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ANTICONFORMISTE !
Après avoir longtemps copié les constructeurs européens
dans de nombreux domaines, il semblerait que parfois, la passion
automobile prenne le dessus sur la raison industrielle du côté
du soleil levant. Ainsi, l'originale Mazda RX-7 avait longtemps
défendu le moteur rotatif Wankel qui fut mis en valeur aux
24 heures du Mans. Aujourd'hui, la Mazda RX-8 persiste et signe
dans ce choix et s'offre également l'originalité de
devenir le premier coupé à 4 portes du monde ! Ajoutez
à cela une sportivité bien trempée et vous
obtenez l'une des autos les plus anti-conformiste du moment...
Texte:
Gabriel LESSARD - Photos: D.R.
PRESENTATION
Présenté tout d'abord à Tokyo en 1999 sous
la forme du concept car RX-Evolv, le coupé sportif de Mazda
s'était fait remarquer par son originale carrosserie à
4 portes, en rupture avec la tradition des coupés sportifs
RX-7. La RX-8 aujourd'hui commercialisée reprend l'essentiel
de ce projet, à commencer par ses portes arrière de
petite taille s'ouvrant en sens inverse de celles avant pour libérer
un très large espace d'accès à bord. Cette
géométrie n'est pas nouvelle, elle fut utilisée
par Citroën sur la B14 de 1927 ou Renault avec sa Vivasix de
1929. Mais Mazda y ajoute une petite astuce qui permet un accès
facile et rapide aux deux places arrière par l'absence de
montant central. En effet, sur la Mazda RX-8, la porte arrière
accueille le fermoir de la porte avant et fait donc office de pillier
central une fois fermée. Même si l'allure générale
n'a pas la grâce d'un authentique coupé, avouons que
pour une berline (!?) la Mazda RX-8 est très élancée.
Ensuite, la Mazda RX-8 se pare de grandes roues en alliage léger
de 18" de diamètre. Les feux arrière sont typiquement
à la sauce japonaise et imitent le style "Cristal"
inauguré par Lexus sur l'IS 200. Le coffre s'ouvrant avec
deux vérins présente une taille assez intéressante
mais n'offre toutefois pas une accessibilité idéale.
Dessous, le bouclier englobe les deux sorties d'échappement
à chaque extrémité d'une grille d'extraction
d'air qui contient un feux de brouillard triangulaire en son centre
qui rappelle la forme en triangle du moteur Renesis. La partie avant
est plutôt sympa avec ses ailes rebondies et ses petits phares
en amande. Le capot long et plongeant vers une calandre bien ouverte
comporte dans sa partie haute un bossage triangulaire, également
en rappel à la forme du piston qui anime le petit moteur
rotatif installé dessous. Bon, ok, ce n'est pas aussi harmonieux
et séduisant que du Pininfarina de la grande époque
mais les productions japonaises nous ont souvent habitués
à moins de personnalité dans leur design, félicitons
nous donc de la fraîcheur stylistique de cette Mazda qui ne
se contente pas de "singer" des standards européens.
Admirer l'ensemble de l'habitacle traité très sportivement
et ses multiples détails de finition est un vrai délice.
Déjà, une fois entrouverte la porte avant, le rouge
flamboyant du cuir des baquets vous saute aux yeux. Ces baquets,
d'un design vraiment sublime, symbolisent eux encore le moteur Renesis
par les intérieurs triangulaires en aluminium vissé
des repose-tête, un régal. Petit pédalier ajouré
en alu, rappels de cuir sur les contre-portes et le volant et puis
il y a aussi ce long tunnel central avec ses rebords en aluminium
poli qui traverse l'habitacle, séparant la banquette arrière
en deux petits sièges profonds. Malheureusement, l'habitabilité
arrière est très exigüe et si l'accès
y est facile, y rester installé est déjà moins
agréable... Car c'est bien évidemment devant que l'on
est le mieux à bord de la RX-8 ! Devant les yeux du pilote,
trois compteurs ronds sous une petite casquette façon moto,
avec le compte-tours superposé au milieu des deux autres.
Le petit volant en cuir bi-ton regroupe plusieurs boutons de commandes,
ce qui nous rappelle à l'esprit l'équipement ultra
complet livré en série sur la RX-8 (Clim, changeur
CD, Hi-FI Bose, etc...). Dommage que celui-ci ne se règle
pas en profondeur et que l'assise du siège soit un peu haute.
Heureusement, la position de conduite est globalement très
agréable. Nous ne nous étalerons pas sur ce point
car ici, tout laisse à penser que l'on va causer sport !
Enième rappel de l'exclusivité mécanique de
la RX-8, le petit levier de la boîte à six rapport
siège au milieu du tunnel central de transmission, avec son
pommeau en alu de forme triangulaire au sommet d'une tige très
courte.
MOTEUR
L'originalité esthétique de la Mazda RX-8 ne serait
sans doute pas aussi fortement motivée par la mécanique
qui l'anime si cette dernière n'était pas un cas vraiment
à part dans la production automobile actuelle. En effet,
ce cher Félix Wankel n'aurait sans doute pas imaginé
en 1957 que son invention du moteur à piston rotatif propulserait
Mazda sur la plus haute marche du podium des 24 heures du Mans en
1991 ! Sans doute fier de ce succès et ayant développé
avec brio plusieurs générations de coupé sportifs,
Mazda perpétue ainsi depuis presque 40 ans une technologie
dont il est désormais le seul promoteur. Mais qu'est-ce que
le moteur Wankel nous direz-vous ? Pas de piston, pas de soupapes,
pas d'arbre à cames, le moteur à piston rotatif n'a
rien en commun avec le moteur multicylindres à quatre temps
tel que nous le connaissons en dehors du carburant qu'il utilise
! A la place des pistons, on trouve un rotor de forme triangulaire
à l'intérieur d'un cylindre nommé Stator. Il
forme alors 3 chambres de combustion de forme trochoïdales
dont le volume varie avec la rotation du rotor. Les flux d'admission
et d'échappement se font par 5 "lumières".
Les quatre temps de la combustion s'effectuent alors en un seul
tour de vilebrequin contre deux tours dans un moteur classique.
Il est donc d'usage de multiplier par deux la cylindrée du
moteur rotatif pour établir une équivalence de comparaison.
Cependant, le rotor entraîne par un pignon de surmultiplication
l'excentrique qui tourne alors trois fois plus vite. Du coup cela
se complique car au final, il y a donc une explosion tous les 3
tours ! Hum... vous l'aurez compris, la différence technique
est telle qu'elle ne permet pas de comparaison réellement
équitable. Sous le capot bombé de la Mazda RX-8, le
bi-rotor atmosphérique cube 2 x 654 cm3. Mais contrairement
à la RX-7, le moteur rotatif de la RX-8 n'a pas le renfort
de turbocompresseurs. Ce petit berlingot développe toutefois
la puissance assez respectable de 192 chevaux qu'il faut aller chercher
à 7000 tr/mn (!). Contrepartie de sa petite cylindrée,
il ne fournit qu'un maigre couple de 22,4 Mkg à 5500 tr/mn.
Avec de telles caractéristiques, inutile d'être devin
pour savoir qu'il va falloir jouer de la cravache pour faire avancer
la Mazda RX-8... Mais ce coeur mécanique placé en
position avant longitudinale est particulièrement peu encombrant
et très léger. C'est évidemment l'un de ses
principaux points forts. Ainsi malgré un équipement
pléthorique, la RX-8 ne pèse que 1350 Kg là
où ses rivales directes sont plus proches de la tonne et
demi. Du coup, le rapport poids/puissance s'établit à
6 Kg/ch tout rond. L'autre avantage de la petite cylindrée
est la spontanéité du moteur à la sollicitation
de la pédale d'accélérateur. En effet, au moindre
coup de gaz, on sent instantanément l'envie de monter dans
les tours de ce petit rotatif. Et cela n'est pas pour nous déplaire,
surtout avec une zone rouge très haut perchée qui
déclenche une petite sonnerie d'alerte à 8000 rotations/mn
lorsque l'on tape le rupteur ! La sonorité du moteur est
également plutôt flatteuse pour les tympans, légère
et aérienne, elle ne ressemble à rien d'autre sur
cette terre. Dès lors, on se demande pourquoi Mazda a affublé
la RX-8 Performance d'une transmission manuelle à 6 rapports
dont l'étagement semble trop long compte tenu du peu de couple
disponible. Il est alors, comme prévu, indispensable de jouer
en permanence de la boîte pour relancer la Mazda RX-8, ce
qui ne fait qu'amplifier le bon appétit naturel du moteur
rotatif. En conduite sportive, les 61 litres du réservoir
se montrent rapidement trop justes.
CHASSIS
Pour appréhender le comportement routier de la Mazda RX-8
Performance il convient de jeter à nouveau un oeil à
sa fiche technique. Grâce à sa petite motorisation,
la RX-8 est relativement légère comme nous l'avons
vu précédemment. En plus de cela, elle bénéficie
d'une répartition des masses quasi idéale, soit 52%
du poids sur l'avant et 48% sur l'arrière. Les liaisons au
sol sont assurées par des doubles triangulations à
l'avant et un essieu multibras derrière. De surcroît,
la Mazda RX-8 est aussi une propulsion équipée d'un
autobloquant Torsen avec différentiel à glissement
limité sur l'arrière. Enfin, les grandes roues en
alliage léger de 18" sont généreusement
chaussées en gommards 225/45 fournis de série par
Bridgestone (des Potenza RE 040). Le tout est secondé par
une bride électronique TCS comprenant l'ABS, le répartiteur
électronique de freinage et un correcteur de trajectoire.
Le freinage à quatre disques ventilés se montre également
assez mordant et efficace. Second blâme pour la direction
électrique, laquelle gâche un peu notre plaisir par
son relatif manque de feeling, malheureusement toujours inhérent
à cette technologie. Heureusement, le train avant est vif
et précis, il permet de bien placer l'auto très peu
sujette au sous-virage. L'arrière suit sans broncher, avec
une légère dérive, toujours contrôlable,
quand on le brusque un peu. La RX-8 survire alors gentiment à
plat, le Torsen démontrant sa suprématie sur les autres
systèmes. En on vient alors à se demander si les aides
électroniques embarquées présentent un réel
intérêt, tant l'équilibre du châssis est
extraordinaire. Cela bride un peu le plaisir, mais bon, c'est dans
l'air du temps... La suspension assez ferme maîtrise très
bien le roulis et les mouvements de caisse, bien aidée par
les pneus à flanc bas. En contrepartie, elle n'est pas non
plus trop méchante avec le dos et on apprécie d'autant
plus cet excellent compromis qu'il est assez rare dans la catégorie
des coupés sportifs. Volontaire, performante, équilibrée,
efficace et réellement grisante, la Mazda RX-8 dans sa version
"Performance" affirme donc bien son tempérament
sportif quand on lui rentre dedans. Les chronos sont d'ailleurs
là pour le prouver : 0 à 100 Km/h en 7"4, 1000m
DA en 26"9 et une vitesse maxi de 235 Km/H. En revanche, le
manque de couple du moteur pénalise les reprises qui sont
assez moyennes. Sur parcours sinueux, les relances après
chaque virage manquent parfois de nerfs si l'on se montre fainéant
de la main droite... Pour s'en sortir, il faut systématiquement
tomber un voire deux rapports pour dépasser en sécurité.
Evidemment, c'est assez vite fatiguant, mais c'est tellement bon
! De plus, ce moteur atmosphérique très progressif
et linéaire permet de ne jamais être surpris par des
réactions brutales, ici l'homogénéité,
l'efficacité et le plaisir sont les maîtres mots.
::
CONCLUSION
Véritable anticonformiste dans la production
automobile actuelle, la Mazda RX-8 joue la carte de la différence
doublée de celle de la sportivité. Vendue à
un prix compétitif, elle apporte une dose de bonne humeur
bienvenue en ces temps moroses où l'on vourait nous faire
croire que le plaisir automobile est un crime. La Mazda RX-8 semble
pouvoir séduire tous ceux qui refusent comme nous de devoir
se "déplacer" en monospace Diesel...
CE QU'ILS EN ONT PENSE :
"Comme elle jouit
en outre de la sportivité de la GTV doublée de l'éclectisme
d'une propulsion douée d'un différentiel à
glissement limité ultra-performant, la RX-8 est ici inexpugnable."
ECHAPPEMENT - 01/2004 - MATCH MAZDA RX-8/ALFA GTV 3.2/BMW 330
Ci.
"Certes, la RX-8 est gloutonne
et le plaisir de faire hurler sa mécanique atypique à
près de 9500 tr/mn s'émousse rapidement. Mais force
est de constater ses nombreux atouts, dont le premier est de distiller
un plaisir rare au volant. Pour ces raisons, elle remporte le match."
SPORT AUTO - 12/2003 - MATCH MAZDA RX-8/AUDI TT V6 3.2
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