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L'ABSOLUE MAITRISE
Cette année de 100ème anniversaire de la marque est l'occasion de revenir sur quelques modèles emblématiques, tels que le coupé Audi Quattro. Le championnat du monde des rallyes est une discipline très en vogue
à la fin des années 70, notamment dans les catégories Groupe 4 et Groupe 5, bientôt remplacées par le fameux Groupe
B dans lequel s'affronteront des monstres de puissance. C'est alors qu'Audi imagine une voiture de sport à quatre roues motrices, en totale rupture technologique avec les habitudes d'alors. Le temps donnera
raison à ce choix capable de s'imposer sur tous les terrains. La légendaire Audi "Quattro" était née...
Texte:
Sébastien DUPUIS - Photos: D.R.
Passée successivement sous le contrôle de DKW en 1928, de Daimler-Benz en 1958, puis de Volkswagen en 1964, la marque aux quatre anneaux s'est réellement développée sous la conduite de Ferdinand Piëch à partir des années 70. Cet ingénieur brillant, passionné de mécanique et petit-fils du non moins génial monsieur Porsche dont il porte le prénom, va alors donner une impulsion sans précédent à l'ex-Auto Union. Ancien responsable du programme Compétition chez Porsche, Piëch connait très bien l'influence du sports automobile sur l'image d'une marque. Au milieu des années 70, Audi est
une marque florissante qui propose des produits de qualité
mais souffrant d'un manque d'image important sur les marchés
internationaux. Petit poucet germanique face à BMW et Mercedes, traînant une image de voitures au design un brin ringard, pour homme sérieux mais pas très créatif, les Audi ne déclenchent pas la passion. Privé d'une évolution de carrière par la famille Porsche, Piëch va donc mettre toute son énergie et son invetivité au service de la filiale de Volkswagen pour en faire une marque haut de gamme tournée ver sl'innovation. Le choix d'utiliser la compétition comme
vecteur d'image étant fait, Audi se tourne vers le championnat
du monde des rallyes, discipline alors très médiatique
et populaire. Parallèlement, Jörg Bensinger, ingénieur
oeuvrant aux cotés de Piech, imagine l'utilisation
de la traction intégrale sur une voiture de compétition, ce qui pourrait présenter un avantage décisif.
L'idée du quattro va alors faire son chemin, contre nombre
de réticences. A force de persuasion, Bensinger parvient
à obtenir un accord pour développer le premier
prototype qui débutera ses tests en Mars 1977. L'Audi Quattro est née, ou presque...
PRESENTATION
Ferdinand Piëch est aussi connu pour être un maître du Meccano, capable d'imaginer toutes sortes de nouvelles choses en partant d'éléments déjà existants. C'est lui qui impose rapidement l'idée d'exploiter au maximum des pièces communes
entre les modèles. Ainsi, la quattro est en grande
partie un patchwork d'Audi... En effet, conjointement au développement
du projet quattro, le centre de style Audi venait d'achever le dessin
d'un nouveau coupé inspiré de l'Audi 80. Le châssis
de la quattro provient donc de la 80 et ses trains roulants de la
200. La carrosserie fut légèrement retouchée
au niveau des pare-chocs et des ailes pour recevoir des roues plus
larges. Les premières jantes montées sur l'Audi quattro
sont des Ronal chaussées de pneumatiques 205/60 HR 15 . Il
était aussi possible, en option, d'obtenir les jantes Fuchs
en 15" utilisées par Audi Sport en rallye. A l'arrière
les toutes premières quattro se reconnaissent aux optiques
et au bandeau standards du coupé. Le becquet et tout le hayon
sont en noir mat, les monogrammes Audi quattro sont en adhésif.
Enfin, un autocollant "quattro" est apposé sur
les vitres latérales arrière. C'est au salon de Genève
1980, que l'Audi quattro est présentée officiellement
au public dans sa forme définitive. Pour l'anecdote, on appelle
l'Audi quattro première du nom "ur-quattro", "ur"
signifiant "original" en allemand. Intérieurement, la quattro
va reprendre intégralement l'habitacle du coupé jusqu'au
millésime 84, à partir duquel les compteurs ont été
remplacés par un affichage digital, très en vogue
au milieu des années 80. La sellerie des premières
quattro, hors cuir, est d'ailleurs elle-aussi tout à fait
typique de cette période. Le coupé Audi quattro sera
champion du monde dès 1982 et les ventes du modèle
grand public vont décoller la même année. Lors
du premier restylage de l'été 1983, la face avant
adopte de nouveaux blocs optiques développés spécifiquement
par le fabriquant Cibié, très connu du monde des rallyes.
Ces blocs intègrent sous une même verrière codes
et phares. L'Audi quattro type WR va également connaître
un certain nombre de modifications au millésime 85. Esthétiquement,
elle reçoit la face avant du coupé GT, les optiques
arrières et le bandeau sont teintés en verre fumé,
le becquet et le hayon sont désormais peints dans la teinte
de la carrosserie et les stickers sont abandonnés au profit
de monogrammes en plastique. En revanche les quatre anneaux font
leur apparition au centre du coffre arrière. La monte pneumatique
change également et les pneumatiques passent en 215/50 VR
15. A partir de cette année, un ABS Bosch est installé
de série sur la quattro. Ce dernier se déconnecte
automatiquement lorsqu'un blocage de différentiel est enclenché.
Les troisième et quatrième rapports de boîte
sont corrigés pour un meilleur étagement. Toujours
en 1984, le tarage des combinés ressort/amortisseur sont
également revus et la garde au sol est abaissée de
2 centimètres. L'épure de suspension arrière
est revue pour une meilleure une stabilité. Le système
de blocage des différentiels évolue également.
La poignée située entre le siège conducteur
et la console centrale va laisser place à une tirette pneumatique
sur la console. L'année 1988
marque un nouveau changement fondamental dans l'évolution
de la quattro. Outre le nouveau moteur type MB (voir plus loin),
la nouveauté est l'adoption d'un différentiel Torsen
moins encombrant qu'un différentiel classique et plus adaptable.
Alors qu'elle était précédemment fixée
à 50/50, la répartition de la motricité peut
désormais passer de 75/25 à 25/75 entre les deux trains.
La sécurité et la motricité de l'Audi quattro
repoussent encore plus loin les limites d'adhérence. En 1990,
le coupé Audi quattro va connaitre son ultime évolution
avec l'adoption du moteur 20 soupapes. Esthétiquement, pas
de révolution, seul l'habitacle de ce modèle est revu
et intègre les superbes baquets Recaro mi-cuir/mi-tissu de
la série limitée "Sport Quattro" et un petit
volant Nardi à trois branches en cuir doté d'un logo
"Audi Sport" en son centre.
MOTEUR
Au lancement, Audi a placé sous
le capot de son coupé sportif, le récent 5 cylindres
en ligne de 2144 cm3 inauguré
sur la 200. Muni d'un turbocompresseur et d'un échangeur
la puissance du moteur type WR atteint à 200 chevaux à
5500 tr/mn et son couple maxi 29,1 Mkg en fait l'un des moteurs
les plus efficaces du moment. La transmission intégrale n'est
pas réellement nouvelle. En fait Audi a réutilisé
celle de l'Iltis, un 4x4 Volkswagen inspirateur du projet quattro
et ayant participé avec succès au Paris Dakar. A cette
transmission intégrale permanente, Audi a ajouté un
différentiel central. Ce n'est qu'en 1988 que le moteur WR
est modifié, remplacé par le type MB, dont la cylindrée
est portée à 2226 cm3 par augmentation de l'alésage,
de 79,5 à 81 mm. La puissance reste malheureusement inchangée,
mais l'agrément d'utilisation et surtout la fiabilité
beaucoup critiquée en Rallye, sont largement accrus par l'utilisation
d'un nouveau turbocompresseur, plus petit et muni d'un circuit de
refroidissement. Les soupapes reçoivent pour l'occasion des
poussoirs hydrauliques. Ce moteur, plus coupleux et souple à
l'usage, est aussi un peu meilleur en accélérations
(0 à 100 km/h en 6,7 s contre 7,1 s). L'ultime évolution
du coupé quattro turbo entre en scène en 1990. La
fameuse culasse à 20 soupapes expérimentée
sur la sport quattro est greffée sur le 5 cylindres (type
RR). La puissance réelle atteint désormais 220 chevaux,
le couple devient camionesque, et les performances font un bond
spectaculaire avec un 0 à 100 en 5,9 secondes seulement !
Ce moteur reçoit aussi pour l'occasion une injection électronique
Bosch Motronic, des soupapes refroidies au sodium et un catalyseur
à trois voies imposé par les nouvelles normes anti-pollution.
SPORT QUATTRO !
Le quattro a dominé le championnat du monde 82, mais elle
avait quelques problèmes. Les pilotes n'amaient pas son maniement,
et la fiabilité mécanique était un problème.
Quand Lancia remporte le championnat des constructeurs de 1983,
Audi se trouve blessé dans son orgueil : la transmission
intégrale seule, n'est pas la plus performante. Soucieux
de persévérer avec succès dans une discipline
qui lui apporte les retombées médiatiques et commerciales
souhaitées, Audi construit donc une nouvelle auto : le Sport
quattro. Après concertation avec les pilotes, le cahier des
charges est défini par la direction Audi. Mais en dépit
des critiques de certains pilotes qui reprochent à l'auto
son caractère trop sous-vireur, à Ingolstadt on s'attache
à conserver pour les voitures de compétition, une
architecture proche de celle des modèles de série,
cela afin que les clients assimilent au maximum la voiture de série
à la voiture de rallye. Donc, tandis que les autres constructeurs
(Peugeot et Lancia en tête) adoptent en masse et avec succès
le moteur central arrière, Audi persiste avec son coupé
à moteur en porte-à-faux avant mais entend bien s'adapter
au mieux au règlement du Groupe B. Parmi ses contraintes,
le coefficient "turbo" fixé à 1,4 conduit Audi à ramener
la cylindrée du moteur à 2133 cm3 pour rester dans la catégorie
des 3 litres et bénéficier d'un poids minimum de 960 kg, comme la
205, contre 1100 kg précédemment. Doté d'un nouveau bloc en alliage
d'aluminium, le 5 cylindres Audi se coiffe de plus d'une inédite
culasse "crossflow" à 2 arbres à cames et 4 soupapes par cylindre.
Avec son gros turbo KKK soufflant à 1,05 Bar, le coupé
Audi Sport quattro délivre une puissance de 306 chevaux et
un couple de plus de 35 mkg dans sa version route ! Parallèlement,
le Sport quattro adopte une boîte de vitesses à six
rapports. Afin d'augmenter l'agilité de la voiture et de
réduire son poids, la carrosserie, en grande partie réalisée
en kevlar, repose sur un châssis dont l'empattement a été
réduit de 32 cm.
Le Sport quattro de série est évidemment loin du poids
règlementaire avec ses 1300 kg, mais les performances de
cette véritable voiture de compétition restent admirables
grâce à un rapport poids/puissance avantageux de 4,4
Kg/ch. Cette véritable pièce de collection ne sera
produite qu'à 214 exemplaires en 1985, soit un peu plus que
le minimum de 200 exemplaires requis pour l'homologation Groupe
B. Toutes ne quitteront pas l'usine, certaines étant utilisées
pour divers tests et réservées à Audi Sport.
Disponible en 5 coloris uniquement,
le Sport quattro fut majoritairement venduen rouge Tornado. On trouve
aussi quelques modèles en blanc Alpin, 21 en bleu Copenhague,
15 en vert Greenwood, soit au total 212 pièces. Alors ceux qui suivent
nous diront : il en manque deux ? C'est exact. Deux exemplaires
en livrée noire métallisée (Darkschwartz) seront offerts, l'un à
Ferdinand Piech, l'autre à Walter Rhörl.
ACHETER UN COUPE AUDI QUATTRO
1985 marque également l'entrée en scène du GT quattro qui sera à
l'origine de nombreuses confusions avec sa grande soeur ur-quattro.
Le GT quattro est exclusivement équipé du 5 cylindres 136 chevaux.
Assez curieusement puisqu'il s'agissait de la version intermédiaire
idéale entre le GT et la "grosse" quattro, le GT quattro ne sera
produit qu'à moins de 8000 exemplaires. C'est aujourd'hui une version
très convoitée des amateurs de coupés Audi. En 1988, les coupés
GT et GT quattro s'effacent de la scène pour laisser le nouveau
coupé type 89 seul sous les feux de la rampe. Trop embourgeoisé,
ce nouveau coupé est souvent jugé comme beaucoup moins charmeur
que son prédécesseur. Il est à noter que sur certains marchés (Allemagne,
Suisse notamment), les coupés GT et GT quattro finiront leur carrière
sous une ultime version catalysée équipée du 2,3 litres de 133 chevaux.
173 747 exemplaires ont été produits de 1980 à 1988, dont 7786 GT
quattro. La production de la 20v n'a pas dépassé les
700 unités. Autant dire qu'il s'agit d'une Audi collector.
Concernant le coupé Sport Quattro, les choses se gâtent
car on entre ici dans le domaine du Collector... Au bout du compte,
ce sont 175 Sport quattro qui seront effectivement cédées à des
clients particuliers et... fortunés. En effet, côté prix, le coupé
Quattro Sport bat évidemment des records. Rien d'étonnant
à cela vu le patrimoine sportif et historique du modèle
et sa grande rareté. Une telle débauche de technologie mise
en oeuvre pour une série limitée a forcément un prix conséquent.
Commercialisée à 750.000 francs... elle se négocie aujourd'hui en
occasion autour de 50000 euros. Mais à ce prix, quelle voiture
vous avez là !
:: CONCLUSION
L'Audi Quattro est avant tout une voiture qui a marqué
l'esprit de nombreux passionnés d'automobile en révolutionnant
le paysage automobile mondial. En effet, si l'on exclut l'anecdotique
Jensen FF, la "Quattro" est la première voiture
de sport équipée d'une transmission intégrale.
A ce titre, et compte tenu de la relative rareté de certaines
versions, elle constitue certainement un collector amené
à devenir très prisé dans les années
futures.
Liens conseillés sur l'AUDI QUATTRO : www.audipassion.com - www.audiclub.fr |