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VALEUR SURE
A l'occasion du lancement de la génération
997, à laquelle on attribue une heureuse ressemblance avec la 993,
il nous semblait donc opportun de revenir en détail sur cette
fameuse 911, toujours autant désirée. Mais quel est donc son secret
pour tenir ainsi le coeur des passionnés ?...
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: D.R.
La génération 964 avait apporté
bon nombre d'améliorations à la 911 originelle mais
Porsche se devait d'aller encore plus loin pour pérenniser
la légende. Ce fut chose faite avec la génération
993, encore considérée aujourd'hui comme la meilleure
jamais produite. La nouvelle 911 fut révélée
à la presse en août 1993 et présentée
officiellement au public au salon de Francfort, un mois plus tard.
Une décennie plus tard (déjà !), voici le récit
d'une évolution très aboutie de la plus emblématique
des voitures de sport, la Porsche 911.
DESIGN
Criant à l'infamie, les fervents défenseurs de la
911 n'avaient pourtant pas réservé à la 993
un accueil très chaleureux au travail de l'équipe
de design dirigée par Harm Lagaay. La raison ? Tout bonnement
l'écrasement des ailes avant, caractéristiques de
la ligne originelle datant des années soixante. Dans ses
formes, la nouvelle 911 s'est en effet adoucie. Son visage plus
lisse, plus incliné, conservant toutefois les traditionnels
phares ronds, les "yeux de grenouille", fait des concessions
à l'aérodynamique, comme l'avait fait avant elle la
959. Un travail effectué dans le moindre détail avec
de nouvelles poignées de portes et des rétroviseurs
"cup" montés en série. Le Cx de la 993 Carrera
est de 0,33 malgré un élargissement sensible de la
caisse (+83 mm). Car malgré les apparences, la voiture est
nouvelle à 80%. Cependant, bien plus que les nouvelles jantes
(17" livré en série en France contre 16"
en Allemagne) la première source de réconfort pour
les 911istes est aussi, de l'avis de beaucoup, une allure plus sexy
que la 964 grâce aux ailes arrière galbées,
évoquant le fameux Turbo-look si apprécié sur
les précédentes générations. Apparue
en août 1996, la "Carrera S" pousse cet effet à
son paroxysme avec des formes d'une sensualité... presque
érotique ! En effet, cette dernière dispose en bonne
partie du "turbo-look" enfilé un an plus tôt
par la Carrera 4S, ce qui fait au passage descendre son Cx à
0,34. On retrouve ainsi le spoiler et les bas de caisse plus sportifs
et une hauteur de caisse abaissée (voir CHASSIS) par rapport
à une Carrera "normale". Une façon de mettre
plus en valeur les jantes à 5 branches (creuses) de 18"
livrées en série sur le marché français.
Enfin, la belle, disponible uniquement en coupé, est frappée
du blason "Carrera S" sous une grille de capot moteur
spécifique, en deux parties comme sur la 356 (nostalgie,
quand tu nous tiens...). Notez que toutes les Carrera 2 et S sont
reconnaissables, sauf modification du propriétaire, à
leurs clignotants oranges, à l'avant et l'arrière,
alors qu'ils sont blanc sur les versions 4 roues motrices. A l'intérieur,
pas de révolution esthétique, quelle que soit la version,
on retrouve une planche de bord qui a peu évolué dans
son design depuis la 901. La clé de contact est toujours
à gauche du volant et la répartition des cinq cadrans
devant les yeux du pilote reste fidèle à l'idée
de départ. Toutefois, en y regardant de plus près,
on découvre que les différents interrupteurs sur la
planche de bord et la console centrale ont été re-positionnés
plus intelligemment. Le volant avec airbag redessiné est
aussi plus agréable en main et à l'oeil mais en l'absence
de réglages, il ne permet pas d'obtenir une position de conduite
parfaite. Véritable révolution, on dispose désormais
d'un éclairage performant grâce aux nouveaux phares,
et d'un très efficace double essuie-glaces positionné
au centre du pare-brise (un peu gênant d'ailleurs). De plus,
la finition et la qualité des matériaux est exceptionnelle.
Elles résistent formidablement à l'épreuve
du temps et des modes. Un peu avare en équipements à
ses débuts, la 993 Carrera va s'enrichir au gré des
millésimes. Au lancement, seul le coupé 911 va être
disponible. En mars 1994, c'est au tour du cabriolet de rejoindre
la gamme 911 Carrera, puis en 1995, la Carrera renoue avec la tradition
du Targa. Elle est équipée de jantes spécifiques
en 17" (en France) et innove avec un toit ouvrant panoramique
coulissant en verre. Ce concept, très pratique, procure une
luminosité exceptionnelle dans l'habitacle. Plus rigide que
par le passé, le Targa se situe toujours à mi-chemin
du cabriolet et du coupé. La Carrera poursuivra ensuite sa
carrière sans évolution esthétique notable
jusqu'à l'arrêt du modèle en 1998.
MOTEUR
La génération 964 avait inauguré un nouveau
moteur tout en aluminium. Sa cylindrée de 3 600 cm3, obtenue
par un alésage de 100 mm et une course de 76,4 mm, lui procure
naturellement un couple généreux. Le moteur de la
993 Carrera est en fait une évolution du bloc de la 964 Carrera
RS dont le vilebrequin, les pistons, les bielles et les soupapes
avaient été renforcés. L'intérieur du
bloc moteur est protégé par une couche de Nikasil
apposée par galvanisation. La lubrification est assurée
par carter sec, avec un réservoir d'huile placé devant
la roue arrière. L'huile est refroidie par un radiateur (avec
ventilateur) situé à l'avant de la voiture lorsque
la température dépasse les 87°C. Autre spécificité
de ce 3L6, on retrouve sur chaque cylindre le système de
double allumage (qui avait posé quelques soucis aux débuts
de la 964) et un rattrapage de jeu de soupapes hydraulique. L'allumage
et l'injection séquentielle multipoint sont gérés
par un boîtier électronique Bosch Motronic 2.10. Par
ailleurs, le double échappement catalytique est entièrement
nouveau. Dans sa première version, le moteur de la 993 Carrera
2 (type M64/05 pour le millésime 94 et M64/06 pour le millésime
95) développe 272 ch à 6 100 tr/mn et un couple maxi
de 330 Nm à 5 000 tr/mn. Ce moteur peut s'accoupler au choix
avec la nouvelle boîte de vitesse manuelle Getrag G50 ou avec
la boîte automatique Tiptronic, puis Tiptronic S (à
commande au volant) à partir de 1994. La plus répandue
est sans conteste la transmission à commande manuelle qui
inaugure un sixième rapport destiné à diminuer
la consommation et de ce fait, la pollution, principal handicap
du moteur refroidi par air. Sans conséquence sur le poids
de l'auto, elle est aussi légère et compacte que la
boîte 5 grâce à des parois amincies. Dès
1995, un nouvel embrayage à commande hydraulique fait son
apparition rendant encore plus aisé le passage des rapports.
En août 95 également, la 993 Carrera 2 connaît
sa première évolution de puissance qui grimpe à
285 ch à 6100 tr/mn pour un couple de 340 Nm à 5250
tr/mn (moteur type M64 21/22/23/24). On peut reconnaître extérieurement
ces versions à leur sortie d'échappement plus rectangulaires.
Les 13 chevaux gagnés sont essentiellement dus à l'apport
du Varioram, système breveté par Porsche agissant
sur la longueur des tubulures d'admission selon le régime
moteur. A 4850 et au-dessus de 5840 tr/mn, la gestion électronique
adapte l'admission en sélectionnant le conduit idéal
pour le régime courant et en contrôlant un clapet modifiant
la résonance. L'intérêt est de générer
un accord quasi-optimal des ondes générées
par les flux d'air et de rendre le taux de remplissage optimal sur
une plus large plage. On peut d'ailleurs noter que Porsche s'est
débarrassé du VarioRam sur la 996, préférant
moduler les volumes de plénum pour lisser la courbe de couple
(Variocam). Au millésime 97 (Août 96), la boîte
6 aux rapports plus longs (type G50/20) de la version US est accouplée
au moteur et équipe d'emblée toutes les Carrera. En
1997 toujours, l'ultime évolution de la Carrera 2 et Carrera
S prend la forme d'un moteur plus puissant (option x51). Il s'agit
du moteur 3.8 L (type M64/21S, 300 ch à 6500 tr/mn, 36,2
mkg à 5400 tr/mn) apparu sur la 964 Carrera RS et équipant
la 993 Carrera Supercup et la RS de 95.
CHASSIS
La génération 993 apporte une véritable évolution
au niveau des trains roulants et du comportement dynamique de la
Porsche 911. Le train arrière baptisé LSA à
quatre bras (ou plus exactement 5, si l'on compte le bras de parallélisme),
constitue la véritable nouveauté introduite sur ce
modèle concernant le châssis. Inspiré du fameux
essieu Weissach de la 928, il comprend également un berceau
auxiliaire composé d'un cadre d'aluminium. Ce nouveau concept
participe activement à la qualité du comportement.
Par ailleurs, à l'avant on retrouve le traditionnel essieu
McPherson avec des jambes et des triangles en alliage léger.
La 993 se distingue ainsi de ses aînées par une direction
plus précise et douce qu'auparavant. Le déport négatif
de 11,5 mm à l'avant permet d'améliorer la tenue de
cap et la stabilité au freinage. Mais venons-en directement
au sujet qui fâche, à savoir la sensibilité
constatée des réglages de ce fameux train avant qui
ont tendance à parfois "évoluer" avec les
kilomètres. Du coup, on peut se retrouver avec un comportement
qui se rapproche plus sensiblement du caractère typique de
la 911 avec un train avant qui semble chercher sa route. Rien de
dangereux mais plutôt désagréable. Toutefois,
il est important de préciser que ce phénomène
ne concerne pas tous les modèles et qu'il n'a pas été
constaté par l'ensemble des propriétaires. Côté
suspension, les amortisseurs bi-tubes à gaz ont une loi d'amortissement
dégressive et, en option, la Carrera peut disposer de l'option
châssis sport équipant en série la "S"
ainsi que de l'ABD (Automatic Brake Differential). Relié
directement aux capteurs de l'ABS, cet antipatinage électronique
agit directement sur la ou les roues qui perdent de la motricité
en les freinant. Cette assistance n'intervient que jusqu'à
70 Km/h. Livrée avec des jantes de 16" en Allemagne,
la Carrera fut livrée chez nous avec les jantes 17"
qu'on lui connaît et la Carrera S eut également droit
à la surmonte 18" (celles de la Turbo) en série
chez nous. Il est important de préciser à ce sujet
que, contrairement à la Carrera 4S qui reprenait intégralement
le châssis de la Turbo, la Carrera "2S" conservait
celui de la Carrera normale, à l'exception des amortisseurs
plus fermes et des ressorts abaissés de 10mm à l'avant
et 20 mm à l'arrière (option châssis sport).
Pourtant, une option châssis sport plus radicale encore (-30
mm) demeurait au catalogue de la S. Autre conséquence, le
montage des jantes de 18" imposa d'intercaler des entretoises
de 30 mm pour compenser une largeur de voie inférieure à
celle de la Turbo. Ce qui au final, permet de constater et relativiser
l'intérêt de la Carrera S face à la Carrera
standard... d'autant plus que les performances sont en retrait à
puissance égale (285 ch) à cause du surpoids de 30
Kg. Fidèle à la tradition de Zuffenhausen, la 993
profite d'un freinage puissant et endurant comprenant 4 disques
percés et ventilés, de 304 et 299 mm de diamètre, respectivement
à l'avant et l'arrière, pincés par des étriers
(noirs) à 4 pistons. La Carrera S conserve entièrement
ce dispositif, tandis que la Carrera 4S dispose, elle encore, du
freinage surdimensionné de la turbo.
993 SUPERCUP
Présentée en même
temps que la Porsche Carrera, en 1993, la Supercup destinée
à la compétition est équipée
du moteur 3.8 (3746 cm3 par augmentation de l'alésage
à 102 mm). Il reçoit des culbuteurs allégés
et de nouvelles soupapes. L'admission a été
augmentée généreusement et l'injection
Bosch motronic 2.10 permet d'en extraire 300 cv à
6 500 tr/mn. Le couple maxi est de 360 Nm à 5
250 tr/mn. Ce moteur, également monté
sur la 993 Carrera RS en 1995, sera proposé à
partir de 1997 sur la Carrera S sous la forme de l'option
x51.
ACHETER UNE
PORSCHE 911 (993) Carrera 2 / S
Valeur sûre du marché de l'occasion, la Porsche 911
type 993 a gardé une cote soutenue durant toute sa carrière
et, plus encore, durant celle de la 996. A cela, plusieurs raisons,
dont la principale est de représenter l'aboutissement de
la 911 refroidie par air. Une race désormais éteinte
et sur laquelle se sont jetés les puristes jusqu'à
la déraison, surtout que l'auto n'est pas vraiment rare sur
nos routes. Il est est pourtant fréquent de trouver certaines
996 Carrera 2 à vendre moins chères que des 993, notamment
les Carrera "S" dont les cours, un peu démesurés
au regard de ses différences techniques avec la Carrera,
semblent un peu revenir à la normale. La sortie de la 997,
très appréciée, n'y est sans doute pas étrangère,
l'avenir nous le dira. Quoi qu'il en soit, il est encore assez difficile
de trouver une belle 993 Carrera à moins de 35000 euros alors
qu'une 911 S s'échange pour environ 45-50 000 euros. Une
différence que la "S" doit à sa ligne sublime
qui suscite un désir toujours aussi irrésistible...
Selon les options, le prix peut varier significativement, mais seul
le châssis sport s'avère indispensable si vous souhaitez
tourner un peu sur circuit. Par ailleurs, les cours élevés
de la 911 type 993 peuvent trouver une justification partielle dans
l'excellente fiabilité du modèle qui semble bien parti
pour devenir tout aussi robuste que le sont les Carrera 3.2L dont
elle est la digne descendante. Après une première
décennie écoulée et le cap des 100 000 km franchit
par de nombreux modèles, les seuls défauts relevés
à l'encontre de la 993 concernent surtout une sensibilité
des réglages du train avant et des biellettes de direction.
L'aileron peut aussi créer quelques soucis et se mettre à
grincer. Le toit des versions Targa ne tolère, lui, aucun
jeu pour son étanchéité. Le cabriolet se distingue
par sa bonne rigidité et sa capote de qualité, il
permet de profiter pleinement du son du flat six et de sa souplesse.
Des fuites au joint spi de boîte sont connues ainsi que des
débuts de corrosion autour du pare-brise. Pour le reste,
cette Porsche est capable de vous emmener loin et vite sans réclamer
le budget d'entretien de certaines belles italiennes notamment...
Un atout indéniable au royaume des sportives d'exception
que bien peu sont capables d'offrir réellement comme la 911.
:: CONCLUSION
Valeur sûre, la Porsche 911 type 993 est promise à
un bel avenir en collection. Constituant un excellent achat en occasion,
elle fait cependant encore cher payer ses qualités, notamment
la très sexy Carrera S qui se revend au prix fort en jouant
de son charme naturel. Mais la sortie récente de la 997 qui
a, semble-t-il, conquis le coeur des porschistes, pourrait ramener
les cours à un niveau plus normal. Une bonne raison de s'intéresser
sérieusement à la 993.
CHRONOLOGIE
1993 : Septembre, présentation au salon de Francfort
de la Porsche 911 type 993.
1994 : Présenté en février, le cabriolet
est disponible dès le printemps. Août, la nouvelle
transmission "Tiptronic S" à 4 rapports dispose
de commandes au volant.
1995 : Août, évolution majeure de toute la gamme,
la puissance passe à 285 ch. On se félicite également
du retour de la Targa, présentée à Francfort
en septembre.
1996 : Août, la Carrera 2 dispose de sa version "S".
Apparition en fin d'année du kit moteur x51 pour la Carrera
S (moteur 3.8 L 300 ch de la RS).
1997 : Fin de production du coupé en juillet et de
la Carrera S en décembre ainsi que du cabriolet.
1998 : Le targa continue seul jusqu'en mars.
CE QU'ILS EN ONT PENSE :
"A Zuffenhausen on est pas encore certain du succès
de cette nouvelle 911 auprès de la clientèle. [...]
Nombreux sont ceux qui craignent que le nouveau modèle ne
soit pas à la hauteur. Si elle a bien évolué
techniquement, le récent travail de l'équipe de design
dirigée par Harm Lagaay est très controversé
à l'intérieur même de la compagnie."
FLAT 6 MAGAZINE - Août 1993 - PORSCHE 993.
"En conclusion cette 993 Carrera
S Tiptronic est une véritable GT, très agréable
à utiliser et très performante sur les grands axes.
Elle est un peu moins à son aise sur les petites routes qu'une
simple Carrera à boîte mécanique traditionnelle
mais est tellement en accord avec le mode de conduite et la circulation
qu'on rencontre de nos jours que j'ai eu un petit pincement au coeur
au moment de la rendre... C'est tout dire !"
RS MAGAZINE - Février 2004 - ESSAI PORSCHE 993 CARRERA
S Tiptronic S.
"Nettement plus confortable, plus
spacieuse, plus performante, plus efficace et plus sécurisante,
la nouvelle Porsche 911 Type 996 ne laisse aucune chance à
sa devancière. Dans de très nombreux postes, elle
se montre supérieure. Seule sa personnalité a pris
du plomb dans l'aile. les similitudes avec le Boxster sont frappantes
et ses énormes porte-à-faux déséquilibrent
la ligne. une raison suffisante pour encore lui préférer
l'ancienne (993), beaucoup plus typée. Une chose est cependant
certaine : que ce soit avec le nouveau ou avec l'ancien, le plaisir
pris au volant de ces deux coupés est tout simplement exceptionnel."
AUTO JOURNAL - Octobre 1997 - PORSCHE 993 CARRERA S 300 ch/ PORSCHE
996 3.4.
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