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LUXE ET
INNOVATION
A la fin des années 70, la France
du Général de Gaulle, tente de montrer au monde entier ses capacités
à innover et à briller. En témoigne la future commercialisation
du Concorde, qui sera le premier avion supersonique de grande ligne
à être commercialisé, ou plutôt mis en service, et le paquebot France.
Et dans l'Automobile ? C'est Citroën qui participera activement
dans ce domaine avec un nouveau modèle qui est censé redorer l'industrie
automobile Française. Cela sera la SM…
Texte:
Nicolas LISZEWSKI - Photos: D.R.
MERCI ALFIERI !
Si Citroën possède déjà un vaisseau amiral
dans sa gamme avec la DS à la fin des années 60, il
manque toujours un petit quelque chose qui suffirait enfin à
anoblir la marque au chevrons vis-à-vis de la clientèle
huppée. En réalité, la technologie avant-gardiste
de la DS cache une mécanique qui sera toujours laissée
pour compte et en deçà des motorisations plus prestigieuses
de la concurrence. Il faudra attendre la DS 23 injection, pour avoir
un moteur un peu plus noble mais auquel il manque toujours 2 cylindres.
En fait, la mauvaise santé financière de Maserati
va largement aider Citroën dans sa quête du prestige.
La firme au chevron rachète en effet la marque au trident
à la fin des années 60. Aussitôt, ordre est
donné à M. Alfieri, l'ingénieur en chef de
Maserati d'étudier et de développer un V6 qui semble
le plus approprié à la future Citroën de prestige.
Ce même V6 ira également trouver refuge sous le capot
arrière de la Maserati Merak. Dès l'année 1967
est monté le premier prototype de la future SM. Le V6 de
2,7 litres à 4 arbres à cames en tête développe
une puissance suffisante de 192 ch à 6 000 tr/mn. Il sera
monté sur un châssis de DS raccourci qui s'est transformée
pour l'occasion en DS coupé ! Déjà avec ce
premier prototype, une vitesse de pointe de l'ordre de 220 km/h
était atteinte. Puis s'en suivront d'autres prototypes et
ce dès l'année 68. A titre anecdotique, l'ingénieur
de Citroën M. Né n'avait pu résister à
l'envie de monter ledit V6 dans une caisse surbaissée et
renforcée de Panhard 24 alors propriété de
Citroën. Il est à noter que les essais avec les derniers
prototypes qui seront quasi identiques à la série
seront essayés à vive allure afin de tester les qualités
dynamiques de l'auto. Il s'est même trouvé une séance
d'essai ou les plus grands "cerveaux" de Citroën
étaient dans un prototype lancé à plus de 200
pour mieux en apprécier les résultats. On imagine
le résultat pour Citroën de cette inconscience si un
malheur était survenu
SOUS LES FEUX DE LA RAMPE
C'est au salon de Genève en mars 1970 qu'est présentée
officiellement la Citroën SM. Tout dans la SM représente
la particularité de Citroën. Sa ligne tout d'abord,
est la première singularité visible. Avec des voies
arrières moins larges que l'avant, cela nous donne une ligne
qui se rétrécie vers l'arrière. Pour autant,
la partie arrière n'est pas un modèle de finesse puisque
de nombreux chromes alourdissent cette poupe. Robert Opron, alors
responsable du style chez Citroën, précisera plus tard,
que la direction de Citroën avait imposé ces chromes
pour accentuer l'aspect luxueux de la GT "made in Citron".
La partie avant de la voiture déroute par ses phares abrités
derrière une paroi en Plexiglas qui court sur toute la largeur
et supprime ainsi toute calandre. Même la plaque minéralogique
sera sous plexi. L'intérieur n'est pas en reste d'originalité
ou rien n'a pu être rond comme en témoigne les compteurs
ou le volant qui sont de forme ovoïde. Avec 4 vraies places,
cette noble dame mérite amplement son appellation de GT d'autant
plus qu'avec une vitesse de pointe de 220 km/h, le ruban bleu n'a
qu'à bien se tenir. Le moteur V6 Maserati double arbres à
cames en tête conserve sa cylindrée de 2,6 litres des
prototypes mais voit sa puissance ramenée à 170 ch
et est alimenté via trois carbus Weber double corps. L'équipement
de série est plutôt généreux comme son
prix qui était à l'époque plus de 8 fois supérieur
à celui d'une Fiat 500 ! Le dessin des sièges en forme
de cartouchière sera unanimement apprécié tant
par son look que par son confort sublimé par la suspension
hydropneumatique chère à Citroën et sa DS. Petite
mesquinerie du quai de Javel, les premiers millésimes seront
équipés d'enjoliveurs de roues chromés et non
de jantes alu. Tous les ingrédients du succès semblent
donc réunis pour enfin (!) mettre sur le marché une
GT française digne de ses aïeules prénommées
Facel, Delage, Delahaye et autres
Hélas nous verrons
que la mayonnaise du succès ne sera pas au rendez-vous.
TIMIDES EVOLUTIONS
Durant sa courte carrière la SM évoluera très
peu. En décembre 1971, Citroën propose en option les
jantes Michelin RR en résine renforcée ne pesant que
4,7 kg chacune. C'est également durant ce millésime
que Citroën commercialise sa version USA. Destinée au
marché américain, cette SM reçoit quelques
modifications spécifiques : suppression du plexi protégeant
les phares et suppression des phares carrés orientables par
des optiques rondes pas très intégrées à
la ligne de la SM, boîte automatique Borg Wagner type 35,
cylindrée portée à 3 litres et puissance passée
à 180 ch pour compenser la perte de performances due à
l'automatisme
Dès 1972, Citroën équipe
le V6 Maserati d'un système d'injection électronique
Bosch D-Jetronic qui permet de passer la puissance à 178
ch et la vitesse maxi à 230 grâce également
à un changement des dimensions des pneumatiques (205/70 au
lieu de 195/70). C'est en novembre de cette même année
que le magazine américain Motor Trend élit la Citroën
SM "Car of the year" ! Preuve, s'il en est, que la SM
est reconnue pour ses innombrables qualités même en
Amérique du Nord. A partir de juillet 1973 la version automatique
est enfin disponible en Europe. Elle reprend exactement les spécificités
de la versions US sauf pour l'éclairage qui reste heureusement
conforme à la version européenne. Puis sans changements
notables jusqu'en 1975, c'est à cette date que la SM se retirera
de la scène mondiale après avoir été
vendue à près de 13 000 exemplaires dans le monde
entier.
LES CAUSES D'UN ECHEC ANNONCE
On a souvent mis en avant les différentes crises pétrolières
pour expliquer l'échec commercial de la Citroën SM.
Si cet argument est cohérent, il n'explique cependant pas
tout et cache en réalité d'autres raisons bien plus
réelles. En effet, ces crises pétrolières ont
touché en même temps tous les constructeurs automobiles
et pas seulement Citroën. Ainsi, Porsche a sorti divers modèles
durant cette période et n'en a pas trop été
affecté et existe toujours de nos jours. Plus sérieusement
il faut y voir un réel manque de la culture de la GT de luxe
chez les constructeurs français depuis la fin de la guerre.
Les différents gouvernements ayant orienté dès
la fin des années 40 les constructeurs automobiles français
vers la production de masse et économique (Citroën 2
CV, Renault 4 CV
), ils ont fermé par-là l'opportunité
du marché US avide de gros moteurs. Lorsque Citroën
a donc voulu étudier et développer la SM, ils se sont
tourné vers Maserati et n'ont donc pas maîtrisé
tout le processus d'étude et de fiabilisation du V6 italien.
De même, une fiscalité dissuasive sur les gros moteurs
en France a également freiné la SM. Puis et surtout,
le principal argument de l'échec commercial de la SM est
dû à Citroën même. Un développement
du modèle pas mené à son terme sans intégrer
le marché américain dès le départ (évitant
par-là la face avant défigurée pour cause de
législation US), un moteur pas complètement mis au
point et fiabilisé, une image incohérente de la marque
avec dans une même gamme les 2 CV et Ami et des DS et SM,
et surtout un réseau très mal préparé
pour accueillir cette GT et ses clients. Déjà pour
la partie achat, le réseau n'était certainement pas
préparé à reprendre des Mercedes ou autres
modèles luxueux de l'époque pour vendre des SM. Puis
lors des premières révisions ou pannes, les mécaniciens
n'avaient pas reçu les formations adéquates. Enfin,
on ne reçoit pas un client de GT en après-vente comme
celui d'un type H ou d'une Ami 8. Bref, cet échec commercial,
Citroën le doit plus à elle-même qu'à la
conjoncture peu favorable aux grosses cylindrées de l'époque.
Et coup de grâce, cette GT conçue pour tailler la route
à plus de 200 à l'heure en toute quiétude est
frappée de plein fouet par les premières limitations
de vitesse !
DES SERIES SPECIALES !
De nombreuses séries spéciales ont vu le jour et qui
sont restées soit à l'état de prototypes de
salon, soit ont été commercialisées à
l'unité. On citera en premier le carrossier Chapron qui fera
date avec ses différentes réalisations dont une berline
baptisée Opéra ou des cabriolet sur base de SM. Une
des plus célèbre est sans nulle doute la SM berline
décapotable utilisée par les divers présidents
de la République Française et qui a notamment véhiculé
la Reine Elisabeth II d'Angleterre. Pour l'aspect purement technique,
cette voiture a fait l'objet d'études spéciales notamment
au niveau du refroidissement moteur afin de pouvoir rouler au ralenti
(pour les défilés) sans enregistrer la moindre surchauffe
mécanique. Heuliez a pour sa part présenté
une SM Espace avec toit rétractable avec des lamelles tandis
que Frua s'était risqué sur une interprétation
plus sportive de la SM. Côté exotique, il faut savoir
que la SM possède un vrai fan club d'irréductible
aux USA et que Jerry Hatthaway est non seulement "SMiste"
dans sa passion mais aussi dans son travail. Il s'est spécialisé
dans la réparation et l'entretien des SM US. Il possède
en outre une SM survitaminée qui a réussit à
franchir la barre des 200 mph/h (soit plus de 320 km/h) et également
une SM pick-up ! Enfin la SM sévit en compétition
avec un certain succès et des variantes baptisées
notamment camionnettes en raison de leur arrière tronqué.
ACHETER UNE CITROEN SM
Acheter une SM aujourd'hui ne peut être qu'un achat passionné. En
effet, cette noble GT est pétrie de qualités, surtout routières,
mais présente certaines faiblesses d'usage que l'on se doit de connaître
pour éviter toute mauvaise surprise. Premièrement cassons immédiatement
une idée reçue : la SM est une auto FIABLE ! Si, si, mais à condition
que votre budget d'entretien courant ait été à la hauteur du pedigree
de la bête et que la personne qui s'occupe de votre SM soit un réel
spécialiste du modèle compétent et qualifié pour maintenir en parfait
état de fonctionnement ce vaisseau roulant hautement technologique.
La réelle faiblesse de la SM concerne son cœur italien qui est d'une
fiabilité parfois douteuse et qui subit en réalité les très grandes
qualités dynamiques du châssis. Pour ce V6, nous recommandons activement
le passage dans les atelier de Georges Regembeau préparateur et
restaurateur reconnu des SM qui fiabilise les V6 Maserati pour le
plus grand bonheur de nos amis collectionneurs. Avec un moteur revu
par Regembeau, sans une utilisation au quotidien possible et ce
sans souci ! Clairement une belle SM injection ou carbu se négocie
aujourd'hui dans les 100 000 F. Ce prix s'entend pour un modèle
en état concours. On trouve bien des SM dans les 40 000 F mais attention
aux frais de remise en état qui sont très coûteux. Attention également
aux caisses qui peuvent avoir tendance à rouiller ou à l'hydraulique
qui peut devenir capricieuse si l'entretien n'a pas été à la hauteur.
:: CONCLUSION
Alors la SM, intéressante ? Plus que jamais d'autant que sa cote est
en perte de vitesse. Et si "SM" signifiait avant sa sortie projet
S à moteur Maserati, aujourd'hui ses amis l'appellent plutôt Sa Majesté…
CE QU'ILS EN ONT PENSE :
"C'est un nouvel art de conduire que propose cette voiture.
Au volant de la SM, on découvre une autre route et, surtout,
les joies du 200 km/h en toute décontraction. Pour déguster
et savourer cette proposition, il faut accepter d'oublier toutes
les réactions instinctives nées de la conduite des
voitures "conventionnelles"."
Jean-Paul Thévenet - L'Automobile Magazine 1971.
"Après avoir lancé
dès 1955 sa DS, qui garde sur le plan technique une position
encore très solide, le quai de Javel se devait de faire mieux
encore en concevant sa voiture de prestige. D'où la SM rapide,
bien suspendue, intelligente et sophistiquée. On sait en
particulier que son ingénieuse direction à assistance
variable représente un progrès très intéressant
et de toute façon inédit."
L'Auto-Journal 1972.
"La SM est formidable. Elle
est de ces voitures qui vous donne le sentiment de bien conduire,
cette sorte de jouissance intérieure, cette satisfaction
du geste bien accompli, cette aspiration à la perfection
qui sont, je crois, l'essence même du plaisir sportif."
Lary Griffin - Road & Track 1972.
PRODUCTION :
1970 : 868 ex.
1971 : 4 988 ex.
1972 : 4 036 ex.
1973 : 2 619 ex.
1974 : 294 ex.
1975 : 115 ex.
TOTAL : 12 290 ex.
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