|
PASSEPORT POUR LES ANNEES 80
Citroën reprend un programme sportif
en 1981 avec la présentation de la Visa Trophée, homologuée en Gr.
5. Dans la foulée, un modèle sportif produit en petite série limitée,
pour les jeunes talents du volant, trouve sa place dans la gamme
Visa, alors à son apogée commerciale en France et en Europe. La
Visa "Chrono", une machine à remonter le temps, un passeport pour les années 80...
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: D.R.
Pour fêter le premier anniversaire de la Visa II, Citroën décide de lancer une Visa à vocation sportive. Après le succès du trophée Visa pour la compétition avec Total en 1981, Citroën lance donc en 1982, le trophée Visa international en coopération avec Total et Michelin. Pour capitaliser sur cette image sportive, le 24 mars 1982 Citroën présente la série spéciale Visa II Chrono au Bourget. Dérivé de la Visa Super X et conçue par Heuliez, la Visa Chrono est une série limitée à 1000 exemplaires dans un premier temps.
DESIGN
Dérivée de
la Visa II Super X, la Chrono est une série limitée
inspirée de la Visa Trophée. Son caractère
sportif fortement marqué apportera d'ailleurs un sérieux
coup de jeune à une gamme très classique. Tout gamin
que j'étais, un oncle ayant craqué pour cette sportive
aux couleurs nationales avait réussi à me convaincre qu'il s'agissait
là d'une authentique voiture de course, rare, et donc exceptionnelle
! Effectivement, le fait est qu'il s'agit d'une "série spéciale limitée. En
regardant la Visa avec le recul de l'âge, je me demande bien quelle substance
illicite avaient ingurgité les designers pour "pondre"
une caisse pareille ! Diable, j'avais oublié à quel
point la Visa est une... Citroën. Pire, une Citroën des années
80 ! "Visa II Chrono 93ch, un monstre." Ce slogan publicitaire
d'époque (et quelle époque !) ne pensait peut-être pas si bien dire tant l'ensemble a des airs monstrueux... Faisons le tour du...
"monstre". Extérieurement, on a pas fait dans la
dentelle chez Citron ! Dans les teintes choisies tout d'abord, la
voiture surprend. Couleur unique pour la carrosserie: blanc.
Cela aurait suffit à une autre époque que le début
des années 80 ou le "m'as-tu vu" était maître
mot parmi les "chés-bran". Résultat, d'imposantes
bandes adhésives bleues et rouges sont venues égayer
l'ensemble façon "Starsky et Hutch à la française"
dans un style délicieusement kitsch mélant fièreté
patriotique et compétition bon marché. Pour parfaire
l'illusion, quelques idées de génie inaugurées
ici, feront date dans l'histoire du "tuning-fait-main-pour-pas-cher"
: les élargisseurs d'ailes avant et arrière directement
rivetés dans les ailes, le becquet arrière et l'entourage
de façade avant rouge vif, les jantes 13" AMIL en alliage blanches,
le spoiler avant avec ses projecteurs longue portée grossièrement
rajoutés, les lettrages énormes sur la malle... que
du bon goût n'est-ce pas ? L'ensemble fait penser à
un fragile bricolage de bidouilleur du dimanche mais cet artisanat
produit en série (limitée) se trouve pourtant authentifié
par un numéro unique inscrit en gros sur les portières
avant. Ami de la rareté bonjour, ami de la discrétion
bonsoir !
HABITACLE
A l'intérieur, quelques équipements spécifiques
indiquent que vous vous trouvez bien à la fois dans une Citroën
et dans une voiture de sport. Planche de bord en PVC bleu, commande
de clignotants et essuie-glaces bizarement traditionnelles (suppression
des originaux "satellites" maison), volant sport à
trois branches (heureusement plus de monobranche) et attention suprême,
des sièges baquets avec garnissage mixte jersey bleu uni/Tep
bleu. Aucune option n'était disponible pour cette série
limitée, d'où le nom "limitée" qui
avait sans doute une autre connotation dans l'esprit des responsables
commerciaux de l'époque. Bon, trèves de critiques
? Non, objectivement, c'est assez dur de critiquer une mamie de
20 ans à qui je dois le respect, mais la finition française
de l'époque, c'est quand même quelque chose !!! Commençons
par le tableau de bord, en reprenant les termes publicitaires de
la marque (Dans le catalogue, le constructeur s'adresse "au
jeune" en s'inspirant du Petit Prince de Saint-Exupéry...).
Je cite : "Dessine-moi un tableau ! D'abord, un volant sport
! Et puis plein de compteurs à cadrans circulaires : un tachymètre,
un compte-tours, des indicateurs de pression d'huile et de température
d'eau, une montre, une jauge à essence...". Pas con,
la jauge à essence, ça peut servir. Et puis visiblement,
les compteurs on ne savait pas trop où les mettre car l'ergonomie
de l'ensemble est assez "che-lou"... mais continuons :
"Et puis encore deux rétroviseurs extérieurs,
sans oublier le prééquipement radio." Ah non,
là, fallait-pas, c'est trop ! Vu le potin du moulin, la radio...
on y pense même pas ! "La Visa II Chrono: faite pour
ceux qui aiment les beaux tableaux !" Effectivement, avec des
arguments comme ceux-là, en tant que jeune, on ne pouvait qu'être
conquis à priori...
MOTEUR
Parlons du coeur du "monstre", maintes fois
éprouvé au sein du groupe PSA. Il s'agit du bloc moteur
XYR 1360 cm3 qui équipa la Peugeot 104 ZS 2. S'il vous prenait par
hasard l'idée de traverser la France d'une traite avec l'engin, nous vous conseillerions de faire un tour par la pharmacie
pour y acheter des boules Quiès. Gavé par deux carburateurs
Solex double corps et privé d'insonorisants, le 1360 cm3
est en effet très bruyant, mais pas spécialement mélodieux. Sans être
une pure mécanique de compétition, il offre pourtant 93 ch
à 5800 tr/min et 12,4 mkg à 4500 tr/min. Une puissance,
certes modeste, mais qu'il faut comparer au poids de la machine
: 850 kg en ordre de marche, de nos jours ça fait rêver
! Et puis heureusement, à part le réglage un peu délicat
des carbus, ce moteur est remarquablement fiable. La boîte
5 vitesses est un peu floue dans son guidage mais bien étagée. Son levier de commande choque l'oeil autant qu'il inquiète
l'esprit avant la prise en main. Bon, parlons "chronos"
(avec un "s" cette fois) domaine dans lequel justement,
la "Chrono" se fait moins remarquer, bien qu'à
l'époque elle fut l'une des meilleures de sa catégorie
: vitesse max. de 173 km/h, 0 à 100 km/h en 11s7 et 1000m
D.A. en 33s, à peine de quoi coller aux basques d'un vulgaire
TDI/HDI de base d'aujourd'hui. Bon, alors c'est quoi son truc à
cette caisse ?!
COMPORTEMENT
Son truc à la Visa Chrono, c'est de vous ramener dans
les années 80 ! Une vraie voiture à remonter le temps ! Flash back dans les années "GTI"
où le plaisir et les sensations étaient des valeurs
fortes de l'automobile (bah oui, ça parait bien lointain tout ça maintenant...). Sur la route, la Chrono est étonnamment
moderne et rassurante, légère et maniable. Que ceux
qui doutaient de sa crédibilité en s'arrêtant
à son physique se rassurent : la petiote tient le pavé
malgré ses petits pneus en 175/70 HR13 et prouve sa fibre
sportive quand on la malmène un peu, aussi clairement qu'elle
prouve sa fibre patriotique avec sa déco. La direction est
précise, on "sent" bien la route et on contrôle
sa trajectoire proprement. L'amortissement reste fidèle aux
valeurs Citroën, c'est à dire qu'il sait préserver
un certain confort de roulement et une bonne efficacité en
conduite musclée. Efficace, la "mémé"
a encore de beaux restes.
ACHETER UNE CITROEN VISA CHRONO
Les Visa Chrono sont désormais très recherchées...
par les citroënistes principalement. A cela plusieurs raisons:
tout d'abord, elle n'a été produite qu'à 1500
exemplaires en 1982 et 1000 autres en 1983. A partir d'avril 83, la Visa "Chrono" fut également commercialisée dans plusieurs pays européens: Allemagne, Autriche, Belgique, Italie, Pays Bas et Suisse. Elles diffèrent de la version française par le moteur et la décoration adaptée aux couleurs du drapeau national de chaque pays. Boudées sur le marché allemand, 330 exemplaires sur les 400 prévus furent transférés aux Pays-Bas sous la forme d'une série limitée appelée "GT 330 Spirit". Au final, il y a eu 2160 Visa Chrono pour le marché français et 1650 autres exemplaires destinés à l’exportation. Ce qui ne laisse pas
beaucoup de survivantes 20 ans après ! Entre la rouille et
les accidents, les rares modèles en bon état ne courent
plus les rues. Le "Visa chrono Club de France" situé
à Framier (70) pourra toutefois vous aider à l'entretenir
et/ou la remettre en condition. Le plus délicat étant de trouver un spécialiste des carburateurs double corps pas trop loin de chez vous. D'un point de vue spéculatif,
il faudra vous orienter vers d'autres voitures car la rareté
de la Visa Chrono ne lui permet pourtant pas d'atteindre des cours
de vente très élevé. Rare et méconnue,
elle intéresse peu d'amateurs. Comptez donc un budget de
3000 € maxi pour une voiture en état "concours".
Surprenant, mais appréciable si ce modèle vous intéresse.
| > EN MARGE DE LA SERIE |
LA VISA EN GROUPE B
Après un premier test concluant en 1980 dans le gr.5 avec quelques Visa Trophée, c’est en 1982, pour engager la Visa en groupe B, que Citroën lance une série limitée à 200 exemplaires (construits chez Heuliez), toujours avec le moteur 1219 cm3 de 100 ch (que l'on retrouvera plus tard dans la Talbot Samba Rallye). En mars 1983, 20 exemplaires spéciaux de Visa II Chrono sont préparés par Denis Mathiot et sont destinés exclusivement à la compétition en groupe B. Treize seront vendues au direction régionale Citroën et sept seront réservés au service compétition Citroën. Par rapport au modèle de série, les Chrono groupe B se distinguent par leur cylindrée portée à 1434 cm3 (course de 77 mm) et des carburateurs Weber de 45 mm pour une puissance de 143 ch à 7200 tr/mn et un couple de 15 mKg à 5500 tr/mn. On ajoute au moteur un radiateur d’huile tandis que le train avant reçoit un DGL à 20%. La caisse, allégée et renforcée avec des barres anti-rapprochement avant et arrière et un arceau ne pèse que 740 kg, permettant le 0 à 100 km/h en 7"8 et le 400 m D.A. en 15"6. La Visa Chrono groupe B sera le préalable à la version ultime de la Visa en compétition : la 1000 Pistes Evolution. Apparue en 1984, la Visa 1000 Pistes est une série limitée à 4 roues motrices, produites à 200 exemplaires afin de l’homologuer pour le groupe B. Elle doit son nom au rallye des Milles Pistes, où le 10 juillet 1983, un prototype Visa 4x4 remporta la catégorie expérimentale.
Issue d’un concours lancé par Guy Verrier, directeur de Citroën Compétitions, et remporté par les ateliers DMC (Denis Mathiot Competitions) elle sera produite à 200 exemplaires pour la série puis 20 autres pour la compétition. Homologués en groupe B le 1er avril 1984, elle restera la première 4 roues motrices française commercialisée pour la compétition. Le moteur 1434 cm3 retrouvera une place en course dans la Visa 1000 Pistes Evolution (145 ch). |
:: CONCLUSION
Au moment de faire le bilan, les impressions de départ s'estompent
un peu. C'est vrai qu'elle n'a pas vraiment un look très sexy la Visa
Chrono, mais quand même, son style si personnel a quelque chose d'attachant.
Son moteur n'est pas un foudre de guerre mais n'est pas non plus avare en sensations
de tous genres et profite du poids plume pour offrir des performances
sympathiques à cette petite Citroën. Bref, je crois que j'ai surtout
été conquis par sa rareté et la nostalgie qu'elle suscite. Donc si
vous aussi avez succombé au charme rétro de cette bombinette des 80's
et à ses prix très abordables, nous vous souhaitons bonne chance dans
votre quête des chevrons sauvages !
Liens conseillés sur la CITROEN VISA CHRONO : visachronoclubdefrance.com - visa1000pistes.free.fr |