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TREFLE PERSISTANT
Après l'engouement
rencontré dans les salons, Alfa Romeo a dit oui à la 8C Competizione
pour le plus grand bonheur des passionnés. Un design inspiré de
la 33 Stradale des années 60, un châssis amélioré de
Maserati et un cur de Ferrari, tel est le patchwork proposé par la
firme d'Arese. Avec ses 450 ch, et sa beauté du diable, la 8C Competizione
donne de la voix pour rappeler à tous qu'Alfa Romeo est toujours là
et sait concevoir des automobiles sportives de caractère, même si
dans le cas présent ce n'est que pour 500 heureux privilégiés...
Texte: Gabriel LESSARD - Photos: D.R.
Alfa Romeo reste une marque à part dans l'échiquier automobile mondial. Depuis
les années 70, ses dirigeants successifs semblent s'acharner à opérer
les mauvais choix. Même lorsque dans un sursaut d'orgueil le catalogue s'enrichit
de modèles enfin dignes de leur passé, des facelifts grossiers et
la disparition de mécaniques essence performantes viennent tout gâcher
(156-159, 147 !). Pourtant, les dirigeants italiens ont de la chance. En effet, la présentation
de la maquette de l'Alfa Romeo 8C en 2003 au
salon de Francfort confirme cette petite flamme qui sommeille toujours en chacun
de nous pour la marque Alfa Romeo, amateurs et passionnés de voitures de
sport. Son passé en compétition riche de succès depuis plus
de 70 ans, d'innombrables modèles à succès (Guilietta, Giulia Bertone, Alfetta
GT/GTV, spider
) ont marqué des générations
de fans. D'ailleurs, il n'est pas rare d'évoquer ce virus
Alfa et tout ceux ayant pu rouler dans les modèles frappés du Biscione ne cessent de vanter les mérites des mécaniques
Alfa qui offraient alors une âme sans pareille. Si lors des présentations
presses officielles Alfa Romeo fait la part belle aux citations du passé
en égrenant les modèles à succès pour assurer une
filiation logique à l'élaboration de la 8C Competizione, pour notre
part nous évoquerons tout simplement la passion automobile qui sert de
fil rouge pour la généalogie Alfa Romeo. La 8C n'est-elle pas la première Alfa Romeo propulsion (la première "
trahison " remonte à l'Alfasud dans les années 70) depuis les
très exclusives également Alfa Romeo SZ et RZ ?
DESIGN
La plastique superbe de la 8C n'est pas étrangère
à son pouvoir d'attraction. Certes, les proportions ont très légèrement
évolué par rapport à la maquette de 2003 (dessin uvre
de l'Allemand Wolfgang Egger parti chez Audi depuis),
mais l'ensemble reste homogène et surtout hautement désirable. Tout
en courbe et en volupté virile, la 8C s'inspire sans honte de la mythique Alfa 33 Stradale (1967, V8 de 230 ch et 18 exemplaires produits). Pourtant une
fois la 8C et la 33 Stradale mises côte à côte, la " vieille
" semble toute menue ! Toute la force de la 8C est d'imposer un style qui
sait rester efficace et n'use pas inutilement d'artifice de style. Un style qui
glisse dans l'air avec aisance puisque le Cx est de 0,36 tandis que le soubassement
composé d'un plancher plat et d'un extracteur arrière dispense la
belle italienne d'opter pour un aileron. Résultat, la déportance
obtenue autorise de frôlés les 300 km/h dans une efficacité
aérodynamique totale, signe que Dallara a effectué du bon boulot.
La proue affiche fièrement sa calandre typique Alfa et un emblème
hypertrophié. Derrière, peut être la partie la plus réussie
de l'auto sont mêlés rondeurs et aspect trapu, ramassé Deux
petits feux ronds évocateurs des sixties coiffés d'un becquet intégré.
Du grand art ! Les jantes de 20 pouces sont d'un dessin très fin et participent
à bien asseoir l'auto. Ainsi, elle semble trapue et ramassée telle
une boule de nerfs. Ce qu'elle est avec ses 4,38 mètres de long, soit plus
courte qu'une Ferrari F430 ou une Porsche
997. Disponible en 4 teintes de carrosserie (rouge Grenat, rouge Alfa, noir
et jaune), une option vernis " Micalisé " est disponible contre
3 500 euros, et une peinture personnalisée à 12 500 euros (gloups
!). Toujours au rang des options le trèfle sur fond blanc peut être
peint sur les flancs contre 935 euros supplémentaires (!). Des flancs particulièrement
travaillés et originaux qui complètent avec élégance
le dessin en goutte d'eau des vitres latérales ou encore de l'évacuation
grillagée intégrant le clignotant latéral. L'habitacle est
étonnant dans le bon sens du terme. Doté de matériaux nobles
mariant cuir, alu poli à la main et carbone, chaque détail et commandes
semblent avoir été l'objet de multiples attentions. Le plastique
semble banni ou presque tandis que si tout l'équipement moderne que l'on
est en droit d'attendre sur une GT de ce prix est là, c'est intégré
de manière très subtile. Bravo ! Dans les détails qui concourent
à la séduction, on notera la plaque numérotée aux
couleurs de l'Italie, le volant trois branches et le pédalier alu. Les
baquets, bien qu'offrant un très bon maintiens ne sont pas très
rembourrés et sont recouverts d'un cuir Poltrona Frau de toute beauté.
Pour les amateurs exigeants, une bagagerie sur mesure reprenant le même
cuir et trame que la sellerie est disponible en option à 3 576 euros.
MOTEUR
Le " cuore sportivo " a été de tout temps la marque de
fabrique des Alfa Romeo, leur empreinte sonore même ! Depuis, les alfistes
ont bien souffert avec l'abandon du V6 Alfa contre un d'origine Holden à
la noblesse pas encore éprouvée. Pour sa 8C, les motoristes d'Alfa
n'ont pas hésité bien longtemps. C'est chez Ferrari-Maserati qu'ils
ont trouvé leur bonheur avec le V8 4,7 litres. En partant du 4,2 litres
de la dernière Maserati GranTurismo,
la cylindrée a été augmentée. Très raffiné
techniquement et ne cédant pas aux sirènes de la suralimentation,
les motoristes italiens ont composé une partition sur mesure pour la 8C,
propre à lui donner un timbre " moteur " spécifique. Pour
cela, un travail a été réalisé sur un système
d'admission variable et des lignes d'échappements dotées de clapets
qui " envoient " en grand à mi-régime. Et à ce
moment précis c'est l'extase, un peu comme avec la F430, mais en plus rauque.
Le mode sport qui permet d'augmenter la réponse à la pédale
accentue encore le caractère de cette bouillante mécanique. Côté
chiffres, ce V8 n'est certes pas la référence de sa catégorie
en puissance au litre, mais ses 450 ch à 7 000 tr/mn et ses 480 Nm de couple
dès 4 750 tr/mn lui permettent d'effacer son poids coquet de 1,6 tonnes.
La vitesse maxi vient tutoyer les 300 km/h, tandis que le 0 à 100 km/h
est franchi en 4,2 secondes et le km DA en 22,5 secondes. Des performances ébouriffantes,
qui ne sont certes pas au niveau d'une Ferrari F430 ou Lamborghini
Gallardo. Peu importe la querelle des chiffres, cette Alfa possède
un cur d'exception qui anime cette superbe carrosserie avec élégance
et vigueur. En complément, accolée au pont arrière (donc
un système transaxle le moteur étant devant) on retrouve la boîte
Cambiocorsa de Maserati avec ses palettes
au volant et ses 6 rapports. Les vitesses de passage des rapports sont annoncées
comme très rapides avec 0,6 secondes en mode normal, 0,4 secondes en mode
sport et même 0,2 secondes lorsque l'on arrive au régime maxi. Cette
boîte robotisée fournie par Graziano est dotée d'un étagement
spécifique à la 8C et est robotisée par Magneti-Marelli.
D'une impulsion de doigt, le pilote peut ainsi goûter au déchaînement
des 32 soupapes et de la vigueur incomparable de ce V8 passé les 3 000
tr/mn.
CHASSIS
Puisque c'est chez Maserati qu'Alfa Romeo a fait
son marché pour la 8C, il en est de même pour le châssis. Après
avoir envisagé dans un premier temps une structure tubulaire comme au bon
vieux temps, c'est finalement la plateforme acier de la GranTurismo qui a été
retenue et " raccourcie". La carrosserie intégralement réalisée
en carbone par ATR (également fournisseur pour la Porsche
Carrera GT) est donc collée dessus. Les suspensions à amortisseurs
pilotés des Maserati sont délaissées au profit d'amortisseurs
Sachs passifs très réussis. Toujours dotée de triangles superposées,
la 8C Competizione garanti à son pilote une conduite sans éduclcorant.
Le freinage par exemple, confié aux bons soins de quatre disques ventilés
pincés par des étriers 6 et 4 pistons, dispose certes d'un ABS mais
n'est pas sur-assisté. C'est donc d'un orteil ferme et précis qu'il
faudra doser les ralentissements de la belle. Autre point fort de cette italienne,
son équilibre garanti par son architecture et emplacement de ses organes.
Le V8 est placé en position central avant, comme sur les Honda S2000, tandis
que la boîte placée à l'arrière permet donc aux techniciens
d'Arese de clamer une répartition de 49% sur l'avant et 51% sur l'arrière.
Avec ses roues arrière motrices, Alfa a retenu une solution plus sportive
et moins électronique avec un autobloquant ZF complété tout
de même d'un contrôle de stabilité VDC. C'est d'ailleurs ce
qui frappe le plus l'amateur de voitures de sport authentiques sur cette 8C, c'est
le choix délibéré de solutions " mécaniques "
éprouvées pour les trains roulants et le châssis sans avoir
recours à des aides électroniques, aussi bien calibrées soient-elles
comme sur la F430 Scuderia. Ses pneumatiques
Pirelli Pzero aux dimensions très généreuses AV 245/35 ZR
20 et AR 285/35 ZR 20 ne sont pas de trop pour apporter leur concours à
ce tableau qui semble sans faute. Seul bémol, malgré une structure
certes très rigide, mais faisant la part belle aux matériaux composites,
le poids de la 8C Competizione frise les 1,6 tonnes
Une 33 Stradale de 1967
en pesait 1000 kilos de moins !
:: CONCLUSION
Bon, soyons honnêtes,
cette Alfa Romeo n'est pas pour tout le monde. Sa production limitée à
500 exemplaires déjà vendue n'est pas réservée à
tout le monde. Mais au-delà de la simple séduction esthétique,
ou même du retour en grâce du constructeur italien, ce sont avant
tout les choix techniques et réglages retenus qui nous fascinent :! Exit
l'électronique castratrice ou qui est censée compenser nos carences
de pilotage. Après tout le plaisir de piloter de tels bolides n'est-il
pas de se sentir maître de ses trajectoires et non d'être guidé
par une puce ? Alfa Romeo avec sa 8C a choisi et nous rappelle ainsi qu'il sait
toujours concevoir de superbes " macchina ", même en piochant
dans la banque d'organe du voisin de Modène. Un futur collector à
n'en pas douter pour tout amateur (fortuné) avisé...
PRODUCTION
Total Alfa Romeo 8C Competizione : 500 exemplaires.
CHRONOLOGIE
2003 : En septembre au salon de Francfort, Alfa Romeo dévoile une
maquette non roulante préfigurant le futur style de la maison. L'engouement
est immédiat de la part du public.
Le projet 8C Competizione démarre.
2004 : Alfa Romeo présente un premier prototype au Mondial de Paris en septembre.
La finition est provisoire, mais la séduction déjà là.
2006 : Au Mondial de Paris en septembre, la 8C Competizione est officiellement présentée
dans une cage de verre et affichée à 150 000 euros HT. 1200 demandes
fermes de clients sont enregistrées alors que 500 exemplaires seulement
sont prévus.
2007 : Démarrage de la production et des
essais presse.
Les livraisons clients démarrent.
2008 : Arrêt
de la production programmée en fin d'année après les 500
exemplaires prévus.
CE QU'ILS EN ONT PENSE :
"Sur
la piste, la 8C s'est montrée très précise et encline à
changer d'appui avec une agilité déconcertante. La parfaite répartition
de sa masse (49% sur l'avant, 51% sur l'arrière) concourt à réduire
l'inertie polaire. Sa rigidité structurelle, ses réglages de suspension
et ses commandes la rendent particulièrement communicative à piloter.
Au point qu'elle nous semble encore saine et maîtrisable au bout d'un freinage
tardif. C'est la vraie sportive que Maserati n'a pas
Et que dire du moteur
V8 à la cylindrée inédite (4,7 litres contre 4,2 litres chez
Maserati) ? Blotti derrière le train avant, c'est du Ferrari tout craché
avec un accent plus rauque. Surtout si on se prend à la titiller en mode
sport, où il se lâche dans ses registres les plus fougueux, en mettant
ses 450 ch plus à fleur d'accélérateur, en tapant dans le
rupteur un peu au-delà de la zone rouge (7600 tr/mn), en réduisant
le temps de passage des vitesses à rien, en rendant le contrôle de
lacet (VDC) plus permissif et, bien sûr, en libérant ses 4 échappements
pour mieux donner de la voix."
Le Moniteur Automobile - novembre 2007
- Alfa Romeo 8C Competizione - Gaetan Philippe.
"Quelques
tours de circuit suffisent pour découvrir la joie des 450 ch de ce V8 de
s'envoler aux 7 500 tr/mn de la zone rouge. Oubliés les 1 585 kg annoncés
sur la bascule, la 8C engloutit l'asphalte avec l'aisance d'un sprinteur aux jeux
olympiques. Pour situer les débats, sachez qu'Alfa Romeo annonce seulement
4,2 secondes pour passer de 0 à 100 km/h. La boîte robotisée
-la seule disponible- est un peu lente en mode normal, mais en mode sport, elle
s'avère suffisamment rapide pour passer les vitesses d'une simple pichnette,
comme un pilote de formule un."
L'Automobile Magazine - HS spécial
sportives 2007/2008 - Alfa Romeo 8C Competizione - Gaël Brianceau.
"Le
responsable des essais, Domenico Martino, nous convie d'abord à effectuer
un tour à la place de droite. Les sièges sont magnifiques et bien
enveloppants, mais ils manquent sérieusement de rembourrage. A peine sur
la piste, le chauffeur nous explique la procédure de Launch Control pour
effectuer un départ arrêté canon, à la manière
d'une Formule 1. Mais plutôt que de partir en ligne droite, il trouve judicieux
de braquer la direction à fond pour nous gratifier d'un magnifique "
burn out ", avant d'enchaîner un tour de piste plein pot. La prise
de roulis, relativement marquée pour ce type d'auto, confirme les prétentions
routières de la voiture. Toutefois la présence d'un autobloquant,
pour optimiser la motricité et l'excellent équilibre des masses
(moteur à l'avant reculé vers l'habitacle et boîte à
l'arrière) permet à mon voisin d'attaquer sérieusement et
d'entretenir de beaux dérapages."
L'Auto-Journal - HS spécial
Haut de Gamme 2007 - Alfa Romeo 8C Competizione - M. Fontanier. |