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INFERNO Pour la plupart de passionnés
de voitures de sport, lacquisition dune Porsche turbocompressée
peut représenter laboutissement de toute une vie. Mais chez Ruf,
cest juste le point de départ pour la course à la performance.
Après avoir développé quelques autos déjà alléchantes
(SCR et BTR), Alois Ruf dont lentreprise a obtenu le statut de constructeur
à part entière va relever un nouveau défi : affronter
les supercars du moment avec une auto qui va marquer tous les esprits des amateurs
de Porsche musclées. La CTR 1 surnommée « Yellow Bird »
va alors pulvériser le record du monde de vitesse avec 343 km/h !
Texte:
Nicolas LISZEWSKI - Photos: D.R. Après avoir repris la direction
de laffaire familiale, Alois Ruf junior va donner un coup de boost à
la petite entreprise ainsi quaux modèles de la gamme Porsche. Dans
un premier temps, il va sattacher à modifier et améliorer
la gamme existante puis à partir de 1981, Ruf
va obtenir le statut de constructeur automobile et pouvoir frapper ses autos de
son propre VIN (Vehicule Identification Number). La montée en puissance
de sa gamme avec la SCR puis la BTR est réelle. Mais cest en 1987
quAlois Ruf va réaliser un coup déclat qui marquera
tous les esprits des amateurs de voitures de sport. En partant dune base
de Porsche 911 Carrera
3.2, donc dune caisse étroite, il va totalement la modifier
et lui greffer deux turbocompresseurs (cest plus complexe que ce simple
raccourci, on le verra ensuite). Résultat ? Un bolide de 469 ch qui
lui a autorisé des performances canons et mesurées officiellement
avec une vitesse de pointe de 343 km/h ! Et le plus fort est que cette auto
dénommée CTR 1 (et surnommée the « Yellow Bird »
en raison de sa teinte jaune et de sa vélocité) est venue par la
route, a réalisé son record sur circuit, puis est repartie toujours
par la route. La CTR 1 va même décrocher deux records en réalité
puisque le premier réalisé sur une piste dessai de Volkswagen
sera 339 km/h avant de battre toutes ses concurrentes directes sur la piste de
Nardo. Un véritable ouragan sur quatre roues cette Ruf
DESIGN
Alois Ruf nest pas un amateur du tuning criard et voyant. Plus cest
discret, plus cela lui plaît. La CTR 1 néchappe pas à
cette règle, surtout dans cette teinte gris métallisé de
notre exemplaire dun jour. Le néophyte ne pourra soupçonner
quil nest pas face à une Porsche mais à une Ruf. Pour
ses 58 CTR 1 (loiseau est rare !), Ruf est parti de caisses étroites
de 911 Carrera 3.2 coupés. Mais les 911 de série sont totalement
désassemblées, puis renforcées et modifiées. Ainsi,
dans les différences visibles on notera la suppression des gouttières
comme sur les Porsche 959. Larceau Matter se charge de rigidifier lensemble
et supporter les nouvelles contraintes liées à laccroissement
des performances. Toujours dans les modifications visibles et qui concourent à
lefficacité, Ruf a conçu des spoilers avant et arrière
spécifiques pour améliorer notamment le refroidissement. Le bouclier
avant reçoit une petite lame en plastique en dessous pour améliorer
lappui car, comme sur les 911 Carrera 3.2 équipées en option
de laileron des turbo, il nest pas recommandé sur une 911 de
cette génération davoir un aileron arrière sans compensation
à lavant. Les très belles jantes Ruf de 17 pouces sont également
de la partie et apportent une touche plus sportive et moderne à la 911.
Dans les détails plus anecdotiques, on retrouve des rétroviseurs
extérieurs atrophiés pour améliorer laérodynamique,
et une trappe sur le flanc droit qui nest pas dévolue à lor
noir, mais à lhuile. Lhabitacle est traité résolument
sportif avec des baquets à la fois luxueux et efficaces. Les places arrière
ont disparues, tandis que de nombreux détails et accessoires sont siglés
« Ruf ». Bien évidemment, le tachymètre a
changé pour être gradué jusquà 350 km/h. Le volant
dorigine de la 911 a été troqué contre un modèle
trois branches frappé du logo Ruf. Entre les sièges, les plus observateurs
remarqueront une molette et une autre manette réglable. La première
concerne la pression de suralimentation qui est réglable et la seconde
la répartition des freins. Pas de doute, on ne plaisante pas chez Ruf sur
la qualité et tant lassemblage que les éléments présents
ne souffrent pas la critique mais forcent au contraire ladmiration. Dune
manière générale, un gros travail dallégement
a été opéré dans lhabitacle et sur la carrosserie
avec des panneaux de porte simplifiés, moins de moquettes, des portières,
ailes avant et capot avant en aluminium et les boucliers en polyester. Les Ruf
CTR 1 ne connaîtront que peu dévolutions esthétiques
hormis les prises dair sur les ailes arrière (destinées à
alimenter en air frais les échangeurs qui se cachent dans chaque aile)
du premier exemplaire qui a chassé les records. MOTEUR
Cest sur la base du Flat 6 de la Porsche
930 Turbo, à savoir le 3,3 litres, que Ruf a travaillé.
Mais le moteur dorigine nest plus quune base et un lointain
souvenir. La cylindrée a été augmentée pour passer
à 3,4 litres. Elle est boostée par deux gros turbocompresseurs KKK
qui prennent place sous les cylindres et qui soufflent à 1,1 bars. Deux
échangeurs air/air tentent de refroidir cet ensemble. Evidemment, le réalésage
et les turbos ne suffisent pas et M. Huber, le motoriste de talent de Ruf va également
modifier les pièces mobiles pour garantir un maximum de fiabilité :
pistons Mahle, arbres à cames revus. Pour la gestion moteur, cest
un boîtier Bosch Motronic qui gère lallumage et un échappement
spécifique est conçu. La première boîte de vitesses
mécanique sera basée sur la boite quatre rapports des 930 Turbo
3 litres à laquelle Ruf va ajouter un rapport. Ensuite, un sixième
rapports sera ajouté à la boîte Porsche G50. La CTR 1 aura
donc démarré sa carrière avec cinq rapports puis passé
la six ! Cette boîte possède son propre système de refroidissement
dhuile avec une pompe à huile électrique. Pour offrir une
autonomie décente à sa CTR 1, Ruf la équipée
dun réservoir dune capacité de 120 litres. Les performances
de cette brillante mécanique sont époustouflantes ! Ses 469
ch à 5950 tr/m lui délivrent encore des performances de supercars
actuelles. Jugez plutôt
343 km/h en vitesse maxi, le 0 à 100
en 4,2 secondes et le kilomètre départ arrêté franchi
en 21 secondes. Voilà qui pose le décor. Certaines supercars contemporaines
établies en sont pour leurs frais comme la 959
tout simplement oubliée ! Et volant en main, la sensation de poussée
est telle que lon est plaqué dans le siège et il faut même
quelques tours de roue pour sacclimater à ces nouveaux repères.
Sans parler du bruit qui est hallucinant ! Nos tympans sen souviennent
encore
Autre très bonne surprise de ce moteur, cest sa disponibilité
et sa souplesse à tous les régimes. Quel que soit le rapport engagé,
il suffit de presser laccélérateur et la mécanique
fait le reste. CHASSIS Avec de telles performances basées
sur une caisse étroite de 911, on pouvait craindre une auto rétive
et délicate à conduire. En réalité il nen est
rien et elle est même beaucoup plus progressive dans ses réactions
quune 911 contemporaine. Surprise !? En se replongeant dans la fiche
technique on comprend mieux cette différence radicale de comportement.
Outre des pneumatiques Dunlop spéciaux très largement dimensionnés
(AV 215/50 VR 17 et AR 255/40 VR 17) et la rigidification de la caisse, la Ruf
CTR 1 reçoit un essieu arrière multi-bras qui transforme le comportement
de lauto. Dans la gamme « traditionnelle » de Porsche,
il faudra attendre la génération 993
pour voir enfin le train arrière de la 911 évoluer très nettement.
La suspension arrière reçoit ainsi des combinés ressorts/amortisseurs.
Le freinage, cest en général le point fort des Porsche. Pour
la CTR 1, Ruf na pas lésiné avec le recours aux freins des
Porsche 962 C
des sport-prototypes (Freins Disques + Moyeux + Etriers). Pour avoir eu le privilège
dessayer cette Ruf CTR 1 sur le circuit de Pouilly en Auxois, il convient
de saluer le résultat du travail dAlois Ruf et son équipe.
Lauto reste très progressive et téléphone ses réactions.
Si on peut noter un léger sous-virage en inscription dans la courbe (sans
commune mesure toutefois avec celui des 991 Carrera 3.2), une fois en appui la
Ruf glisse éventuellement des quatre roues de manière équilibrée !
Si on remet les gaz trop violemment cest alors le survirage assuré
avec à la clé quelques beaux travers
Les freins semblent indestructibles
et conservent quoiquil arrive et quelque soit le rythme retenu leur mordant.
Un poids contenu, un châssis exceptionnel, un grip des pneus réel
et des freins puissants. Larme absolue la Ruf CTR 1 ? Nous ne sommes
pas loin de le penser après cet essai. Il existe une poignée dautos
au volant desquelles il faut les dominer pour en tirer toute la quintessence.
La Ruf CTR 1 en fait assurément partie et lon se prend à rêver
de lessayer sur des circuits plus rapides comme Dijon-Prenois, le Paul Ricard
ou Magny-Cours afin de pouvoir explorer les limites de cette auto qui nont
pas été atteintes sur le « petit » tourniquet
de Pouilly en Auxois
ACHETER UNE RUF CTR 1
La Ruf CTR 1 est un objet de culte que seuls des passionnés avertis
vénèrent aveuglément. Avec seulement 58 exemplaires produits,
lamateur devra sarmer de patience et tomber sur la perle rare. Et
il faudra accepter daller la chercher parfois dans dautres continents
puisque les USA ont été un gros marché pour les CTR 1. Vendue
à lépoque près de 300 000 euros, il faut environ
compter 100 000 euros pour en acquérir une. Une somme qui peut paraître
conséquente pour une auto de cet âge, mais qui reste un investissement
bien minime comparé à la cote dautos « quelle
a corrigées » à lépoque à Nardo.
Bien entendu, des autos rares comme les Ruf imposent un entretien scrupuleux par
des spécialistes triés sur le volet, car tout le monde ne sait pas
toujours travailler dessus. Une des rares faiblesses connues est la chaleur qui
se dégage du compartiment moteur. Lors de ses aventures sur le circuit
de Pouilly, notre exemplaire dun jour avait la peinture qui se craquelait
au niveau du capot et la plaque dimmatriculation était en train de
fondre ! Comme toute mécanique turbocompressée et de précision,
il faut respecter les règles dusage habituelles (pas de coup de gaz
à lextinction de la mécanique), entretien régulier
avec respect de lintervalle des vidanges, huile de qualité
Nest pas une supercar qui veut. :: CONCLUSION
Autant lavouer, mettre 100 000 euros dans une Ruf de près de
20 ans nous paraissait une somme folle. Mais cétait réagir
primitivement sans se plonger dans la genèse de cette auto et surtout sans
en avoir pris le volant. Désormais il nous sera difficile doublier
cette fantastique machine tant par son charisme, ses performances, sa facilité
et son histoire. Une vitesse maxi de 343 km/h, cela laisse tout de même
pantois. Seule inconnue pour lacheteur, réussir à assumer
le coût dentretien conséquent et pas à la portée
de tous, et surtout trouver des spécialistes compétents pas trop
loin de chez vous
Nous tenons à remercier très
chaleureusement Dominique B. et son épouse Rose pour leur gentillesse,
leur passion et leur vision du partage des émotions automobiles. Nous ne
serons pas prêts doublier cette rencontre
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LA PORSCHE 911 TURBO (930)... |
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DES RACINES ET DES AILES
En 1974, une nouvelle ère commençait chez Porsche. En même
temps que Bmw et sa 2002 Turbo, la première 911 de série équipée
d'un moteur turbocompressé faisait son apparition. Son nom : 911 "Turbo",
ou "930" pour les intimes. Mais contrairement à la Bmw, qui resta
sans descendance, la Porsche 911 Turbo sera l'initiatrice d'une grande lignée.
30 ans après, nous nous devions de revenir sur cette véritable légende
automobile, avec émotion et nostalgie.... ->
Lire la suite du dossier consacré à la Porsche 911 Turbo (930),
cliquez ici !!! | | CHRONOLOGIE
1939 : M. Alois Ruf père créé la compagnie Auto
Ruf. 1963 : Ruf reconstruit sa première Porsche, une 356. 1974 :
Cest Alois Ruf « junior » qui reprend les rennes de
la société créée par son père. 1975 :
Ruf construit sa première voiture en partant dune base de Porsche
911 Carrera RS 3.0. 1977 : Première Ruf Turbo basée
sur la Porsche 930 Turbo 3 litres. Modifications : moteur 3,3 litres, boîte
mécanique à 5 rapports. 1978 : Commercialisation
de la Ruf SCR 3,2 litres avec un spoiler avant spécifique. 1980 :
Présentation du Turbolook SCR avec toit targa T-Top. 1981 :
Homologation officielle de Ruf comme constructeur par le service des Mines Allemands. Boîte
5 rapports pour la Porsche 930 Turbo 1982 : La Ruf BTR avec son
moteur 3,4 litres turbo de 374 ch est la première voiture a posséder
un VIN (Vehicle Identification Number) Ruf. 1984 : Une Ruf Turbo
avec sa couleur « vert armée » est essayée
par la presse. 1985 : Nouvelles jantes alu de 17 pouces Ruf équipées
de pneus Dunlop Denloc. 1987 : Démarrage de la production
de la Ruf CTR 1 « Yellow Bird » avec sa caisse allégée,
son moteur 3,4 litres turbo de 469 ch et son record du monde officiel de 342 km/h. 1988 :
Nouvelle boîte 6 vitesses mécanique montée sur les CTR et
BTR basée sur la G50 de Porsche avec un rapport de plus. 1991 :
Fin de la production des CTR 1 après 58 exemplaires. PRODUCTION TOTAL
Ruf CTR 1 : 58 ex. CE QU'ILS EN ONT PENSE
: "Mais revenons à « notre » 911 Turbo
Ruf, pour constater que, sur la route, au prix de réactions de suspension
particulièrement sèches, cet engin décidément sans
compromis offre des qualités dynamiques de tout premier ordre. La tenue
de cap est remarquable, même à grande vitesse, et dans les courbes
de grand diamètre la caisse prend des appuis prolongés tout à
fait rigoureux. A labord des virages plus serrés on constatera une
tendance à un sous-virage sans équivoque, qui se transformera par
la suite en une phase de neutralité parfaite, que le pilote pourra changer,
à son gré, en un survirage contrôlé, puis une glissade
progressive des quatre roues." LAutomobile Magazine Septembre
1987 Ruf CTR 1. Liens conseillés
sur RUF CTR 1 : site
officiel de Ruf , Club
911.net , Club
Porsche de France
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