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L'ESTHETE
BY LANCIA
Lancia, après une histoire
riche en rebondissement tant dans ses succès que dans ses échecs,
est repris par le groupe Fiat en 1969. Ce rachat ne changera rien
quant à la stratégie stylistique de Lancia : des berlines au style
insipide avec des dessous très évolués, et des dérivés (coupés,
cabriolets…) très élégants. La lignée Beta n'échappe pas à cette
règle…
Texte:
Nicolas LISZEWSKI - Photos: D.R.
Depuis 1969, Fiat est aux commandes
de Lancia. Après un passé tumultueux, la marque fondée
par Vincenzo Lancia au début du 20ème siècle
et qui signa quelques voitures remarquables sur le plan technique,
avait réussi à se forger une image de sérieux
et de raffinement sans oublier la touche de sportivité indispensable
dans le haut de gamme italien. La dernière vraie Lancia conçue
encore en dehors de la tutelle de Fiat était la Fluvia. Très
quelconque de style en berline, elle devenait élégante
et guillerette en coupé et remporta surtout de nombreux succès
en rallyes notamment dans sa définition "HF". On
se souviendra même de la superbe Fulvia signée Zagato
dont la ligne étonnante de modernité et d'équilibre
est restée dans tous les esprits. Mais Fiat est là,
et la rationalisation s'impose. En outre, la marque Lancia est au
plus mal et il faut faire vite
UN MOTEUR FIAT !!
Première étape, présentée une nouvelle
berline. Cela sera fait en deux ans seulement. La Beta, qui reprend
la dénomination d'une de ses illustres devancières
de 1906, a été étudiée en 2 petites
années avant d'être présentée en novembre
1972 au salon de Turin. La ligne est des plus conventionnelle et
n'est pas sans évoquer la Citroën GS, et la marque reste
fidèle au principe de ma traction avant, révolution
opérée déjà depuis la Flavia en 1960.
Côté mécanique, les moteurs Lancia sont remisés
au placard et on fait appel à Aurelio Lampredi pour étudier
et concevoir des moteurs pour cette nouvelle Lancia. Ces mécaniques
sont en fait dérivées de celles équipant les
Fiat 124 Sport. Les puristes de la marque crient évidemment
au scandale, mais force est de reconnaître que ces moteurs
double arbre seront les points forts de toute la gamme. Et peut-on
réellement se plaindre d'un motoriste qui a signé
quelques années plus tôt certains des plus beaux V12
de Maranello ?
Si l'on prend notamment le 1,6 litres double
arbre, il développait tout de même 100 ch et un rendement
au litre de 62,5 ch/litre ce qui en 1972 n'était pas très
courant. Et en jouant sur l'alésage ou la course, Aurelio
Lampredi équipera les Beta de différentes cylindrées.
DES DERIVES SYMPATIQUES
Fidèle à la tradition Lancia, la gamme Beta s'enrichit
dès le salon de Francfort 1973 d'un coupé dont la
ligne est entièrement inédite (et surtout nettement
plus fashion que la berline) et l'empattement a été
ramené à 2,35 mètres contre 2,54 mètres
pour la berline. Doté des mêmes moteurs, cet élégant
coupé encore trop discret aux yeux de certains Lancistes
nostalgiques est dû au crayon de Pietro Castagnero, designer
de la marque, qui fut également l'auteur inspiré du
coupé Fulvia. Dès 1974 sort un spider, qui reprend
trait pour trait la ligne du coupé, à la seule différence
de la poupe. Si le nom de spider est évocateur, ne nous trompons
pas, il s'agit en réalité plus d'une variante targa,
puisque seul le toit s'enlève. En mars 1975, au salon de
Genève, à la demande de Fiat, Pinifarina présente
le coupé Beta Monte Carlo, qui reprend la motorisation 2
litres des Beta, mais dont la ligne et l'implantation est entièrement
originale. Le moteur est en position central arrière et ce
coupé s'avère être une stricte deux places alors
que le coupé est un 2+2. La Monte Carlo ne sera produite
qu'à 7 595 exemplaires et connaîtra une très
honorable carrière en championnat du Monde des rallyes.
UN NOUVEAU CONCEPT !
Toujours à ce salon de Genève 1975, Lancia dévoile
la dernière variante de sa gamme Beta désormais très
complète : la HPE (pour High Performance Estate). Cette nouvelle
voiture, désirée et voulue par Ugo Gobatto, alors
président de Lancia, se propose de répondre à
de nouveaux besoins de la clientèle. L'un des points forts
de l'auto est assurément sa ligne due à un Castagnero
particulièrement inspiré qui a réussi le pari
fou de mêler l'aspect pratique d'un break, l'élégance
d'une berline et l'aspect racé d'un coupé. Cette voiture
est un vrai hybride. Pourquoi ? L'empattement long est identique
à celui de la berline. En revanche, toute la partie avant
est identique aux Coupés et Spiders tant au niveau des dimensions
et du style. Le style intérieur reprend exactement celui
du coupé, à la seule différence que la banquette
arrière est différente et rabattable pour accroître
les volumes de chargement du coffre doté d'un hayon au dessin
particulièrement réussi. Cette auto sans réelle
concurrente reprend le principe du break de chasse que Volvo avait
déjà utilisé avec la 1800 ES et la Reliant
Scimitar anglaise et très artisanale. Mais jamais ce type
de carrosserie n'avait été envisagé à
échelle industrielle. L'auto est immédiatement équipée
du 1,6 litres de 100 ch et 1,8 litres de 110 ch équipant
déjà les coupés. En octobre et novembre de
cette même année, les versions à conduite à
droite destinées au marché anglais sont présentées
et commercialisées, et la Beta HPE peut recevoir en fin d'année
le 2 litres équipé d'un carburateur Solex ou Weber
inversé double corps développant 115 ch.
DESTINATION : L'EXPORT.
Dès l'année 1976, les Etats Unis reçoivent
les Lancia Beta HPE. Toutefois dans les premières années,
seules les motorisations 1,8 litres ont été modifiées
pour passer avec succès les normes anti-pollutions US alors
nettement plus sévères qu'en Europe. Dans la bataille,
le moteur ne développe plus que 86 ch (!) et pèse
115 kg de plus. Inutile de précise que les performances deviennent
lymphatiques. La ligne mais sans le muscle. En 1978, Lancia amène
quelques menues modifications au niveau de certains accessoires
et de la planche de bord et l'option boîte automatique devient
disponible. C'est aussi à partir de cette année que
Lancia va exporter en kits (CKD) des Beta HPE vers l'Espagne qui
seront ensuite assemblées par Seat et dotées d'un
2 litres de 115 ch. Commercialisées sur place, 1 350 Beta
HPE seront ainsi assemblées en Espagne. A noter que la même
chose s'est produite pour les coupés notamment en Afrique
du Sud.
AMELIORATION DE LA GAMME.
En 1979, la gamme Beta, hormis les HPE et les Spiders, profitent
d'un lifting notamment sur la face avant. La calandre est de type
Delta, le spoiler est différent, l'arrière hérite
d'un becquet et la planche de bord est entièrement nouvelle
avec une instrumentation particulièrement complète.
Le moteur 2 litres reçoit quant à lui une injection
électronique Bosch LE-Jetronic qui permet de faire passer
la puissance à 122 ch au lieu des 119 en version carburateur.
On peut donc compter sur un bon 185 km/h et 31 secondes au mille
pour cette version de pointe des Beta Coupés. Les HPE reçoivent
ces changements qu'en 1981 et s'appellent désormais HP Executive.
La Suisse profitera d'une série limitée à 250
exemplaires et commercialisée par son réseau d'une
série spéciale Rayton Fissore du nom du célèbre
carrossier.
LE CHANT DU CYGNE
En 1982, la Beta HPE se permet le luxe de remporter la victoire
au Rallye de Monte Carlo dans sa catégorie en groupe N, preuve
s'il en est de l'homogénéité de cette auto
et de l'efficacité de sa tenue de route. L'année suivante,
en 1983, Lancia se lance dans le compresseur Volumétrique
Volumex, et l'installe sur ses Trevi (qui ont remplacé les
berlines Beta en 1980) et Beta coupé et HPE. Le 2 litres
injection ainsi pourvu développe 135 ch et 21,7 mkg de couple.
Les performances sont alors nettement supérieures et on peut
tabler sur le 200 chrono et 30 secondes au km D.A. pour les Beta
Volumex. En outre ces HPE Volumex reçoivent en série
la direction assistée (comme sur les HPE 2000ie depuis 1981)
les vitres électriques et divers équipements. Seul
points noirs de l'auto, sa consommation importante et la relative
fragilité du compresseur. En 1984, toute la gamme Trevi et
Beta est arrêtées et Lancia écoule les dernières
en stock.
AUJOURD'HUI ?
Produite à près de 72 000 exemplaires, la Beta
HPE peut être considérée comme un succès
commercial en terme de ventes, preuve s'il en était de l'utilité
de ce concept. Comme souvent chez Lancia, les berlines sont insipides
esthétiquement au contraire des dérivés, ce
qui explique que presque 50% des Beta/Trevi se soient vendues en
coupé, spider, Monte Carlo ou HPE !! Il ne reste malheureusement
pas beaucoup aujourd'hui de ces 72 000 Beta HPE. Les affres du temps
et surtout de la rouille ont fait des ravages. Ces Beta font encore
partie des modèles italiens sensibles de la carrosserie.
De plus, la dégradation lente et inexorable de l'image Lancia
et de ses ventes, ont anéanti complètement l'image
des HPE en collection. Considérées à tort comme
des Fiat déguisées par les Lancistes intégristes,
elles restent méconnues oubliées du grand public.
Une aubaine pour l'amateur qui sans trop casser sa tirelire pourra
s'offrir un concept exclusif pour une bouchée de pain. Le
plus dur est d'en trouver une saine et exempte de rouille. A partir
de 1 500 ? pour un exemplaire sain mais dans son jus, vous pouvez
osez lâcher près de 4 000 ? pour une très belle
HPE 2000ie et/ou Volumex. Sur les points à contrôler
lors de l'achat outre la corrosion, il conviendra de s'assurer que
tous les instruments et divers équipements intérieurs
fonctionnent, car les désagréments électriques
sont hélas courants. L'entretien doit avoir été
fait régulièrement, ce qui est malheureusement rarement
le cas sur des voitures dont la valeur ne dépasse pas les
2 000 ?. Rien à craindre côté mécanique
tant les moteurs que les boîtes sont incassables, à
conditions de faire une vidange tous les 5 000 km avec de l'huile
de synthèse. On restera plus prudent sur les versions Volumex
dont les calculateurs électroniques sont notamment sensibles
à l'humidité. Leur fragilité est notoire. Point
très important, surtout dans le cadre d'une remise en état
et/ou une restauration, les éléments intérieurs,
surtout sur les premières séries sont introuvables
et personne ne les refait.
:: CONCLUSION
Cela dit, l'investissement est des plus raisonnables pour une
ligne élégante et raffinée avec du luxe à l'italienne sans oublier
l'aspect pratique du coffre version break. Et aujourd'hui seul BMW
avec sont Z3 Coupé propose un concept équivalent mais pour un prix
très déraisonnable et un coffre qui n'a de capacité que dans l'esprit…
Et si l'élégance italienne était pour vous ?
CHRONOLOGIE
1972 : Présentation et commercialisation de la berline Beta.
1975 : Présentation en mars au salon de Genève de la variante H.P.E.
(pour High Performance Estate). Cette nouvelle variante des Beta
bénéficie d'entrée du léger relifting des faces AV des Beta coupés
et spider. Elle est disponible en 1,6 litres 100 ch et en 1,8 litres
110 ch. En octobre les conduites à droite sont présentées et commercialisées
en novembre en Angleterre. En fin d'année, les HPE bénéficient de
la motorisation 2 litres 119 ch.
1976 : Commercialisation de la HPE version U.S. équipée du moteur
1,8 litres développant seulement 86 ch en raison des mesures antipollution.
La voiture est d'ailleurs plus lourde de 115 kg par rapport aux
versions européennes pour répondre aux standards américains.
1978 : Possibilité d'équiper les Beta de la boîte automatique. Certains
accessoires sont modifiés ainsi que la planche de bord. Exportation
de 1 350 kits vers l'Espagne de HPE en pièces détachées montées
localement par Seat. Ces variantes dotées d'un 2 litres de 115 ch
seront assemblées et commercialisées localement jusqu'en 1979.
1979 : Troisième série des Beta coupés avec une nouvelle calandre
type Delta, un nouveau spoiler AV, un becquet et surtout un tableau
de bord entièrement nouveau. Le moteur 2 litres hérite d'une injection
électronique et gagne 3 chevaux de plus. 1981 : Les modifications
enregistrées en 1979, sont enfin appliquées sur les HPE ainsi que
les Spider. Les initiales HPE signifient désormais "High Performances
Executive". Série limitée en Suisse à 250 exemplaires siglée Rayton
Fissore identique au coupé fut commercialisée.
1982 : Victoire d'une Beta HPE au Rallye de Monte-Carlo en groupe
N. 1983 : Le 2 litres est équipé du compresseur Volumex qui autorise
ainsi une puissance de 135 ch.
1984 : Fin de production des Beta et de ses dérivés.
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