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UN VIKING EN BALLERINE !
Si une série TV a donné
un rayonnement international aux coupés Volvo P1800, le succès
rencontré par cet élégant coupé suédois
nest pas uniquement du à Simon Templar. Son esthétique,
son charisme, ses performances au fil des millésimes et également
une version très exclusive « ES » également
appelée break de chasse, finiront dinscrire pleinement
les Volvo P1800 coupés dans lhistoire des automobiles
dignes dêtre conservées dans son garage...
Texte:
Nicolas LISZEWSKI - Photos: D.R.
Chez Volvo, il fut un temps où la
frivolité nétait pas de mise. Si aujourdhui
les productions du constructeur de Göteborg affiche une sensualité
stylistique évidente, durant des décennies la sécurité
et robustesse étaient les maîtres mots de la stratégie
de la marque suédoise. A tel point, que lorsque Volvo commercialisa
les cabriolets P1900 avec mécanique de Volvo PV444 en 1956,
le PDG de lépoque, Gunnar Engellau, décida dinterrompre
brutalement la carrière de ce cabriolet original aux lignes
sportives dès 1957 après 67 exemplaires produits seulement.
Il estimait en effet quune carrosserie en fibre de verre ne
présentait alors pas des garanties de rigidité et
solidité suffisantes. Malgré cet essai avorté,
Volvo repris ses études de développement pour un futur
coupé. Si le sport nest pas lobjet de Volvo pour
son coupé P1800, lesprit Grand Tourisme est retenu
avec en toile de fond les valeurs de la marque : robustesse
et fiabilité. Cest bien ce qui fait la force, aujourdhui
encore de la Volvo P1800. Volvo va appliquer la même stratégie
au coupé P1800 quavec ses berlines en puisant dans
les banques dorganes des différents équipementiers
pour les éléments mécaniques sauf pour le bloc
moteur qui est lui de fabrique Volvo
DESIGN
Cest Frua qui eut alors la mission en 1957 de démarrer
des études de style pour le coupé Volvo. Initialement,
Ghia avait reçu la commande de Volvo, ayant déjà
collaboré sur la PV444 avec le constructeur suédois,
mais ayant déjà un projet similaire en cours avec
un constructeur concurrent, il délégua alors Frua
(compagnie affiliée à Ghia) sur ce projet. Plusieurs
dessins furent présentés à Gunnar Engellau
et ce dernier jeta son dévolu sur celui réalisé
par Pelle Pettersson, qui était accessoirement le fils dun
consultant de Volvo ! Puis en décembre 1957, le président
de Volvo pu enfin voir en vrai la première réalisation
selon les esquisses présentées plus tôt. Il
trouva le résultat si convaincant que la consigne fut donnée
pour que la voiture de série soit conforme en tout point
au prototype. Dès 1959 les premières photos du coupé
Volvo P1800 sont dévoilées puis en janvier 1960 cest
la première présentation officielle au salon de Bruxelles.
Les premières commandes ne purent être honorées
que lannée suivante au grand désespoir des clients.
Il est intéressant de noter que les 6000 premières
Volvo P1800 produites le furent dans lusine de Jensen en Angleterre
qui recevaient les tôles embouties de la société
Pressed Steel. Mais les délais aléatoires, et surtout
la qualité de construction déplorable ont poussé
les dirigeants suédois à rapatrier la production des
Volvo P1800 en Suède à Göteborg. Même avec
le recul des années, il faut reconnaître que la ligne
des Volvo P1800 est toujours une réussite. Fine, élégante,
latine, la ligne de la Volvo P1800 joue les charmeuses. Au fil des
années, la ligne a perdu ses stigmates des sixties (pare-chocs
dune seule pièce et non plus en deux parties, suppression
du jonc chromé, jantes au dessin et tailles différents
).
Un long capot dont la nouvelle calandre noire mat est mise en avant
telle une bouche, des embryons dailerons sur les ailes arrière,
et la « petite » capsule qui sert dhabitacle
caractérisent le physique de cette Volvo peu commune dans
la généalogie de la marque. De nombreux détails
apportent leur touche délégance comme les feux
arrière ou encore la trappe à essence. Lhabitacle
a peu évolué au fil des millésimes hormis sur
les équipements et les détails. Sur les Volvo P1800
E, la planche de bord est recouverte dimitation bois et encadre
une batterie de compteurs ronds. La finition est simple mais résistante
et de belle facture.
MOTEUR
Les premières Volvo P1800 furent dotées dune
mécanique dérivée des berlines de la gamme
traditionnelle (le moteur B18B). Le vaillant 1,8 litres démarra
donc avec une puissance modeste mais suffisante de 90 ch DIN (la
précision est importante tant à lépoque
la mesure en SAE était également couramment utilisée).
Puis au fil des évolutions, cette mécanique va se
muscler. Mais dès 1969, Volvo va inaugurer un nouveau moteur
B20 de deux litres sous le capot de la belle P1800. Non content
daugmenter la cylindrée, Volvo va sattacher à
rendre cette mécanique performante : nouvel arbre à
cames, soupapes élargies, taux de compression de 10.5:1
Et surtout, grande innovation pour lépoque, lalimentation
nétait plus assurée par des carburateurs, mais
par une injection électronique Bosch D-Jetronic. Doù
lappellation B20E et P1800 E, le « E »
signifiant injection (« Einsprutz ») en allemand.
Le conducteur avisé dune Volvo P1800 E pouvait donc
compter sur 124 ch à 6000 tr/mn (soit 130 ch SAE) et 17 mkg
de couple à 3800 tr/mn. Les performances étaient donc
à lavenant avec 185 km/h en vitesse maximale, une valeur
très flatteuse à lépoque où des
petites cylindrées atteignaient péniblement les 120
km/h
Pour la transmission, Volvo emploie alors une boîte
mécanique ZF M410 à 4 rapports avec overdrive. A noter
quune boîte automatique était disponible en option.
A lusage, le moteur de la Volvo est relativement souple et
permet de croiser à 140 km/h en toute quiétude. Passé
ce seuil, le niveau sonore commence à être élevé
dans lhabitacle.
CHASSIS
La plateforme des Volvo P1800 est dérivée de celle
des berlines Volvo 122 jusquen
août 1965 !
En effet, les Volvo P1800 utilisent ensuite la plateforme de la
Volvo 144. Les Volvo P1800 E qui nous intéressent aujourdhui
bénéficient donc de la deuxième plateforme.
Lessieu avant est constitué de roues indépendantes
à triangles superposés avec ressorts hélicoïdaux
et amortisseurs hydrauliques et télescopiques. Larrière
se contente lui dun classique essieu rigide composé
de barres de poussée, de ressorts hélicoïdaux
et damortisseurs télescopiques à gaz. Des barres
stabilisatrices avant et arrière sont montées doffice.
Avec ses performances en hausse, Volvo a prévu un système
de freinage moderne et efficace. Doté dun double circuit
depuis 1969, les Volvo P1800 E profitent en outre de quatre freins
à disques Girling avec servofrein. Ces derniers sont logés
dans des nouvelles roues façon magnésium à
5 goujons apparents. La direction à vis et à galets,
sans assistance est conforme à sa technique : lourde
et imprécise en son point milieu. Globalement sur route ouverte,
la Volvo P1800 E est saine et équilibrée sur le sec.
Si on ne peut pas parler de sportive, elle reste prévisible
et attachante comme bon nombres dautos dotées dun
essieu arrière rigide. Sur sol humide ou gras, il faudra
être plus prudent comme avec bon nombre de propulsions. Les
freins en revanche sont dépoque et malgré les
freins à disques, nattendez pas une force de freinage
foudroyante. Petit détail important dans la conduite, les
sièges ne sont pas très enveloppants et noffrent
pas un bon maintien.
VOLVO P1800 ES
En août 1971, Volvo
commercialise à la surprise générale
un dérivé de son coupé P1800 :
la version ES qui réinterprète avec brio
le thème du break de chasse. La réussite
esthétique du coupé P1800 ES est luvre
en deux étapes de deux designers différents.
Dune part toute la partie avant jusquaux
portières avant qui reste luvre de
Frua et identique au coupé P1800 E, et dautre
part tout larrière qui est le résultat
des études de Coggiola. La ligne de toit est
donc droite et terminée par un hayon en verre
intégral. Chic et pratique. Les surfaces vitrées
sont conséquentes et la modularité intérieure
intéressante. La capacité du coffre est
donc modulable avec la banquette arrière rabattable.
Toutefois, la profondeur du coffre reste limitée.
La mécanique reste la même que celle du
coupé P1800 E avec linjection électronique
Bosch D-Jetronic. Véritable objet rare et distingué,
la Volvo P1800 ES aura connu une carrière particulièrement
éphémère avec seulement 8 078
exemplaires produits entre 1971 et 1973. Peu de voitures
se sont permis le luxe de présenter une carrosserie
de break de chasse. On citera les plus connues :
Reliant Scimitar, Lancia Beta HPE, Aston Martin et Jaguar
modifiée par des carrossiers anglais
ACHETER UNE
VOLVO P1800 Coupé AUJOURD'HUI
Les Volvo cest du béton armé ! La Volvo
P1800 néchappe pas à la cette réputation
et la mérite. Les moteurs issus des berlines 122 et 144 sont
indestructibles et les centaines de milliers de kilomètres
ne leur font pas peur. A tel point quun propriétaire
américain dun coupé P1800 ES a parcouru plusieurs
millions de kilomètres validés au Guiness Book !
Donc si lentretien est assuré selon les préconisations
de Volvo (vidanges tous les 5000 km avec filtre, graissage périodique
des rotules sur les modèles avant 1965, distribution tous
les 150 000 km
), vous pouvez utiliser sans arrière-pensées
votre coupé suédois. Comme toute ancienne qui se respecte,
nos coupés suédois ne sont pas à labri
de la corrosion et il convient dêtre vigilant. Surtout
avec ses dessous au niveau du longeron autour de la fixation du
boîtier de direction. Pour les freins, transmissions et accessoires/électricité,
rien dalarmant à signaler. Nous sommes loin de la fantaisie
de certaines réalisations transalpines. Puisque les Volvo
P1800 sont des compagnes idéales et sans surprises, où
les trouver et à quel prix ? Difficiles à trouver
en France en raison de leur diffusion limitée, il faudra
rester patient. Pourtant, malgré un marché « pauvre »
en offre, les prix ne sont pas inabordable loin sen faut.
Comptez donc environ 10 000 euros pour un très beau
coupé P1800 S ou E, et entre 12 à 15 000 euros
pour de très beaux coupés break ES. Ce dernier plus
rare et doté dune ligne à lesthétique
racée justifie sa cote plus élevée.
:: CONCLUSION
Les coupés Volvo P1800 E, de même que les autres modèles
(1.8, S, ES), sont de véritables autos faciles en collection.
Leur fiabilité et robustesse leur autorisent un usage quotidien
et mettent leur propriétaire à labri des petits
caprices propres à nos chères anciennes. Leurs performances
restent honorables aujourdhui encore et leur plastique avantageuse
finissent de convaincre les plus sceptiques dentre-vous...
PRODUCTION
Volvo P1800 : 6 000 exemplaires
Volvo P1800 S : 22 300 exemplaires
Volvo P1800 S B20 : 11 693 exemplaires
Volvo P1800 E : 9 414 exemplaires
Volvo P1800 ES : 8 078 exemplaires
TOTAL Volvo P1800 : 57 485 exemplaires.
CHRONOLOGIE
1957 : Démarrage du projet P1800. Létude
de style est confiée à Frua, mais cest le dessin
de Pelle Petersson, fils dun des consultants de Volvo qui
est retenu.
1959 : Premières photos officielles.
1960 : En janvier, présentation au salon de Bruxelles
du coupé Volvo P1800 : moteur B18B 1,8 litres 90 ch
DIN, 170 km/h.
1961 : Premiers clients livrés.
1963 : La fabrication du coupé Volvo P1800, qui
devient P1800 S (96 ch, 175 km/h) est transférée dAngleterre
en Suède. Quelques détails évoluent :
nouveaux enjoliveurs de roues, sellerie cuir, nouveaux panneaux
de portes, suppression de lécusson latéral,
dossiers de la banquette arrière repliable.
1964 : En août, évolutions de détails :
nouvelle calandre, pare-chocs droits munis de bandes en caoutchouc
noir, nouvelles roues, sièges avec supports lombaires.
Présentation de 2 cabriolets. Le premier est réalisé
par Radford en Angleterre et le deuxième par le concessionnaire
américain Volvoville aux USA. 29 cabriolets seront fabriqués
par le concessionnaire américain.
1965 : En août, la coupé Volvo P1800 hérite
dune nouvelle plate-forme et de moteur hérité
de la berline Volvo 144 (103 ch et 180 km/h)..
1966 : En août, un jonc chromé rectiligne
sur les flancs et divers détails de finition sont au programme.
Un kit moteur 135 ch SAE était disponible pour donner du
muscle au coupé Volvo P1800. Les suspensions arrière
étaient renforcées et un limiteur de frein arrière
était monté.
1967 : En août, un volant 3 branches est monté
doffice et la colonne de direction est dotée dun
absorbeur de chocs.
1968 : Nouveau moteur B20B avec 2 carburateurs Zenith-Stromberg
(105 ch).
Le projet ES est confié à Coggiola.
1969 : Nouveau moteur B20E à injection Bosch
D-jetronic (124 ch, 185 km/) : nouvelle appellation, P1800
E. Le coupé évolue sur de nombreux aspects :
freins à disques Girling sur les quatre roues, calandre noir
mat, jantes alu, orifices dair dans les ailettes arrière,
tableau de bord imitation bois, etc
1970 : En août, les clients peuvent opter pour
une boîte automatique Borg-Warner à 3 rapports.
1971 : La puissance du moteur passe à 124 ch.
En août, la version P1800 ES est commercialisée. Elle
se présente sous la forme dun break de chasse. Calandre
en ABS noir à barres verticales, nouvelles jantes, vitres
teintes.
1972 : En juin, arrêt de la production des Volvo
P1800 coupé.
1973 : En juin, arrêt de la production des Volvo
P1800 ES coupé.
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