Mitsubishi Eclipse (1989–2011) : la sportive japonaise qui a conquis l’Amérique

La Mitsubishi Eclipse est l’une de ces sportives qui racontent une histoire bien plus vaste que leur fiche technique. Née dans l’Illinois, façonnée par la culture américaine, elle a traversé plus de vingt ans de carrière sans jamais vraiment exister en Europe. Et pourtant, elle a marqué une génération entière de passionnés, de préparateurs et de cinéphiles. Une japonaise conçue pour l’Amérique, devenue un symbole là‑bas… et un fantasme ici.
Texte : Anthony DUMENIL - Photos : D.R.
Eclipse 1G : un coupé né pour les États‑Unis

L’Eclipse est le fruit de Diamond‑Star Motors, la joint‑venture entre Mitsubishi et Chrysler. Produite à Normal, dans l’Illinois, comme ses « sœurettes » Eagle Talon et Plymouth Laser, elle est pensée pour un marché où les coupés compacts sportifs sont encore rois. Dès 1989, elle propose une alternative plus accessible aux références japonaises de l'époque, Nissan 300ZX, Toyota Supra MkIII ou Mitsubishi 3000GT, tout en offrant une base technique solide : moteurs 2.0 litres, châssis rigoureux, et une philosophie orientée plaisir.
Les premières versions turbo, notamment les GS‑T et GSX, posent les bases : un coupé léger, vif, avec un moteur capable d’encaisser des préparations extrêmes. Car and Driver souligne alors “un rapport prix/performances difficile à battre” et on sait combien cet argument est décisif pour percer sur le marché américain.
Mk2 (1994–1999) : l’âge d’or et le mythe 4G63

La seconde génération (2G sur le marché américain) est celle qui va faire entrer l’Eclipse dans la légende. Plus large, plus musclée, elle adopte une silhouette qui évoque la 3000GT, mais dans un format plus compact. Sous le capot, le fameux 4G63 turbo développe 210 ch, associé à un Garrett T25.
La version GSX, avec sa transmission intégrale, offre une motricité exceptionnelle. il s'agit d'une transmission intégrale permanente avec différentiel central à couplage visqueux (et différentiel arrière à glissement limité LSD sur la plupart des GSX). C'est l'un des gros arguments techniques qui ont fait la réputation de la voiture face aux simples tractions.
La Mk2 est une voiture qui vit par son turbo. Le 4G63 souffle fort, avec un lag perceptible mais une poussée franche dès 3 000 tr/min. Le châssis, plus rigoureux que celui de la première génération, offre une précision étonnante pour un coupé de cette époque. La direction est légère mais communicative, et la GSX donne cette sensation unique de “tirer” la voiture hors des virages grâce à son système AWD. Selon Motor Trend, l'Eclipse 2G est “un coupé qui donne l’impression d’avoir beaucoup plus de puissance qu’annoncé”.
Le cabriolet Mitsubishi Eclipse (1996–1999)
La première Eclipse décapotable, appelée Spyder aux USA, apparaît en 1996, au cœur de la génération Mk2. C’est une version qui ne cherche pas à être une pure sportive, mais plutôt une interprétation plus émotionnelle du coupé, sans renoncer à ses qualités dynamiques. Contrairement à beaucoup de cabriolets dérivés de coupés compacts des années 90, le Spyder conserve une base technique sérieuse. Mitsubishi renforce la structure, retravaille les points d’ancrage, et installe une capote en toile bien intégrée, électrique, rapide à manœuvrer. Le dessin reste fluide, avec un arrière légèrement plus massif, mais toujours fidèle à la silhouette musclée de la Mk2.
Le Spyder est proposé en deux versions : la GS Spyder dotée d'un moteur 2.4 atmosphérique (4G64), plus doux, plus GT, et la GS‑T Spyder, le vrai morceau, avec le 4G63 turbo de 210 ch, identique à celui du coupé. La version GS‑T est particulièrement recherchée aujourd’hui car elle combine le caractère du 4G63, avec la poussée franche du turbo, et le plaisir du cabriolet. De notre point de vue, ce n'est poutant pas le meilleur choix pour cruiser mais le client est roi comme on dit...
La presse américaine, à l'instar de Road & Track, saluait alors “un cabriolet qui ne sacrifie pas le dynamisme du coupé”. Le Spyder GS‑T offre une expérience différente du coupé : un peu plus de poids, un châssis légèrement moins rigoureux, mais une ambiance incomparable, surtout capote ouverte. Le turbo souffle fort, la poussée est franche, et la voiture garde cette vivacité typique de la Mk2. Ce n’est pas une sportive pure, mais un cabriolet sportif, rare dans cette catégorie à l’époque.
La Mitsubishi Eclipse prend la lumière dans Fast & Furious
La voiture qui apparaît dans le premier Fast & Furious est une Eclipse RS de 1995, transformée pour les besoins du film en une version “GS‑T like”. Peinte en vert Kawasaki, équipée d’un kit Bomex, d’un aileron APR GT et d’un intérieur Sparco, elle devient instantanément une icône. Sous le capot, les voitures utilisées étaient en réalité atmosphériques, les systèmes NOS visibles étant factices pour les scènes. Cette Eclipse est devenue culte parce qu’elle est la première voiture de Brian O’Conner, et qu’elle apparaît dans la scène d’ouverture du film, celle qui a défini toute une génération de passionnés. Une Eclipse qui finit toutefois très mal avant de se voir... éclipsée dans le coeur des fans par la Toyota Supra Mk4.
Mk3 (2000–2005) : le virage US

La troisième génération des Coupé et Spyder Eclipse marque un changement de philosophie radical. Le bloc 4G63 turbo et la transmission intégrale disparaissent au profit d'une architecture purement traction et de mécaniques atmosphériques orientées confort.
La gamme s'articule d'abord autour de deux motorisations :
- 4-cylindres 2.4L (4G64) : développant 147 ch (puis 154 ch), souple et économique, dédié aux versions d'entrée de gamme RS et GS.
- V6 3.0L 24v (6G72) : proposé sur la finition GT, délivrant 205 ch (ramenés à 200 ch en raison de normes anti-pollution). Il apporte une belle rondeur et du couple à bas régime.
Côté transmissions, l'Eclipse 3G innove en proposant, en plus de la boîte manuelle 5 rapports, la boîte automatique Sportronic à 4 rapports avec commande séquentielle.
En 2003, lors du restylage, Mitsubishi lance la finition haut de gamme GTS : le V6 3.0L y gagne un système d'admission variable (MVIM) et un taux de compression augmenté, faisant grimper la puissance à 210 ch.
Sur la route, la 3G est plus douce, plus lourde et moins explosive que ses devancières. Le train avant est davantage chargé et le comportement privileges la stabilité sur autoroute au détriment de l'agilité en enchaînement rapide. C'est un coupé typiquement pensé pour le marché américain : idéal pour cruiser, moins pour attaquer...
Mitsubishi Eclipse Concept‑E (2004)
Présenté en 2004, le Concept‑E est l’un des prototypes les plus ambitieux de Mitsubishi. Il préfigure la future Mk4, mais surtout, il introduit une technologie étonnante pour l’époque : un V6 MIVEC 3.8 litres associé à un moteur électrique arrière, pour une puissance cumulée annoncée de 470 ch. Le Concept‑E propose
donc une transmission hybride “EAWD”, offrant un couple instantané sur l’essieu arrière. Avec un design très proche de la future Eclipse Mk4 et un intérieur futuriste typé cockpit, ce prototype mérite d'être reconnu à sa juste valeur pour avoir montré la voie des sportives hybrides bien avant l’heure. Le coupé 4G finalement commercialisé sera malheureusement bien moins ambitieux et innovant...
Mk4 (2006–2012) : le coupé V6 américain

En 2006, Mitsubishi assume pleinement la direction prise précédemment. L’Eclipse 4G devient un vrai coupé grand tourisme, propulsé par un gros V6 3.8 litres atmosphérique de 263 ch. Un moteur typiquement américain : du couple, du son, une poussée linéaire.
Le V6 offre une belle rondeur, une sonorité profonde, et un couple généreux. Mais la voiture est lourde, le train avant chargé, et le comportement clairement orienté confort. On est loin de la vivacité des GS‑T et GSX. La Mk4 est une Eclipse plus bourgeoise, plus GT, plus US.
Mitsubishi Eclipse Spyder GT
La version Spyder GT reprend le V6 3.8 litres de 263 ch, associé à une capote électrique en toile, et un châssis légèrement renforcé pour compenser l’absence de toit. Le Spyder est plus lourd, mais aussi plus charmeur. Capote ouverte, le V6 prend une dimension plus émotionnelle, avec une sonorité profonde et un couple disponible très tôt qui sied parfaitement à la vocation du modèle. Ce n’est pas une sportive : c’est un coupé‑cabriolet typiquement américain, fait pour cruiser sur les routes côtières, profiter du soleil, et savourer une mécanique généreuse.
Le restylage de 2009 : dernier éclat

Le facelift de 2009 apporte à l'Eclipse 4G une face avant “Jet Fighter” inspirée de la Lancer Evolution X, des lignes plus tendues, et un échappement plus sonore sur la GT V6. Une mise à jour bienvenue, mais qui ne change pas la philosophie du modèle. Ce sera le dernier chapitre avant l’arrêt définitif en 2012.
Après l'arrêt du coupé V6 en 2011, le nom « Eclipse » a été ressuscité par Mitsubishi en 2017 sous la forme d'un... SUV coupé (Eclipse Cross). Un virage marketing qui avait fait grincer les dents des puristes de la première heure, et on les comprend...
Une importance culturelle immense
L’Eclipse n’a jamais été une sportive véritablement populaire en Europe, mais elle a été l’une des plus influentes du marché américain. Elle a marqué la scène import tuner, les runs nocturnes, les préparations extrêmes du 4G63, et la pop culture via Fast & Furious. Même absente de nos routes, elle reste donc une sportive majeure de l’histoire Mitsubishi, un symbole d’une époque où les coupés compacts étaient les héros des parkings, des garages et des nuits mouvementées d'une jeunesse éprise de sensations automobiles...
Chronologie de la Mitsubishi Eclipse
- 1985 : Création du partenariat Diamond-Star Motors (DSM) entre Mitsubishi Motors et Chrysler pour produire des coupés sportifs en Illinois.
- 1989 : Lancement commercial de la première génération de coupé Eclipse (1G) avec phares escamotables, déclinée en version atmosphérique, traction Turbo (GS-T) et transmission intégrale (GSX).
- 1992 : Restylage de mi-carrière de la 1G. Les phares escamotables sont abandonnés au profit d'optiques fixes et le bloc moteur 4G63 passe en version 7-bolt.
- 1995 : Lancement de la deuxième génération d'Eclipse (2G) au design plus arrondi. Le 2.0L Turbo 4G63 atteint 210 ch sur les versions GS-T et GSX.
- 1996 : Introduction de la version cabriolet Eclipse Spyder, proposée avec le moteur 2.4L atmosphérique ou 2.0L Turbo.
- 1997 : Facelift de la 2G avec de nouveaux boucliers, optiques modifiées et l'adoption d'un imposant aileron arrière sur les déclinaisons sportives.
- 1999 : Présentation de la troisième génération de coupé Eclipse (3G) pour le millésime 2000. Le modèle abandonne le turbo et la transmission intégrale pour adopter une architecture traction et un moteur V6 3.0L.
- 2001 : Arrivée de la déclinaison Spyder sur la troisième génération.
2001 : Sortie du film The Fast and the Furious qui consacre l'Eclipse 2G au rang de voiture culte de la culture tuning. - 2003 : Restylage de la 3G et introduction de la version haut de gamme GTS développant 210 ch grâce à un système d'admission variable.
- 2005 : Lancement de la quatrième et dernière génération (4G) au gabarit en hausse. La version GT reçoit un V6 3.8L MIVEC de 263 ch.
- 2007 : Commercialisation de l'Eclipse Spyder 4G.
- 2009 : Facelift de la 4G adoptant la calandre trapézoïdale "Jet Fighter".
- 2011 : Le 16 août, la toute dernière Mitsubishi Eclipse sort des chaînes de montage de l'usine de Normal, mettant fin à plus de 20 ans de production.