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DE 6 A 8
Dans la seconde moitié des années 60, l'Aston Martin DB6 encore fortement liée à la DB4 de 1958, accuse le coup face au nouvelles créations des designer italiens, et notament des projets avangardistes signés Bertone. L'évolution des Aston Martin vers le luxe et le confort n'est plus contestée, mais face à la prise de poids, il temps également de gonfler les motorisations. Pour toutes ces raisons, l'Aston Martin DBS marque le début d'une nouvelle période à Newport Pagnell...
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: D.R.
David Brown confie au carrossier milanais Touring de concevoir la remplaçante des DB6 qui se fait très attendre tant ses ventes ont chuté. En 1966, Touring réalise donc deux prototype sur des châssis de DB6, avec pour contrainte de pouvoir recevoir en plus du bien connu 6 cylindres en ligne, un V8. Le lancement de la nouvelle voiture est alors prévu pour les salons de Paris et ondres 1966, soit un an plus tôt qu prévu initialement. Aston envisage mêm une production en quantité limitée, parallèlement à la DB6 qui resterait au catalogue. Touring se voit donc dans l'obligation de mettre les bouchées doubles pour tenir les délais ! Les protos sont baptisés DBS (et renommés plus tard DBS C pour éviter la confusion) mais ceux-ci ne reçoivent pas un accueil très favorable. La première contrainte est que la mécanique doit être déposée pour toute intervention sur la culasse, tellement le moteur a été reculé dans l'habitacle. Le prototype DBS C de Touring est donc abandonné et le carrossier est mis en faillite peu de temps après. C'est donc au dessinateur maison William Towens et au motoriste Tadek Marek, que revient la tâche de développer la remplaçante des DB6 en interne chez Aston Martin.
PRESENTATION
Dure tâche tant la voiture, et surtout la DB5 grâce à James Bond, a marqué son époque. David Brown souhaite toutefois une vraie rupture avec le passé, au niveau du style qu'il veut plus moderne et dynamique, autant qu'au niveau du moteur qu'il veut plus puissant. Pour le design, le principe du coupé 2/4 "seater" (4 places) est conservé, mais il sera plus grand et accueillant pour faire taire les critiques (justifiées) concernant le manque d'habitabilité arrière des précédentes DB. En revanche, Touring n'étant plus là pour réaliser la carrosserie en aluminium Superleggera, Aston est contraint de revenir à de l'acier ce qui s'accompage d'une forte prise de poids. Avec son arrière fuyant, la ligne de la nouvelle voiture apparaît bien dans son époque et la ressemblance avec la Ford Mustang fastback n'est pas qu'une vue de l'esprit puisque Brown entend bien se développer sur le marché le plus porteur pour les voitures de sport et de Grand Tourisme : les USA. Les lignes de l'Aston Martin DBS sont tendues et dynamiques, abandonnant tous les galbes généreux typiques des années 60, mais sans sombrer dans l'ultra-modernisme des coupé signés Gandini, comme l'Espada de Lamborghini qui sort l'année suivante. Toujours réticents au changement, les puristes la trouvent pourtant trop "latine" ! L'avant qui conserve la fameuse calandre Aston troque les phares simple optique carrénés pour une grille plus rectangulaire intégrant à ses extrémités quatres phares et les clignotants.
MOTEURS
Seulement voilà, si le style de la DBS a de quoi séduire le plus grand nombre, aux Etats-Unis le V8 est roi et le 6 cylindres en ligne maison, aussi fabuleux et mélodieux soit-il, manque de pistons et semble arrivé au bout de son développement de puissance. La conception d'un tout nouveau moteur, un V8, est donc lancée. Mais la mise au point du châssis dérivé de la DB6 et de la nouvelle carrosserie est bien plus rapide que le développement du moteur. Techniquement, le nouveau V8 est né de deux morceaux de 6 en ligne (des 4 cylindres par amputation) assemblés à 90°. La filiation directe est trahie par un dessin de culasses quasi identique. De cette manipulation génétique, Marek obtient un V8 4L8, malheureusement assez peu fiable. Alors, pour ne pas trop retarder le démarrage commercial de son nouveau modèle, Brown décide de remettre le 6 cylindres en ligne sous le capot, de façon "provisoire". Cette étape durera d'octobre 1967 jusqu'à l'arrêt du modèle en mai 1972 (et même juillet 1973 pour les DBS Vantage) alors que le V8 initialement prévu est finalement proposé en parallèle à compter de 1969. D'une cylindrée de 5.3 L il délivre 345 ch, ce qui est moins qu'attendu car encore très proche de la puissance du 6 cylindres Vantage (330 ch). Heureusement, l'Aston Martin DBS V8 peut compter sur son couple plus généreux pour séduire une clientèle à la recherche de souplesse de conduite, et sur un équipement luxueux avec la climatisation en série. L'assemblage, toujours à la main, assure la qualité de fabrication exceptionnelle de la marque, tant appréciée de ses riches clients. Les modèles V8 se distinguent par un logo sur les ailes et par des jantes en alliage léger et non plus les antiques roues à rayons. Une nouvelle fois, l'agent 007, alias George Lazenby, assure la promotion de la voiture sur grand écran dans "Au service secret de sa majesté". L'Aston DBS peut aussi compter sur la couverture télévisée de Roger Moore, qui n'est pas encore James Bond mais Lord Brett Sinclair dans la célèbre série "Amicalement vôtre". Une série qui, pour l'occasion, réunit symboliquement Aston Martin à son ennemi de toujours à travers la Ferrari Dino de Dany Wilde.
En 1972, alors que la DBS s'apprête à devenir Aston Martin V8, David Brown revend la société à de nouveaux investisseurs. L'Aston Martin DBS devient définitivement V8 en 1973 et le 6 cylindres en ligne disparaît à jamais avec la fin de la période David Brown. S'en suivra une longue série de difficultés financières pour Aston Martin Lagonda, à plusieurs reprises revendue et sauvée de la faillite, tandis que les modèles deviennent de plus en plus archaïques face à la concurrence, faute d'investissements suffisants.
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