Mitsubishi Eclipse (1989–2011) : la sportive japonaise qui a conquis l’Amérique

La Mitsubishi Eclipse est l’une de ces sportives qui racontent une histoire bien plus vaste que leur fiche technique. Née dans l’Illinois, façonnée par la culture américaine, elle a traversé plus de vingt ans de carrière sans jamais vraiment exister en Europe. Et pourtant, elle a marqué une génération entière de passionnés, de préparateurs et de cinéphiles. Une japonaise conçue pour l’Amérique, devenue un symbole là‑bas… et un fantasme ici.
Texte : Anthony DUMENIL - Photos : D.R.
Eclipse 1G (1989-1994) : born in the USA

L’Eclipse est le fruit de Diamond‑Star Motors, une joint‑venture entre Mitsubishi et Chrysler initiée en 1985. Produite à Normal, dans l’Illinois, comme ses « sœurettes » Eagle Talon et Plymouth Laser, elle est pensée pour un marché où les coupés compacts sportifs sont encore rois. Dès 1989, elle propose une alternative plus accessible aux références japonaises de l'époque, Nissan 300ZX, Toyota Supra MkIII ou Mitsubishi 3000GT, tout en offrant une base technique solide.
Sous le capot, on trouve alors uniquement des blocs 4 cylindres :
- un 1,8 L à 8 soupapes (4G37) réservé au marché américain pour le modèle GS,
- un 2,0 L DOHC à 16 soupapes (4G63), décliné en version atmosphérique (150 ch) et turbocompressé (195 ch).
La version GSX, avec sa transmission intégrale permanente avec différentiel central mécanique à couplage visqueux (héritée en droite ligne de la berline de compétition Galant VR-4) et son différentiel arrière à glissement limité "Viscous LSD" (en option au lancement puis rapidement monté de série), profite d'une motricité exceptionnelle pour afficher un 0 à 100 km/h en 7,0 secondes en plus d'une vitesse de pointe de 220 km/h. Au Japon, le choix est limité à deux versions : la GS (2l de 140 ch en traction) et la GSR-4 (2l turbo de 200 ch, 4 roues motrices).
C'est avec cette version turbo 4 roues motrices que va se bâtir la réputation de l'Eclipse : un coupé léger, vif, avec une base mécanique capable d’encaisser des préparations extrêmes (l'ensemble moteur-boîte servira d'ailleurs de base à la saga Lancer Evolution à partir de 1992). Car and Driver soulignait à juste titre “un rapport prix/performances difficile à battre” et on sait combien cet argument est décisif pour percer sur le marché américain.
En Europe, l'Eclipse 1G reste une curiosité exotique. Si le coupé américano-japonais a bien été officiellement distribuée en Europe, livrée uniquement avec le 2 L de 150 ch sous l'appelation GSi 16v, ce ne sera pas le cas en France. Pour les amateurs de raretés, une version targa à toit vitré amovible sera d'ailleurs proposée exclusivement sur le marché Allemand. Un vrai collector !
La face avant est redessinée pour le millésime 92 avec des optiques effilées à la places des phares basculants, préparant une évolution de style radicale sur la génération suivante...
Eclipse 2G (1994–1999) : génération culte

La seconde génération (baptisée 2G sur le marché américain ou Mk2 en Europe) est celle qui va faire entrer l’Eclipse dans la légende. Plus courte mais plus large sur un empattement allongé, elle semble plus musclée et adopte une silhouette qui s'inspire de la 3000 GT, véritable étendard de la gamme Mitsubishi de l'époque.
Pour le choix de motorisations on retrouve les versions RS et GS avec un 2.0l DOHC 16 soupapes (le bloc Chrysler 420A de 140 ch ou le 4G63 atmosphérique de 146 ch en Europe), et les GS-T et GSX montées avec le 2.0l turbo 4G63, revu pour l'occasion. Doté d'un échangeur et associé à un Garrett T25 en remplacement des Mitsubishi TD05 et TD04, il développe désormais 210 ch. Il est étonnant de noter que la version turbo 4 roues motrices n'est plus proposée au Japon sur l'Eclipse 2G.
La "Mk2" est une voiture qui vit par son turbo. Le Garrett souffle fort dans les conduits du 4G63, avec un lag perceptible mais une poussée franche dès 3 000 tr/min. Le 0 à 100 km/h tombe à 6"5. Le châssis, plus rigoureux que celui de la première génération, offre une précision étonnante pour un coupé de cette époque. La direction est légère mais communicative, et la GSX donne cette sensation unique de “tirer” la voiture hors des virages grâce à son système AWD. Selon Motor Trend, l'Eclipse 2G est “un coupé qui donne l’impression d’avoir beaucoup plus de puissance qu’annoncé”. L'effet turbo !
Le millésime 1996 s'accompagne d'un facelift apportant de nouveaux phares à fond noir et des pare-chocs plus agressifs. Les coupés turbo gagnent un becquet plus imposant.
Le cabriolet Mitsubishi Eclipse (1996–1999)
La première Eclipse décapotable, appelée Spyder aux USA, apparaît en 1996, au cœur de la génération Mk2. C’est une version qui ne cherche pas à être une sportive, mais plutôt une interprétation plus émotionnelle du coupé, sans renoncer à ses qualités dynamiques. Contrairement à beaucoup de cabriolets dérivés de coupés compacts des années 90, le Spyder conserve une base technique sérieuse. Mitsubishi renforce la structure, retravaille les points d’ancrage, et installe une capote en toile bien intégrée, électrique, rapide à manœuvrer. Le dessin reste fluide, avec un arrière légèrement plus massif, mais toujours fidèle à la silhouette musclée de la Mk2.
Le Spyder est proposé en deux versions : la GS Spyder dotée d'un moteur 2.4 atmosphérique spécifique (4G64), plus doux, plus GT, et la GS‑T Spyder avec le 4G63 turbo de 210 ch du coupé. La GS‑T est particulièrement recherchée aujourd’hui car elle combine le caractère du 4G63 turbo et le plaisir du cabriolet. Ce n'est poutant pas le meilleur choix pour cruiser mais le client est roi comme on dit...
La presse américaine, à l'instar de Road & Track, saluait alors “un cabriolet qui ne sacrifie pas le dynamisme du coupé”. Le Spyder GS‑T offre une expérience différente du coupé : un peu plus de poids, un châssis légèrement moins rigoureux, mais une ambiance incomparable, surtout capote ouverte. Ce n’est pas une sportive pure, mais un cabriolet au caractère bien trempé, chose rare dans cette catégorie à l’époque.
La Mitsubishi Eclipse de Fast & Furious
La voiture qui apparaît dans le premier Fast & Furious est une Eclipse RS de 1995, transformée pour les besoins du film en une version “GS‑T like”. Peinte en vert Kawasaki, équipée d’un kit Bomex, d’un aileron APR GT et d’un intérieur Sparco, elle devient instantanément une icône. Sous le capot, les voitures utilisées étaient en réalité atmosphériques, les systèmes NOS visibles étant factices pour les scènes. Cette Eclipse est devenue culte parce qu’elle est la première voiture du personnage de Brian O’Conner (Paul Walker), et qu’elle apparaît dans la scène d’ouverture du film, celle qui a défini toute une génération de passionnés. Une Eclipse qui finit toutefois très mal avant de se voir... éclipsée dans le coeur des fans par la Toyota Supra Mk4.
Eclipse 3G (2000–2005) : changement de philosophie

La troisième génération des Coupé et Spyder Eclipse marque un changement de philosophie radical. Peut-être parce que Mitsubishi fait désormais cavalier seul et qu'il doit viser un public plus large pour rentabiliser son modèle, le bloc 4G63 turbo et la transmission intégrale disparaissent au profit d'une architecture purement traction et de mécaniques atmosphériques orientées confort. Le modèle quitte définitivement le catalogue en Europe. Les rares exemplaires d'Eclipse 3G visibles sont donc le fruit d'importations isolées.
En Amérique du Nord, trois finitions sont proposées : les RS, GS et GT. La gamme s'articule autour des deux motorisations suivantes :
- 4-cylindres 2.4L (4G64) : développant 147 ch (puis 154 ch), souple et économique, dédié aux versions RS et GS.
- V6 3.0L 24v (6G72) : proposé uniquement sur la finition GT, délivrant 205 ch (ramenés à 200 ch en raison de normes anti-pollution). Il apporte une belle rondeur et du couple à bas régime.
En 2003, lors du restylage, Mitsubishi ajoutera la finition haut de gamme GTS : le V6 3.0L y gagne le système d'admission variable (Mitsubishi Variable Induction Management) et un taux de compression augmenté, faisant grimper la puissance à 210 ch. Un gain modéré par la prise de poids de l'Eclipse qui frôle désormais les 1500 kg à vide.
Côté transmissions, l'Eclipse 3G innove en proposant, en plus de la boîte manuelle 5 rapports, la boîte automatique Sportronic à 4 rapports avec commande séquentielle.
Sur la route, l'Eclipse 3G est plus douce, plus lourde et moins explosive que ses devancières. Le train avant est davantage chargé et le comportement privilégie la stabilité au détriment de l'agilité en courbe. C'est un coupé typiquement pensé pour le marché américain : idéal pour cruiser, moins pour attaquer...
Une nouvelle Eclipse au cinéma
Après l'Eclipse 1G verte popularisée dans le premier volet, la suite du blockbuster qui sort en 2003, 2 Fast 2 Furious, met à l'honneur la 3ème génération d'Eclipse avec une version Spyder GTS. Peinte en "violine House of Kolor" et pilotée par le personnage de Roman Pearce (Tyrese Gibson), elle joue un second rôle présent tout au long du film à côté d'une autre Mitusbishi, la Lancer Evolution VII de Paul Walker. Pour l'anecdote, seule la Hero Car (dédiée aux gros plans) possédait le nouveau V6 3.0L. Pour les scènes de cascades, la production a utilisé trois versions Stunt plus basiques : de simples modèles GS à moteur 4 cylindres, parfois même en boîte automatique, plus faciles à sacrifier ! Symbole de l'ère tuning "Show & Shine" des années 2000, elle tranche avec l'esprit JDM puriste du premier volet.
Mitsubishi Eclipse Concept‑E (2004)
Présenté en 2004, le Concept‑E est l’un des prototypes les plus ambitieux de Mitsubishi. Il préfigure la future Mk4, mais surtout, il introduit une technologie étonnante pour l’époque : un V6 3.8 litres MIVEC (Mitsubishi Innovative Valve timing Electronic Control) associé à un moteur électrique arrière, pour une puissance cumulée annoncée de 470 ch. Le Concept‑E propose
donc une transmission hybride “EAWD”, offrant un couple instantané sur l’essieu arrière. Avec un design très proche de la future Eclipse Mk4 et un intérieur futuriste typé cockpit, ce prototype mérite d'être reconnu à sa juste valeur pour avoir montré la voie des sportives hybrides bien avant l’heure. Le coupé 4G finalement commercialisé sera malheureusement bien moins ambitieux et innovant...
Eclipse 4G (2006–2012) : la plus américaine des japonaises

En 2006, Mitsubishi assume pleinement la direction prise précédemment. L’Eclipse 4G gagne encore en dimensions et devient un vrai coupé grand tourisme.
Le choix de finitions est réduit aux GS et GT. Le 4 cylindres 2,4l SOHC 16 soupapes de 162 ch (4G69) est toujours proposé en entrée de gamme mais c'est surtout le nouveau V6 3,8l SOHC 24 soupapes de 263 ch (6G75) qui séduit. Ce dernier est un moteur typiquement américain : du couple, du son, une poussée linéaire. Ajoutons que les moteurs sont tous deux équipés de la distribution variable MIVEC qui améliore la souplesse et la consommation.
Le client dispose au choix de la boîte mécanique (5 ou 6 rapports selon finition) ou de l'automatique (Sportronic). Mais la voiture est lourde, elle a encore pris 100 kg d'embonpoint au passage, le train avant chargé, et le comportement clairement orienté confort. On est loin de la vivacité des anciennes GS‑T et GSX. La Mk4 est une Eclipse plus bourgeoise, plus GT, plus US. Cette dernière génération d'Eclipse ne foulera d'ailleurs pas le sol européen, ni même japonais.
Mitsubishi Eclipse Spyder GT
L'Eclipse Spyder GT profite également du nouveau V6 3.8 litres de 263 ch, associé à une capote électrique en toile, et un châssis légèrement renforcé pour compenser l’absence de toit. Le Spyder est plus lourd, mais aussi plus charmeur. Capote ouverte, le V6 prend une dimension plus émotionnelle, avec une sonorité profonde et un couple disponible très tôt qui sied parfaitement à la vocation du cabriolet. Ce n’est pas une sportive : c’est un coupé‑cabriolet typiquement américain, fait pour cruiser sur les routes côtières, profiter du soleil, et savourer une mécanique généreuse.
Le restylage de 2009 : dernier éclat
Le facelift de 2009 apporte à l'Eclipse 4G une face avant “Jet Fighter” inspirée de la Lancer Evolution X, des lignes plus tendues, et un échappement plus sonore sur la GT V6. Une mise à jour bienvenue, mais qui ne change pas la philosophie d'un coupé qui a un peu trop mis le sport de côté. Ce sera le dernier chapitre avant l’arrêt définitif en 2012.
Après l'arrêt du coupé V6 en 2011, le nom « Eclipse » a été ressuscité par Mitsubishi en 2017 sous la forme d'un... SUV coupé (Eclipse Cross). Un coup marketing pour le moins audacieux qui avait fait grincer les dents des puristes de la première heure, et on les comprend...
Une importance culturelle immense
La Mitsubishi Eclipse reste une voiture méconnue en Europe, mais elle a été l’une des plus influentes du marché américain. Elle a marqué la scène "import tuner", les "runs nocturnes", les "préparations extrêmes du 4G63", et la pop culture via Fast & Furious. Même absente de nos routes, elle reste donc une sportive majeure de l’histoire Mitsubishi, un symbole d’une époque où les coupés compacts étaient les héros des parkings, des garages et des nuits d'une jeunesse éprise de vitesse...
Chronologie de la Mitsubishi Eclipse : l'historique complet du modèle
- 1985 : Création du partenariat Diamond-Star Motors (DSM) entre Mitsubishi Motors et Chrysler pour produire des coupés sportifs en Illinois.
- 1989 : Lancement commercial de la première génération de coupé Eclipse (1G) avec phares escamotables, déclinée en version atmosphérique, traction Turbo (GS-T) et transmission intégrale (GSX).
- 1992 : Restylage de mi-carrière de la 1G. Les phares escamotables sont abandonnés au profit d'optiques fixes et le bloc moteur 4G63 passe en version 7-bolt.
- 1995 : Lancement de la deuxième génération d'Eclipse (2G) au design plus arrondi. Le 2.0L Turbo 4G63 atteint 210 ch sur les versions GS-T et GSX.
- 1996 : Introduction de la version cabriolet Eclipse Spyder, proposée avec le moteur 2.4L atmosphérique ou 2.0L Turbo.
- 1997 : Facelift de la 2G avec de nouveaux boucliers, optiques modifiées et l'adoption d'un imposant aileron arrière sur les déclinaisons sportives.
- 1999 : Présentation de la troisième génération de coupé Eclipse (3G) pour le millésime 2000. Le modèle abandonne le turbo et la transmission intégrale pour adopter une architecture traction et un moteur V6 3.0L.
- 2001 : Arrivée de la déclinaison Spyder sur la troisième génération.Sortie du film The Fast and the Furious qui consacre l'Eclipse 2G au rang de voiture culte de la culture tuning.
- 2003 : Restylage de la 3G et introduction de la version haut de gamme GTS développant 210 ch grâce à un système d'admission variable.
- 2005 : Lancement de la quatrième et dernière génération (4G) au gabarit en hausse. La version GT reçoit un V6 3.8L MIVEC de 263 ch.
- 2007 : Commercialisation de l'Eclipse Spyder 4G.
- 2009 : Facelift de la 4G adoptant la calandre trapézoïdale "Jet Fighter".
- 2011 : Le 16 août, la toute dernière Mitsubishi Eclipse sort des chaînes de montage de l'usine de Normal, mettant fin à plus de 20 ans de production.