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DU CUR AVANT TOUT
Chez
Ford, la lignée des sportives compactes est réelle. Mais a chaque
génération ou presque, le constructeur à l'ovale semble s'obstiner
à privilégier la cosmétique et le commerce à l'efficacité.
Un choix d'autant plus curieux et agaçant que parfois ce paradoxe masque
de réels raffinements techniques. En dévoilant au salon de Paris
en 1984 la version RS Turbo, Ford pensait bien avoir mis le " paquet ".
Mais las, les dessous frivoles de cette GTI pourtant très véloce,
lui seront fatals... Texte: Nicolas LISZEWSKI
- Photos: D.R. Avec son Escort présentée
en 1980, la modernité était de mise. Joliment dessinée et
bien finie, elle était la voiture " mondiale " par excellence
dans la catégorie des compactes (même si les variantes US étaient
totalement différentes). Côté amateurs de sensations, Ford
n'a pas ménagé les modèles malgré des performances
souvent timorées : XR3, XR3i et RS 1600i. Mais
pas de doute chez le constructeur américain, ses Escort européennes
doivent se muscler car parmi les GTI la tempête fait rage et la course à
l'armement est la règle. Pour aller cherche un regain de forme dans les
années 80, le recours au turbocompresseur semble inévitable, surtout
sans modification de cylindrée. Ainsi est née la "White Lightning"... DESIGN
Avec son Escort, Ford visait la voiture mondiale. Pari quasi réussi, même
si la version prévue sur le marché nord américain se distinguait
tout de même très nettement de sa sur européenne. Peu
importe, pour être " mondiale ", une auto se doit donc d'adopter
une carrosserie passe-partout. L'Escort est donc équilibrée offrant
un profil sans faute de goût et quelques détails spécifiques
comme les blocs optique arrière striés. Avec sa version RS
Turbo, oubliez le passe-partout et la discrétion. Même à
ses côtés, une XR3i est timide ! Avec son kit carrosserie et sa teinte
uniformément blanche, elle en jette ! Difficile de ne pas se faire remarquer.
Elle semble même singer la VW
Golf GTI 16S Oettinger. Bas de caisse, élargisseurs d'ailes, becquet
arrière proéminent, jantes alu de 15 pouces, feux longues-portées
additionnelles rapportés sur la calandre comme sur les voitures de rallyes,
la RS Turbo affiche très clairement la couleur. Avec elle il va y avoir
du sport
On notera les coques de rétroviseurs peintes en blanc couleur
caisse (un fait plutôt rare dans les années 80) et des strippings
" RS " et bandes bleues dégradées sur les flancs. Malgré
son caractère sportif, cette Escort conserve les aspects pratiques d'une
auto lambda de sa catégorie, avec un hayon dont le seuil de chargement
aurait pu être moins haut. L'habitacle se distingue toujours par de l'austérité
et du sérieux avec une bonne qualité de finition dont les concurrentes
françaises contemporaines auraient bien pu s'inspirer. L'attrait de la
RS est d'offrir de série de très bons sièges baquets Recaro
qui offre une position de conduite et un maintien efficace, même si du coup
le volant se retrouve plus haut que sur une XR3i. Le volant trois branche à
jante épaisse est gainé de... cuir (!), tandis que l'essentiel des
commandes sont regroupées sur les côtés du combiné
d'instruments. Dommage en revanche que l'instrumentation soit si pauvre avec juste
compte-tours, tachymètre, jauge à carburant et température
d'eau. Même pas de pression de suralimentation ! La grosse manette rouge-orangée
sous la colonne de direction laisserait à penser que cette dernière
est réglable. En fait il s'agit avant tout de l'ouverture du capot. Déjà
relativement chère pour l'époque (9 500 FF de plus qu'une Ritmo
Abarth, 3 300 FF de plus qu'une Delta HF Turbo ie ou encore 11 000 FF de plus
qu'une Kadett GSI), la RS Turbo demandait quelques options pour bénéficier
de l'équipement maximum. Il fallait donc débourser 5 100 FF de plus
pour profiter du pack Tourisme (toit ouvrant, vitres électriques, fermeture
centralisée).
   
   
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toutes les photos en format fond d'écran,
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MOTEUR Bien que Ford souhaite
mettre en avant un certain raffinement technique, c'est le bloc 1600 cm3 de la
XR3 et non celui de la très réussie RS 1600i qui sera repris comme
base de départ. Exit donc la culasse spécifique (conduits spécifiques
et poussoirs hydrauliques abandonnés) sur la RS Turbo Mk1. En échange,
un turbocompresseur Garret T3 avec échangeur air/air a été
adopté. Avec cet équipement, le rapport volumétrique est
passé de 9,5 à 8,3:1 grâce à l'emploi de nouveaux pistons
renforcés et redessinés. Tout l'équipement du bas moteur
a été revu et optimisé pour supporter les nouvelles contraintes.
Ainsi, les axes de pistons, les têtes de bielles et les soupapes d'échappement
(en Nimomic, un alliage spécial) ont été l'objet d'un soin
tout particulier. La pression du turbocompresseur oscille entre 0,20 et 0,50 bars
selon la température qui règne au sein du collecteur d'admission.
La gestion électronique intégrale particulièrement évoluée
à l'époque. Un microprocesseur gère alors le contrôle
électronique de l'avance à l'allumage. 256 points de calages sont
stockés dans ce micro processeur qui règle donc en permanence le
point d'allumage en fonction du régime, de la charge et de la pression
de suralimentation. Si la température mesurée dans le collecteur
d'admission dépasse les 65°C, un clapet fait abaisser la pression de
suralimentation à 0,25 bars. L'autre prouesse technique est d'avoir réussi
à offrir un turbocompresseur qui souffle dès 1 500 tr/mn et de manière
continue jusqu'à sa pleine charge à partir dee 3 000 tr/mn. L'Escort
RS Turbo Mk1 offre ainsi une onctuosité et souplesse de fonctionnement
dont peu de mécaniques turbocompressées pouvaient se prévaloir.
Développant 130 ch à 6 000 tr/mn et 18,4 mkg, l'Escort offre des
performances alors très convaincantes tant que le bitume est lisse. Son
souffle sans égal lui autorise même de dépasser les 200 km/h
en vitesse maxi, ce que ses rivales directes peinent à réaliser
ou même échouent tout simplement. Un critère aujourd'hui de
moindre importance en ces temps de répression routière et responsabilisation
de chacun au volant, mais qui, en pleines années 80 avait son importance
! Le 0 à 100 km/h était avalé en 8,9 secondes et le 1 000
m départ arrêté en moins de 30 secondes. Des performances
très bonnes, surtout que l'Escort était plus lourde que ses rivales.
Toujours dotée de 5 rapports mécaniques, la transmission se distinguait
par un différentiel à glissement limité logé dans
le carter d'origine. Il s'agit d'un système Fergusson à accouplement
visqueux qui assure un blocage progressif. Une technique déjà vue
en compétition chez Peugeot ainsi que sur la Fiesta 1600 Groupe 2 au rallye
de Monte Carlo 79.
CHASSIS
Une
" gueule " d'enfer, un habitacle réussi et une mécanique
louée par tous. L'Escort avait donc tout pour elle
sauf des dessous
à la hauteur pour lui laisser exprimer tout son brio mécanique.
En fait, l'Escort RS Turbo reprend les suspensions de l'Escort XR3i qui n'était
déjà pas la référence en ce domaine dans la catégorie.
Mais avec une mécanique au tonus plus avéré et évident,
les carences en sont d'autant plus criantes. Repartant sur le système MacPherson
à l'avant avec bras articulés, la RS Turbo adopte quelques spécificités.
Si les combinés ressorts/amortisseurs sont plus durs et la barre antiroulis
plus grosse, la barre avant ne participe plus au guidage du train. Ce sont désormais
les tirants inférieurs longitudinaux qui héritent de cette tâche.
Le train arrière reçoit une barre stabilisatrice (qui n'existe pas
sur la XR3i). Le freinage est intégralement repris de la XR3i (disques
ventilés avant et tambours arrière) seules les garnitures des plaquettes
étant annoncées comme plus efficaces. Le freinage est mieux ventilé
avec les conduits intégrés au spoiler. La direction est toujours
à crémaillère mais est plus directe avec 3,5 tours de volant.
Pour sa liaison physique avec le bitume les jantes alu de 15 pouces en 6x15 sont
chaussées de performants Michelin MXV (ou des Dunop D4) en 195/50 VR15.
Malgré toutes ces (légères !) améliorations l'Escort
RS Turbo déçoit. Malgré son différentiel à
glissement limité sur le train avant (une exception sur les tractions sportives
de l'époque), l'Escort trouve encore le moyen de faire cirer ses roues
avant, malgré un moteur très souple et progressif. La direction
n'offre pas un feeling exceptionnel, qui, conjuguée à des amortisseurs
très durs, ont vite fait de transformer une route bosselée en séance
de rodéo sauvage. Obtenir une trajectoire d'esthète semble réservé
à d'autres autos, tant les écarts sont fréquents lors des
phases d'attaque. Ajoutez à cela un freinage plutôt médiocre
et peu endurant et vous savez que l'Escort possède un gros cur mais
en demande également un à son conducteur
Avec un tel tableau,
la première réaction serait de lui tourner le dos, mais contrairement
aux apparences, l'Escort réussi tout de même à étonner,
en grande partie grâce à son brio mécanique. Jean-Pierre Malcher
dans Auto Hebdo qui chronométrait les autos sur le routier de Montlhéry
avait tout de même réalisé un 2"59'10 (130,6 km/h), que
seule la Supercinq GT Turbo avait devancé
avec un 2"59'00 (130,7 km/h). A titre de comparaison, une Mercedes
190 2.3-16s dans le même exercice et le même pilote avait réalisé
un 3"00'00. Comme quoi, l'impact d'un turbo et d'un poids réduit n'est
pas mince..
ACHETER UNE FORD ESCORT RS Turbo Mk1
Il faudra déjà en trouver une, car si aujourd'hui les amateurs
se souviennent certes des XR3/XR3i ou même des RS Turbo Mk2, les Mk1 blanches
semblent souvent tombées dans les affres de l'oubli. Comme toute voiture
rare et oubliée, trouver des exemplaires sains n'est pas chose facile.
Il faut souvent être patient, et surtout à l'affût des modèles
à vendre. Se renseigner auprès des clubs ou forums dédiés
aux Ford sportives n'est pas du luxe. Jugée fiable, l'Escort RS Turbo Mk1
souffre généralement plus d'une absence d'entretien que de réelles
faiblesses d'usage. Comme toute mécanique turbocompressée, l'usage
d'une huile de qualité avec un respect des temps de chauffe avant d'attaquer
est un minimum requis. La vidange des 4 litres d'huile doit être régulière,
d'autant plus que c'est la même huile pour la boîte et le moteur.
Dans les vrais faiblesses d'usage on notera une propension à rouiller de
manière pernicieuse dans certains recoins. Avec en prime son kit carrosserie
qui peut masquer quelques zones stratégiques, il sera indispensable d'être
très vigilant même dans les recoins. Autre faiblesse, des silent-blocs
de barres stabilisatrices qui souffrent beaucoup et ne sont pas des modèles
du genre d'origine. La tête d'allumage peut présenter quelques signes
de fatigue et plusieurs ont du être remplacées. Les prix pratiqués
peuvent donc énormément varier. Comptez environ 4 000 euros pour
une RS Turbo en bon état. Une auto incomplète ou à remettre
en route nécessitera un budget additionnel non négligeable pour
le prix des pièces car si tout est disponible grâce à nos
amis anglais, les prix en revanche ne sont pas donnés.
L'AVIS DU PROPRIETAIRE
Je cherchais une auto plus péchue pour circuiter étant arrivé
au maximum des capacités (modestes) de l'XR3. Après avoir longuement
regardé du coté des Fiesta Turbo, XR2i 16S ou Escort Turbo ph2,
je suis tombé sur cette annonce pour une Escort ph1 plutôt propre
et abordable. Connaissant la rareté de l'engin je me suis jeté dessus
: moins de 650ex vendus en France (chiffre des immatriculations de la préfecture)
contre un millier de 205 GTI griffe ou 2500 Clio Williams que beaucoup considèrent
pourtant comme extrêmement rares. Finalement je ne fais pas de circuit avec
cette voiture à cause du faible nombre d'exemplaires restants en état
de rouler et à cause de son état (peinture neuve). Je me contente
donc de la débâcher de temps en temps pour me faire plaisir et j'avoue
que c'est toujours un régal de prendre son volant. Je conduis pourtant
tous les jours une voiture beaucoup plus puissante mais les sensations sont décuplées
avec une ancienne.... et puis le fait de rouler décalé me plait,
j'aime les autos rares même si le revers de la médaille est qu'on
me demande régulièrement si j'ai fait du tuning sur cette voiture
!
::
CONCLUSION Alors que pour tout le monde une GTI des années est
une 205, une Golf ou une Supercinq, l'Escort RS Turbo n'est connue que des amateurs
éclairés sur les GTI et les Ford sportives. A ce titre, la RS Turbo
est une digne représentante de ce que Ford savait faire dans les années
80 : un bel emballage, une mécanique brillante mais un châssis pas
à la hauteur. Dommage car avec des dessous aussi évolués
que sa mécanique, l'Escort se serait certainement emparée de la
catégorie GTI... Remerciements : L'Automobile Sportive tient
à remercier Jean-Philippe et Stéphanie pour leur patience, leur
confiance et leur passion communicative. Un grand bravo à eux pour leur
démarche et l'état de leur Escort RS Turbo.
PRODUCTION
Ford
Escort RS Turbo Mk1 : 5 000 ex. dont 650 en France.
CHRONOLOGIE
1984 : Présentation au salon de Paris en septembre de la dernière
Ford Escort RS Turbo. 1985 : En mai, commercialisation de la Ford Escort
RS Turbo Mk1. 1986 : Toute la gamme Escort subit un facelift. Fin des
Escort RS Turbo Mk1. CE QU'ILS EN ONT PENSE
: "Du bon et du moins bon donc au moment des bilans. L'adaptation
turbo de ce moteur est une réussite. C'est une mécanique de caractère
performante mais aussi très civilisée. Dommage qu'en fait le châssis
de l'Escort ne soit pas du tout à la hauteur. Il est temps que les techniciens
de Ford se penchent sérieusement sur le châssis pour donner à
l'Escort un comportement à la hauteur des performances et surtout d'actualité.
Sur la prochaine Escort peut être ?" Echappement - avril 1985
- Ford Escort RS Turbo Mk1 - Alain Bernardet. "Avec
le comportement routier d'une 205 GTI, d'une Golf ou d'une Kadett, l'Escort Turbo
serait une voiture fabuleuse. Elle gagnerait 3 ou 4 secondes sur le circuit routier
de Montlhéry. Tout le monde s'en moque ? Sans doute, mais elle serait par
la même occasion beaucoup plus stable et agréable à conduire.
Il reste à espérer que la réaction de Ford sera positive
et que nous aurons l'occasion, d'ici quelques mois, de faire un galop d'essai
au volant d'une Escort Turbo revue et corrigée
Ce serait vraiment
dommage, pour employer un euphémisme, de la laisser vivre ainsi."
Auto Hebdo - avril 1985 - Ford Escort RS Turbo Mk1 - Jean-Pierre Malcher. |