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LE GENTIL
MONSTRE
Avec ses airs de Concept-car, l'Alfa Romeo SZ ne passe pas inaperçue
dans le paysage automobile. Et pourtant, ce que les néophytes
ne savent pas, c'est que cette bizarrerie roulante fut réellement
produite et commercialisée pour naviguer dans le flot de
la circulation, sous le regard ahuris des autres usagers. Chef d'oeuvre
de la Carrozzeria Zagato, le coupé SZ fut surnommé
amicalement, et à juste titre, "il Mostro" (Le
Monstre) par les admirateurs de la marque. Et effectivement, lorsqu'on
s'y intéresse de plus près, on finit par trouver un
certain charme à ce monstre...
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: D.R.
Les liens entre Alfa Romeo et la Carrozzeria Zagato ne datent pas
d'hier. Dès 1923, un accord fut signé entre le designer
Ugo Zagato et l'ingénieur vedette de firme d'Arese, Vittorio
Jano. En 1928, cette accord de partenariat donnera naissance à
l'Alfa 6C 1750, une superbe voiture de sport, puis par la suite
à diverses réalisations. Dans les années 70,
Alfa Roemeo traverse une crise déterminante pour son avenir.
Le trèfle à quattre feuilles est finalement racheté
par Fiat qui le sauve de la faillite et vend son âme au diable
pour de nombreux passionnés en abandonnant la propulsion
au profit de la traction avant. Il faudra alors attendre la fin
de la décennie 80 pour qu'à nouveau, un bruit court
selon lequel, Alfa Romeo pourrait renouer avec la propulsion par
le biais d'un coupé sportif d'exception. Le projet portant
le nom de code ES30 est mené avec Amato Zagato, fils de Ugo...
PRESENTATION
C'est au salon de Genève 1989 que le nouveau coupé
sportif Alfa Romeo va être dévoilé au public.
Le projet ES30 a laissé place à l'appellation SZ,
avec un "S" comme "Sport" et un "Z"
pour "Zagato" bien sûr. Conçue en interne
par Alfa Romeo, la SZ repose sur une plate-forme d'Alfa 75, sensiblement
modifiée. Le châssis et la mécanique étant
habillés d'une carrosserie totalement spécifique.
La production du châssis-coque est assurée dans les
ateliers de Zagato, à Milan, pour un total volontairement
limité à 1000 unités, toutes numérotées.
Malgré son aspect massif et sa calandre d'armoire normande,
la carroserie du SZ a été étudiée et
peaufinée en soufflerie, ce qui lui permet d'atteindre un
Cx surprenant de 0.30 avec une très faible déportance
générale. Tous les éléments de carrosserie
sont réalisé par moulage de matériaux composites
: une résine métacrylique thermodurcissable nommée
"Modar" et de la fibre de verre à l'exception du
toit qui est en aluminium et du spoiler en carbone. Aggressive,
déroutante, mal équilibrée dans ses formes,
l'Alfa Romeo SZ ne fait aucune concession aux modes ou aux critères
esthétiques standards. Le toit porte la signature typique
de Zagato avec sa grande surface vitrée et l'arrière
abrupt rappelle un peu la Giulia TZ, autre oeuvre du carrossier
dans les années 60, à l'exception du gros spoiler
en carbone qui surplombe le hayon. La face avant est plus harmonieuse
mais totu aussi originale, avec ses 6 petits phares carrés
et son long capot qui pointe vers une calandre verticale, presque
pleine et suggère en son centre le logo en pointe de la marque
alors que celui-ci figure sur le dessus du capot. La courbure très
technique du pare-brise au niveau du pavillon est pour le moins
originale et de toute beauté. Pour une supercar, l'Alfa SZ
propose un habitacle futuriste, assez dépouillé mais
dont la planche de bord est bardée d'une armada de manomètres.
Faisant fi du luxe ostentatoire de certaines pseudo-sportives, la
SZ se pare de superbes sièges baquets en cuir et d'un tableu
de bord recouvert de cuir rouge qui sont les seules concessions
à un semblant de luxe à bord. La SZ souhaite transmettre
l'idée du sport, de la performance et de la compétition
avant tout. Une fois le petit volant 3 branches en main, le dos
bien calé dans le baquet et les yeux posés sur la
multitude de cadrans orientés vers le pilote, on est immédiatement
séduit par cette ambiance sportive et chaleureuse, typiquement
italienne, un peu à la manière d'une Ferrari des mêmes
années. Au salon de Paris 1992, Zagato va présenter
une SZ convertie en cabriolet, la "RZ" ("R"
pour roadster), produite en série très limitée
à 241 exemplaires. Le surpoids dû aux renforts de structure
atteint 100 Kg mais la voiture ainsi découverte est un peu
plus séduisante... Derrière les sièges de cette
stricte 2 places, un capot avec 2 bossages au niveau des appuis
tête remplace le hayon.
MOTEUR
Apparu avant la sortie du nouveau V6 3.0 à 24 soupapes qui
fera les beaux jours de l'Alfa
Romeo 164 Q4, et faute de mieux, le coupé Zagato se trouve
condamné à utiliser le V6 en alliage d'aluminium de
l'Alfa 75 America. Voilà une décision bien étrange
de la part d'Alfa Romeo qui semble en contradiction avec la ligne
fulgurante de la SZ. En effet, malgré une petite cure de
puissance qui en fait l'un des meilleurs 6 cylindres en V de l'époque,
sinon le meilleur, ce V6 d'une cylindrée de 2959 cm3 ne délivre
pourtant "que" 210 ch à 6 200 tr/mn (au lieu de
190 dans la 75) et un couple de de 5 Mkg à 4 500 tr/mn, ce
qui n'a rien de "Monstrueux" compte-tenu des ambitions
de la SZ. Le moteur est implanté à l'avant en position
longitudinale et, au grand bonheur des puristes, il est accouplé
à l'ensemble de transmission comprenant la boîte manuelle
à 5 rapport qui transfère la puissance à l'essieu
arrière, doté d'un pont de Dion. L'arbre de transmission
reliant le moteur à cet ensemble est donc solidaire de la
mécanqiue et tourne toujours à la même vitesse
que celui-ci. Contrairement aux apparences, l'Alfa SZ n'est pas
non plus ultra légère : 1260 Kg à la pesée...
Ce qui signifie qu'avec sa puissance modeste et son poids "normal",
elle ne peut prétendre offrir un rapport poids/puissance
véritablement avantageux pour les performances. Dans les
faits, on lui attribue tout de même une vitesse maximale de
245 Km/h mais des accélérations un peu décevantes
pour une voiture qui possède une telle allure : le 0 à
100 Km/h est atteint en 7" et le kilomètre départ
arrêté en 27"4. Heureusement, le V6 italien possède
toujours une voix de Diva et ravit les tympans des conduteurs mélomanes,
rendant la présence de l'autoradio superflue...
SUR LA ROUTE...
Eprouvée sur les berlines 75 et avant elles sur l'Alfetta,
la transmission par ensemble boîte-pont (dit "de Dion")
fut inaugurée chez Alfa dès les années 30.
Cette disposition permet d'obtenir une répartition de poids
quasi-idéale, proche des 50/50 entre l'avant et l'arrière
(56% / 44% exactement). Le comportement routier s'en trouve d'autant
plus équilibré. Le caractère sportif du véhicule
se retrouve au niveau de certains choix : pas d'ABS, jugé
incompatible avec une conduite sportive, suspensions montées
sur rotules Uniball comme en compétition ou encore la recherche
d'un effet de sol grâce à un dispositif hydraulique
actif sur la suspension arrière permettant d'abaisser la
garde au sol de la voiture de 40 mm (soit à 6 cm du sol en
position basse) depuis l'habitacle. Avec de robustes triangles superposés,
des barres anti-roulis et des combinés ressorts + amortisseurs
à gaz, la suspension avant est d'une redoutable efficacité.
Les freins à disques auto-ventilés de 284 mm de diamètre,
issus de la 75 turbo Evoluzione, sont montés à l'avant
et à l'arrière où ils sont accolés à
la boîte-pont. Les jantes en alliage léger sont de
dimensions respectables 7Jx16 (chaussées de pneus 205/55
ZR16) et 8Jx16 à l'arrière (225/50 ZR16) ce qui contribue
évidemment à l'efficacité de la SZ. Malgré
tout, ce petit monstre pèse 1260 kg§. C'ets moins que
l'Alfa 75 V6, de surcroît moins puissante, mais asse peu pour
en faire un bolide d'exception. Dommage, si le ramage avait été
à la hauteur du plumage (avec un petit V8 par exemple...),
Alfa aurait pu faire des étincelles ! Mais quoi qu'il en
soit, la SZ et plus encore la RZ sont des voitures fabuleusement
excitante à conduire. Le V6 chante à merveille et
la tenue de route est largement au-dessus du potentiel mécanique.
Ce qui fait qu'on peut attaquer tout en gardant une impressionante
homogénéité et un grand équilibre. Pour
l'anecdote, la SZ peut tenir 1.3 G d'accélération
latérale.
ACHETER UNE ALFA ROMEO SZ/RZ
1035 exemplaires de SZ et 241 RZ furent construites par Alfa Romeo
et Zagato. Toutes deux étant limitées à de
petites séries elles sont aujourd'hui très recherchées
et sont devenues de véritables collectors pour tous les admirateurs
de la marque et de voitures de sport en général. Le
cours tournent autour de 30 000 euros pour une SZ en état
concours et un peu plus pour une RZ. Autrement, dit rien d'inaccessible,
al faute sans doute à son physique sans compromis et à
sa puissance modeste. Car au-delà de la rareté de
ces modèles et de leur ligne extravagante, le plaisir de
conduire cette voiture est bien réel et en fait l'une des
plus passionnantes et plaisantes Alfa Romeo de ces dernières
années. Dans l'éventualité d'un achat, vérifiez
minutieusement les numéros de châssis et de moteur.
Un collector se doit d'être le plus conforme à l'original
pour avoir une cote justifiée. Inspectez la carrosserie,
le moindre choc ou accroc peut engendrer des travaux très
vite coûteux ou indiquer une réparation mal faite.
Pour ne pas sacrifier la qualité de conduite, Alfa Romeo a utilisé
des rotules qui n'aiment pas autant les chocs que les joints classiques.
A vérifier si la voiture a tourné sur circuit. Pour
le reste suivez les conseils de base, comme indiqués dans
la rubrique technique.
:: CONCLUSION
Finalement, l'Histoire de l'Alfa Romeo SZ n'est pas très
éloignée de celle d'un certain... Quasimodo ! On a
beau la trouver affreusement laide au premier regard, on finit par
lui trouver du charme au fur et à mesure que l'on fait connaissance
avec "Le Monstre". L'Alfa SZ/RZ, c'est une voiture pas
comme les autres qui avait décidé de jouer les marginales,
et qui mérite, justement pour ça, qu'on se souvienne
d'elle très longtemps.
CE QU'ILS EN ONT PENSE :
"Le nouveau coupé affiche un tempérament
plus proche de celui de la 147 GTA. Rien à redire sur la
proue, dont la suspension à double triangulation, associée
à une direction très directe (1,7 tours de bitée
à butée), assure un feeling toujours très sportif.
En revanche, après s'être gentiment placé, le
postérieur rechigne, quant à lui, à vraiment
engager. Pour limiter le survirage (arrière qui se dérobe),
les ingénieurs ont notamment revu les courbes d'amortissement
et installé des silent-blocs plus souples pour les biellettes
transversales de l'essieu arrière, afin de créer davantage
de pincement sous effort latéral."
ECHAPPEMENT - janvier 2004.
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