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GRAINE DE CHAMPIONNE
!! Après sa berline Sierra
Cosworth qui brilla en rallyes notamment aux mains de François Delcourt
et Didier Auriol précédemment, Ford mise sur son modèle compact,
l'Escort, pour lutter en rallye contre les Toyota Celica et Lancia Delta Integrale.
Mais, pour l'homologation en groupe A, il faut commercialiser 2 500 exemplaires
Texte:
Nicolas LISZEWSKI - Photos: D.R. A la
fin des années 80, Ford possédait bien dans
sa gamme Escort des sportives avec en point d'orgue la RS Turbo, mais l'arme de
Ford Europe en rallyes s'appelait alors Sierra RS
Cosworth. D'abord sur la Sierra 3 portes dans la période Sierra phase
1, puis sur la base d'une berline quatre portes avec la phase 2. Avec son deux
litres 16 soupapes turbocompressé, la Sierra Cosworth faisait alors parler
la poudre puisque ses 220 ch transmis au sol par les quatre roues lui permettaient
des performances de premier plan : 240 km/h et 6,9 secondes pour atteindre les
100 km/h. Mais en compétition, la Sierra est évidemment handicapée
par ses dimensions et son architecture (un porte-à-faux arrière
trop important) de départ pas forcément propice à la compétition. OBJECTIF
RALLYE ! Ford, malgré les résultats encourageants de la
Sierra Cosworth en rallyes, ne veut plus se contenter de places d'honneurs, même
si François Delcourt défend avec passion les couleurs du constructeur
américain. Si l'ensemble mécanique (moteur-boîte-pont) a confirmé
ses qualités, il faut revoir la base. C'est donc sur sa nouvelle Escort,
que Ford décide de greffer ces éléments. Avec l'Escort, les
dimensions sont réduites en matière d'empattement surtout ce qui
favorise la vivacité et la maniabilité du comportement routier.
Sinon l'implantation mécanique est strictement identique à la Sierra.
Le moteur est monté à l'avant longitudinalement (alors que toutes
les Escort ont des mécaniques transversales). La chaîne cinématique
de transmission est également la même avec une prise de force en
bout de boîte, un différentiel inter-pont épicycloïdal
répartissant asymétriquement le couple entre les deux essieux (34%
vers l'avant et 66% vers l'arrière) et l'appoint de deux viscocoupleurs.
Toujours dans la série du pillage, l'Escort
RS Cosworth reprend les trains roulants, les freins et la direction assistée
de la Sierra du même nom. MOTEUR
Si le moteur est celui de la Sierra, nous
l'avons déjà évoqué plus haut, il est désormais
catalysé et il bénéficie d'un turbocompresseur de taille
majorée afin d'autoriser, sinon une puissance plus généreuse,
du moins un fonctionnement plus harmonieux avec la bride de 36 mm imposée
en groupe A. Le résultat est que sur la version destinée au grand
public le confort de conduite n'est pas des plus aisé. Au-dessous de 4
000 tr/mn il ne sa passe pas grand chose, puis au-dessus, c'est en revanche la
charge de la cavalerie. Les 29,6 mkg de couple et les 220 ch propulsent l'Escort
Cosworth à près de 240 km/h et lui font abattre la borne kilométrique
en tout juste plus de 26 secondes. Et avouons que 110 ch au litre de rendement
moteur, cela reste toujours exceptionnel. Question physique, Ford a plutôt
opté pour une carrosserie bodybuildée. Mais ce n'est pas qu'une
question de style. Il y a également des raisons techniques dans ces choix
: les ailes larges et passages de roues proéminents permettent l'augmentation
de la taille des roues avec du 16", mais du 17 et même du 18"
sont prévues pour la compétition. Toute la face avant est également
agressive à souhait. Cela est du en partie par les larges ouvertures destinées
à refroidir la bouillante mécanique et évacuer toutes ses
calories. Pour ces dernières les extracteurs d'air sur le capot et dans
la partie finale des ailes avant ont été prévus. UNE
AERODYNAMIQUE SOIGNEE
Les ingénieurs
ont étudié et conçu l'énorme aileron arrière
et surtout une lame de bouclier avant réglable que l'on peut plus ou moins
sortir. Si dans le cadre d'un usage routier ces caractéristiques ne servent
à rien, cela permet à Ford d'exploiter au maximum le travail de
la charge aérodynamique sur ses versions compétitions. Dès
sa commercialisation en 1992, l'Escort RS Cosworth est commercialisée en
deux versions : l'une baptisée Motorsport, sorte de version compétition
client allégée et à l'équipement succin, et l'autre
standard dont la dotation de série est riche (vitres électriques,
toit ouvrant, isolation phonique poussée, sièges Recaro
).
La version Motorsport était vendue alors moins cher que la standard, et
toutes deux possédaient une instrumentation particulièrement complète
sur fond blanc électroluminescent, selon un procédé emprunté
à Aston Martin, du meilleur effet. SUR
LA ROUTE Les voitures prévues
initialement pour les homologations en rallyes sont comme cela. Toujours dans
la démesure. C'est soit une réussite totale dans sa version civile
(Lancia Delta Intégrale, Renault
5 Turbo, Celica Turbo 4WD) soit des autos bancales et peu adaptées
à un usage quotidien (Citroën BX 4TC, Peugeot 205 T16). Et l'Escort
RS Cosworth alors ? Elle appartient heureusement à la première catégorie
avec une efficacité et un charisme de tous les instants. Si vous avez le
privilège de conduire les premiers millésimes, sachez anticiper
avec l'effet turbo ancienne mode. La violence du turbocompresseur qui se déchaîne
à partir de 4 000 tr/mn vous rappelera que votre Ford n'a d'Escort que
le nom, et vous penserez à mettre un cierge à l'église pour
celui qui a eu l'idée de monter une transmission intégrale. Quel
châssis ! Par n'importe quel temps, et dans n'importes quelles conditions,
l'Escort RS Cosworth s'extrait des virages et des courbes avec un grip et une
accroche exceptionnels. Même des GT bien plus puissantes ne peuvent être
efficaces sur le terrain de jeu de l'Escort. Certes, l'autoroute n'est pas sa
tasse de thé avec son physique de camionneur, mais que les routes se rétrécissent,
le conducteur commence à se cracher dans les mains. Les modèles
ayant bénéificié de l'évolution avec un turbocompresseur
plus petit sont nettement plus agréables à l'usage et en plus les
performances progressent sensiblement. Confortable avec ses sièges baquets
Recaro, quoique ferme, l'Escort RS Cosworth est une auto authentique à
piloter, et chaque départ vous replonge dans l'ambiance des rallyes des
années 90. EVOLUTIONS
En 1994, Ford réagit sur sa bête
de rallye et installe un turbo plus petit que celui monté jusque-là.
C'est à la fois suite à la réaction du public et de la presse
sur la version de "série" et également en raison de règlements
changeants que Ford a décidé cette modification. Si elle paraît
mineure sur le plan de la puissance pure (+7 ch seulement), il en est tout autre
sur le plan de l'agrément de conduite et de l'exploitation du moteur. Le
trou qui existait jusqu'à 4 000 tr/mn a réellement disparu ce qui
nous donne une mécanique moins pointue à utiliser surtout dans le
cadre d'un usage quotidien. Même les accélérations y gagnent
puisque sur le kilomètre départ arrêté, l'Escort Cosworth
227 ch accélère plus fort de 5 dixième de seconde. Dans la
foulée, l'Escort prend un tout petit peu de poids supplémentaire
(+20 kg) ce qui détériore très légèrement son
rapport poids/puissance. La tenue de route reste quant à elle toujours
aussi efficace avec ce subtil compromis confort/efficacité. Et pour finir
sur le moteur, il améliore encore un peu son exceptionnel rendement moteur
de 4 ch/litre pour passer à 114 ch/litre. En 1996, Ford stoppe la commercialisation
d'un des derniers monstres sacrés (la Lancia Delta Intégrale n'étant
plus là non plus) homologué sur route pour le rallye. L'Escort RS
Cosworth n'est plus mais va laisser une trace indélébile dans le
cur de tous les passionnés. ACHETER
UNE FORD ESCORT RS COSWORTH. Sur le marché de l'occasion, les
Ford Escort RS Cosworth conservent encore une cote soutenue en raison d'une diffusion
relative sur notre marché. Comptez donc à partir de 14 500 euros
pour un exemplaire en très bon état et entretenu avec origine connue.
Certaines sportives sont réputées indestructibles et fiables. Pour
d'autres, et c'est souvent le cas pour les moteurs turbocompressés dont
les rendements sont plus élevés, l'adage est totalement inverse.
L'Escort Cosworth est une voiture très fiable si l'entretien et la conduite
ont été en rapport avec le pedigree de l'auto. La mécanique,
si elle a été maltraitée ou bidouillée et que l'entretien
n'a pas été à l'avenant, vous allez au devant de nombreux
problèmes mécaniques. Factures et carnet obligatoires (courroies
tous les 40 000 km, révision tous les 5 000 km)
L'entretien coûte
relativement cher sur ces autos et il n'est pas à négliger (environ
350 euros pour les révisions standards et comptez minimum 600 euros s'il
faut changer des pièces en sus - freins, amortisseurs...). Sachez que lorsque
vous attaquez un peu, il fait laisser le moteur tourner une dizaine de secondes
avant de l'éteindre pour lui laisser le temps de redescendre en température.
Vous trouvez en outre sur le marché des Escort qui ont subit les affres
de la compétition (à fuir pour tout usage routier traditionnel !),
celles qui ont été préparées dans les règles
de l'art ou non et celles strictement d'origine qui sont de plus en plus rares.
Une chose est certaine : la patience dans vos recherches doit être de mise,
car vu le nombre réduit d'exemplaires commercialisés et survivants,
il ne fait pas hésiter à en voir plusieurs, non pas pour avoir le
plus bas prix, mais la plus belle Escort. les Escort Cosworth en strict état
d'origine commencent à être rares sur nos routes. Sans parler des
versions compétitions, de nombreuses Escort sont déjà passées
entre les mains de propriétaires tuners de tout poil. La carrosserie peut
également vous fournir de nombreuses informations sur le passé de
l'auto. Ainsi, si vous voyez la moindre soudure, notamment au niveau des passages
de roues qui est fissurée ou refaite, passez votre chemin. Des amortisseurs
et ressorts durs alliés à une conduite très sportive ou de
compétition ont usé l'auto jusqu'à la corde. Sortez la loupe
et les aimants !! ::
CONCLUSION Performante, exceptionnellement scotchée à
la route et un physique d'athlète comme on les aime caractérisent
ces Escort pas comme les autres. Et aujourd'hui, il n'est peut être pas
encore trop tard pour acheter ce mythe en devenir en bon état, car cette
Escort Cosworth peut se révéler fragile si on ne respecte pas les
règles d'usages sur les véhicules pointus. Le prochain McRae ou
Sainz, c'est peut-être vous et ce ne sera pas sur PS2 ou Xbox
Liens conseillés sur FORD ESCORT RS COSWORTH
: Ford.fr
- Site
de Ford Fiesta ST - Guide
des GTI et petites sportives Avec
Laurent Bunnik et sa collection inestimable de catalogues, trouvez tous ses catalogues
sur FORD ESCORT RS COSWORTH
: http://bunnik.club.fr/forfi101.htm CHRONOLOGIE
1992 : Commercialisation de l'Escort
RS Cosworth. Les 200 premières voitures, les Motorsport, n'étaient
pas équipées de vitres électriques et ni de toit ouvrant.
1993 : Débuts de l'Escort Cosworth en janvier au Rallye de Monte
Carlo à la place de la Sierra Cosworth. 1994 : Montage d'un
turbo plus petit plus en rapport avec un usage routier. Le moteur développe
désormais 227 ch. 1996 : Arrêt de la commercialisation
de l'Escort Cosworth après de nombreuses victoires et titres en rallyes.
2002 : Commercialisation prévue en juin de la Focus RS et ses 220
ch. Elle se place en digne héritière des Cosworth. CE
QU'ILS EN ONT PENSE : "L'Escort Cosworth, dotée elle aussi
(face à la Mazda 323 4WD GT-R NDRL) de quatre roues motrices, mais de pneus
encore plus performants (Pirelli Pzero en 225/45 ZR 16), est moins amusante à
piloter en raison de son adhérence exceptionnelle. En usage intensif, l'arrière
accroche tellement que malgré une répartition de couple encore plus
prépondérante sur l'arrière (66 %), c'est systématiquement
l'avant qui avoue ses limites, donnant à l'Escort Cosworth un comportement
sous-vireur alors qu'il est survireur sur la Sierra." AUTOMOBILE MAGAZINE
- 1992. "Au premier abord, le confort
de suspension est agréablement surprenant. Sur ce point, la Sierra Cosworth
avec sa définition de familiale se montrait très efficace également
et, face à la monstruosité de l'engin, nous n'aurions pas été
surpris de découvrir une voiture beaucoup plus typée dans ce domaine.
Il n'en est rien, l'Escort Cosworth reste une voiture toujours très polyvalente.
Autre point de satisfaction : un train antérieur qui se montre plus précis
avec une direction exempte de réaction. Le comportement de l'Escort est
remarquablement sain, efficace et précis. Le travail des suspensions est
efficace. " SPORT AUTO - 1992. "La
RS Turbo (ou RS Cosworth) ne passe pas inaperçue, c'est le moins que l'on
puisse dire. Haut perchée sur ses grandes roues de 16" chaussées
de monstrueux Pirelli Pzero, elle affiche son arrogance sans aucune discrétion.
Sa face avant, bien aérée pour laisser respirer la mécanique,
est percée d'extracteurs d'air, disposés sur le capot et dans les
ailes (aussi bodybuildées que Schwarzenegger himself, au point que même
les 16" y semblent au large !)." OPTION AUTO - 1993. |