le succès
aidant, et l'engagement en compétition devenant payant avec un titre de
champion du monde des rallyes dans la catégorie 2 litres 2 roues motrices,
Seat nous concocte une série spéciale "CUPRA" pour "CUP
RAcing" basée sur sa dernière Ibiza 2.0 GTI 16V. Au programme,
moteur de la Golf 3 GTI 16V de 150 ch
et une présentation tapageuse... On adore !
DESIGN Dès
le premier coup d'oeil on devine immanquablement le nom de l'auteur des lignes
de la Seat Ibiza. Fidèle au groupe VAG de longue date, c'est donc évidemment
Giorgetto Giugiaro et son équipe qui sont responsables du design de la
petite ibérique. Le concept de la Golf
est bien là et c'est voulu puisque VAG souhaite que Seat prenne de l'ampleur
commerciale. C'est d'autant plus voulu qu'en fait le dessin initial de l'Ibiza
avait été proposé par Giugiaro pour la Golf 2. Vu le succès
de la Golf 1, VAG souhaite rééditer son coup de génie avec
une autre marque mais dans le même segment en terme de gabarit. On retrouve
donc une ligne et des traits tendus. Un postérieur massif et des petits
feux placés en hauteur sous la vitre de hayon. Les ailes sont légèrement
étirées pour donner du dynamisme à la ligne mais également
laisser de la place pour les jantes. Et quelles jantes pour l'époque !
Des 16 pouces (comme la Renault Mégane Coupé 16V) multibranches
peintes en blanc, comme en rallye. Pas de doute, ça "flashe"
! C'est d'autant plus voyant que les coloris retenus pour cette série spéciale
ne sont pas non plus très discrets comme le jaune bengale qui illustre
ce dossier ou encore un bleu bugatti. Et comme cela ne suffisait pas à
notre bonheur d'afficher sa sportivité, l'Ibiza
Cupra est bardée sur ses flancs de stripping "CUPRA" et de
logos "2.0 16V" devant et derrière. Pour compléter sa
tenue de sportive, un becquet est posé sur le hayon arrière, et
des bas de caisse noirs en vague comme sur une BMW
M3 E36 sont du meilleur effet et allègent le profil de l'auto. La sortie
d'échappement chromée achève de nous séduire totalement.
L'habitacle est nettement moins pimpant et très touché par l'austériré
VW. C'est en même temps une bonne nouvelle car la qualité des matériaux
et des assemblages est au rendez-vous. L'équipement de série est
correct puisque seule la climatisation figurait au rang des options à l'époque
(de même que la peinture métallisée). Les sièges sport
(et pourquoi pas des baquets Recaro ?!!) sont recouverts d'une sellerie exclusive
"Viva" tandis que pommeau et volant sont garnis de cuir. L'instrumentation
est à fond blanc de même que les manos additionnels situés
en bas de la console centrale. Pas très lisible pour le conducteur... A
noter que sur les versions "CUPRA 2", quelques petits détails
de présentation vont évoluer comme les ceintures de sécurité
rouge ou les nouveaux strippings "CUPRA 2" désormais en bas des
portières. MOTEUR Sous le capot de la CUPRA, c'est du
connu... puisque c'est la Golf qui a cédé un de ses moteurs. On
retrouve donc le 2 litres 16 soupapes de la Golf 3 GTI 16V ans réelles
modifications avec 150 ch à 6000 tr/mn et 180 Nm de couple à 4800
tr/mn. Le système d'alimentation moteur est toujours confié à
une injection électronique VW Digifant multipoints. Cette mécanique
multi-soupapes était dans la deuxième génération de
moteurs coiffés de cette technique et par conséquent les anomalies
rencontrées par les premiers du genre à la fin des années
80 ont disparues; Fini le temps où il fallait aller taper le rupteur pour
tirer la quintessence de la mécanique. La souplesse à bas régime
est bien réelle et c'est appréciable dans la circulation courante
et les déplacements quotidiens. Les performances sont réelles mais
pourtant décevantes car on s'attendait à mieux avec le gabarit de
cette auto et un rapport poids/puissance 7,26 kg/ch. Comptez 216 km/h en vitesse
maxi (ce qui n'est plus réellement déterminant en France aujourd'hui)
et 8,3 secondes pour le 0 à 100 km/h et autour des 30 secondes (seulement
!) à l'exercice de la borne kilométrique. Une suprise d'autant plus
décevante que la Golf 3 GTI 16V équipée du même moteur
lui colle plus d'une demi-seconde sur un kilomètre ! Bon il est clair que
la boîte de vitesses (5 rapports) à commande par câbles n'arrange
ni la rapidité ni la précision. Il n'est pas rare lors d'attaque
sur circuit que le levier rechigne à s'engager correctement. Une maladie
des sportives VAG contemporaines bien connues... CHASSIS Evidemment,
avec une telle robe et de tels atours, on attend la CUPRA au tournant (sans mauvais
jeu de mots...). Pour la suspension Seat a fait confiance à un ensemble
McPherson + barre antiroulis à l'avant et de bras longitudinaux à
l'arrière. Les grosses roues de 16 pouces chaussées en 195/45/ VR
16 cachent quatre freins à disques dont deux ventilés à l'avant.
L'ABS est monté de série. Pour améliorer la motricité,
un blocage électronique de différentiel EDS est monté de
série, ce qui pour l'époque était plutôt rare. Sur
le papier tout semble idyllique sachant qu'il faut rappeler qu'il y a des ressorts
de suspension plus courts et plus fermes. Et volant en main ? Zut, toujours cet
amortissement mal taré ! C'est vraiment dommage car les ressorts fermes
et les pneus larges à profil très sportifs autoriseraient un placement
idéal du train avant. Mais les amortisseurs remplissent mal leur rôle
et viennent ternir le tableau. Ils seront les premiers éléments
à remplacer d'urgence par des modèles racing plus efficaces et adequat.
Avec le montage d'origine, les larges pneus cherchent leur route sur revêtement
dégradé, et les amortisseurs font sautiller l'auto. Et comme l'ABS
est très sensible, avec une attaque à la pédale de frein
bizarre, il se déclenche souvent prématurément, ce qui énerve
vite le conducteur chevronné. Il ne manque pas grand chose finalement pour
que cette Ibiza Cupra soit une vraie référence en matière
de châssis car l'équilibre global est bon, la motricité sans
faille, et les freins puissants et endurants. Pas de soucis non plus pour la direction
à crémaillère avec assistance, le feeling est bon. ACHETER
UNE SEAT IBIZA 2.0 GTI 16V CUPRA L'achat
d'une Seat Ibiza CUPRA aujourd'hui est une bonne intention. Tout d'abord elle
vous permet d'accéder à une GTI tout de même performante mais
surtout vindicative par sa présentation. Enfin une GTI qui n'a pas peur
d'annoncer et d'assumer sa vocation. Ses prix d'achat sont désormais dans
des fourchettes raisonnables entre 5000 et 6000 euros pour des exemplaires en
bon état d'origine. C'est d'ailleurs là le plus gros écueil
pour l'amateur d'autos de sport "full stock". Les Seat Ibiza non modifiées
sont devenues rares, ce qui est d'autant plus dommage pour une version limitée
comme la CUPRA. Tuning de tout niveau a parfois fait des ravages...Les gros kilométrages
ne font pas peur à cette petite Ibiza puissante et qui présente
évidemment le même niveau de fiabilité et longévité
que sa cousine la VW Golf 3 GTI 16V dotée du même moteur. L'entretien
devra être régulier sur l'auto convoitée car les pièces
VAG ne sont pas données, même chez Seat. Plutôt rares dans
les petites annonces, les CUPRA sont à scruter car les vrais amateurs connaissent
ses vertues et les recherchent... :: CONCLUSION
La Seat Ibiza Cupra est une GTI comme on en faisait plus. Des défauts,
elle en a comme d'autres à commencer par un amortissement "VAG de
la belle époque" dont on se serait bien passé. Mais ce n'est
finalement pas grand chose en regard des prestations d'ensemble et de l'ambiance
de cette GTI. Avec la CUPRA, impossible de passer inaperçu dans la circulation
et elle impose à son propriétaire d'assumer de rouler en GTI. En
ces temps de répression routière à outrance c'est plutôt
un beau pied de nez à la tendance...
CHRONOLOGIE 1993 : Le 22 février,
Sa Majesté le Roi Juan Carlos I inaugure l'usine de Martorell. Début
de la production de la nouvelle Ibiza. Présentation de la nouvelle Seat
Ibiza. Commercialisation de l'Ibiza 2.0 GTI de 115 ch et 1.8 GTI 16V de 130
ch. 1994 :Commercialisation de la version Cordoba 4 portes avec coffre. Suppression
des versions "GTI" de l'Ibiza. 1995 : Le 26 septembre, la
10 000 000ème SEAT (une Toledo) sort de la chaîne de montage de Martorell,
avec au volant son Altesse Royale le Prince des Asturies. Retour au catalogue
de l'Ibiza des motorisation 2.0 115 ch et 1.8 16V 130 ch sous l'appellation "GT".
1996 : Au printemps, Seat dévoile la Cordoba 2 portes coupé. Seat
remporte le Championnat du Monde des Rallyes FIA 2L avec l'Ibiza Kit Car qui faisait
ses débuts dans cette compétition. Commercialisation de l'Ibiza
2.0 GTI 16V équipée du moteur de la VW Golf 3 GTI 16V. Lancement
de la Seat Ibiza Cupra première du nom (Cup Racing). 1997 :
L'Ibiza Kit Car est sacrée Champion du Monde des Rallyes FIA 2L pour la
deuxième année consécutive. 1998 : Seat Ibiza
Cupra 2. Quelques modifications apparaissent essentiellement dans le détail
: ceintures de sécurité devenues rouges, nouvelles garnitures des
tissus intérieurs... L'Ibiza Kit Car est sacrée Champion du Monde
des Rallyes FIA 2L pour la troisième année consécutive. 1999
: Arrêt de la Seat Ibiza Cupra 2. 2000 : Célébration
des 50 ans de SEAT. La direction de la société est reçue
par Sa Majesté le Roi Juan Carlos I. 2001 : Présentation
de la nouvelle Ibiza à l'occasion du Salon de Bologne.
CE
QU'ILS EN ONT PENSE : "La GTI la plus décomplexée du
moment présente un palmares contrasté. Ses faiblesses -comportement
peu incisif, moteur décevant et commande de boîte désagréable-
peuvent aisément se corriger. Mais déjà, elle s'offre à
un prix irrésistible." Le Moniteur Automobile - 17 avril 1997
- Seat Ibiza 2.0 GTI 16V Cupra. "En forçant
la cadence, elle reste très homogène. La puissance est bien contenue
par le train avant, l'amortissement a été adapté et un système
antipatinage limite les pertes de motricité des roues. Lesquelles sont
passées à 16 pouces pour compléter favorablement le tout.
Deux ombres cependant à ce tableau : l'amortissement très ferme
engendre d'incessantes trépidations sur routes bosselées et la commande
de boîte se montre trop récalcitrante. Enfin, le "coffre"
du moteur à bas régime est apprécié."
Auto
Plus - HS Essais 1997 - Seat Ibiza 2.0 GTI 16V Cupra. |