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DU
SERIEUX EN TENUE DE SOIREE
Chez Peugeot,
depuis déjà de nombreuses années, il y a une tradition qui remonte
à la 404 : un coupé et un cabriolet présents au catalogue dérivant
de la berline existante dont le dessin de la carrosserie est dû
un des plus grands maîtres : Pininfarina. Avec la 504, Pininfarina
laisse aller tout son talent pour dessiner un coupé et un cabriolet
qui feront date dans l'histoire de Peugeot…
Texte:
Nicolas LISZEWSKI - Photos: D.R.
Lorsqu'est présentée la berline 504 en 1968
(le lancement initialement prévu au printemps avait été décalé en
raison des évènements de mai 68), c'est une réelle montée en gamme
qui s'opère à Sochaux. Outre des dimensions plus généreuses, la
504 possède en outre par rapport à sa devancière, la 404 (qui sera
commercialisée jusqu'en 1970), une motorisation plus généreuse avec
un 1,8 litres au lieu du 1,6 litres de la 404. C'est la continuité
d'une stratégie de long terme initialisée par Peugeot qui n'a de
cesse de vouloir monter en gamme. Le design très classique et austère
de la berline 504 tranche très nettement avec son époque qui était
alors plutôt en pleine effervescence et pleine de mouvement. C'était
alors la berline classique, bien conçue, fiable essentiellement
destinée pour la (petite) bourgeoisie. Elle fut d'ailleurs illustrée
de triste façon dans le film "Ducon Lajoie" pour la frange "petite
bourgeoisie étriquée". La 404 avait eu ses variantes coupé et cabriolets
dessinées par le Maestro Pininfarina. La 504 connu le même développement
mais on alla plus loin encore…
UNE TENUE ELEGANTE.
Ainsi, dès 1969, Peugeot présente et commercialise les variantes
coupés et cabriolets de sa berline 504. Sur les 404 CC, la parenté
stylistique avec la berline était évidente tant à l'avant qu'à l'arrière.
Pour les 504 CC, Pininfarina est allé plus loin encore dans sa démarche
stylistique. S'il n'est toujours pas question d'excentricité ni
même d'originalité, Pininfarina offre une ligne aux 504 CC qui n'ont
plus aucune parenté avec la berline dont ils dérivent. Exit le pan
de coffre curieusement incliné de la berline, et surtout, si l'ensemble
général du design respire le classicisme de bon aloi, l'élégance
et le style qui se dégagent semblent aux antipodes de la lourdeur
stylistique relative de la berline. Pour arriver à ce résultat,
les ingénieurs ont raccourci l'empattement de 19 cm et les voies
arrière ont été élargies de 5 cm. Au total, la longueur hors-tout
des 504 CC est 13 cm plus courte que celle des berlines, mais leurs
poids est supérieur. Pour finir sur le chapitre du style, Pininfarina
a su disséminer ça et là des détails stylistiques charmeurs tels
les quatre phares AV, les montants de custodes très fin et gracieux,
les fines poignées de porte chromées et surtout les feux AR obliques
très élégants que reprit notamment Guy Ligier pour son coupé JS2
sur les premiers exemplaires. Le moteur est repris aux 404 CC. C'est
le 1,8 litres développant 90 chevaux et alimenté par un système
d'injection indirecte Kugelfischer.
GT OUI, SPORT NON !
On s'en doute, avec 90 chevaux pour 1 220 kg, il ne faut pas
s'attendre à des miracles, et grâce à un pont légèrement plus long
que sur la berline, le coupé atteint 175 km/h en pointe et 34 secondes
au mille mètres DA (soit une seconde de moins que la berline par
l'intermédiaire d'un maître couple moins important). Pas de quoi
se réveiller la nuit, lorsque dans le même temps vous pouvez acheter
quelques coupés italiens, notamment Alfa Romeo, ou des petits roadster
anglais au caractère autrement plus trempé. De plus la boîte moyennement
étagée participe aux reprises molles des 504 CC 1,8 litres. Mauvaise
affaire ces belles de Sochaux ?! Que nenni mon bon, car on vient
d'aborder les points reprochés à l'époque par la presse, mais pour
la partie compliments, outre sa ligne on l'a vu plus haut, il faut
insister sur sa tenue de route royale extrêmement bien secondée
par un freinage puissant et endurant. En fait, la philosophie de
ces 504 CC est exactement la même que celle des 406 coupés d'aujourd'hui.
Des autos très belles, mais classiques, à la tenue de route royale
et sécurisante et dont la clientèle visée n'est pas celle des sportives,
mais plutôt la bourgeoisie. D'où ce confort bourgeois. Cela dit,
il est évident que, comme pour l'Alpine A310, il manque 2 cylindres
à cette auto pour affirmer ses prétentions. Pour illustrer cet esprit
bourgeois et non sportif, le premier millésime n'avait même pas
de compte-tours en série !!
PEAUFINEMENTS.
Conscient des critiques essuyées sur le manque de caractère
moteur des 504 CC dont le prix rappelons-le à l'époque était 40%
plus cher que la berline, Peugeot réalèse le moteur pour le passer
à 2 litres. La puissance évolue également pour passer à 104 ch.
La vitesse de pointe tutoie désormais les 180 km/h. Pourtant ces
évolutions, intéressantes au demeurant, ne changent pas le caractère
de ce placide coupé, toutefois séduisant et agréable à l'usage.
Un compte-tours est enfin monté en série sur tous les 504 CC. L'année
suivante une boîte automatique ZF à 3 rapports fait son apparition
dans la gamme tandis que le frein à main passe entre les sièges.
Au salon de Paris en septembre, Pininfarina dévoile un concept de
salon : le break Riviera. Reprenant la base d'un coupé 504 et le
même design, le carrossier de Turin l'a habilement habillé d'une
carrosserie coupé-break plus communément appelé : "break de chasse".
Très belle et très élégante, cette variante aurait pu être un haut
de gamme exclusif et emblématique de la gamme sochalienne. Mais,
Peugeot a vu la chose autrement et ce concept est resté à l'état
de prototype. Dommage… Plus tard, Lancia refusa également la proposition
de Pininfarina de décliner la gamme Gamma en partant du style du
coupé. Il y avait d'ailleurs également un très beau break de chasse.
Fermons-là l'album des regrets. Très peu d'évolutions pour l'année
72 puisque la seule chose que l'on remarque est l'arrêt de la boîte
auto pour les cabriolets.
DU MUSCLE !!
L'année 74 marque une charnière dans la gamme 504 CC. Renault,
Peugeot et Volvo ayant terminé enfin l'étude du V6 PRV si critiqué,
plusieurs modèles de ces marques vont pouvoir enfin bénéficier d'une
motorisation dite noble. Et pour bien faire comprendre à la clientèle
que les 504 CC montent en puissance et en gamme, les versions 2
litres disparaissent du catalogue ! Le fameux V6 PRV qui possède
un angle d'ouverture à 90° développe 136 ch et est alimenté par
deux carbus (un simple et un double). Il conserve les défauts qui
lui sont propres : peu élastique, un peu rugueux, glouton et sans
réelle sonorité agréable, il permet néanmoins aux 504 CC d'afficher
des performances dignes de leur plumage : 185 km/h en pointe et
31,5 secondes au km DA. Côté ligne, l'élégance est toujours de mise
et on a peaufiné quelque peu les détails. La calandre est nouvelle,
le dessin des jantes alu est différent et les feux arrière sont
redessinés pour être regroupés sou un seul bloc. Peugeot, dont la
réputation de fiabilité et de robustesse n'était plus à démontrer,
n'hésita pas à poursuivre son engagement en rallye africains. Cela
fut payant car dès l'année 76, l'équipage Makkinen-Lindon remportent
le rallye du Bandama sur 504 coupé.
LE RETOUR DU 2 LITRES…
En 1977, Peugeot réintroduit la motorisation 2 litres sur ses
505 CC. Seulement désormais il développe 106 ch soit 2 plus qu'auparavant.
Cette réapparition de la motorisation 2 litres est l'occasion pour
Peugeot d'arrêter les cabriolets V6 dont la rigidité était mise
à mal par le "puissant" V6. Le même V6 est pourvu d'une injection
électronique K-Jetronic qui autorise alors 144 ch au lieu des 136
sur les versions carbus. Les performances progressent sensiblement
(190 km/h et 31 secondes au mille) mais c'est surtout la souplesse
d'utilisation qui est en nette amélioration. Le coupé V6 avec injection
s'appelle donc "V6 Ti". De même les V6 Ti sont équipés d'un boîte
5 vitesses (contre 4 auparavant) ce qui permet de réduire légèrement
la consommation à haute vitesse. L'année 78 n'apporte rien à la
production des 504 CC, mais elle est en revanche riche en succès
avec une victoire au Safari Rallye et un doublé au Rallye du Bandama
avec notamment un certain… Jean Todt. Déjà !
DERNIERE LIGNE DROITE.
En septembre 1979, Peugeot remodèle une dernière fois sa gamme
504 CC. Les pare-chocs sont désormais en polyuréthanne enveloppant
annonçant bien les plastique omniprésent dans les années 80. Ces
nouveaux pare-chocs sont peints dans les teintes métallisées et
noirs mat dans les teintes blanches, noires et les couleurs mates
!! Pour une auto de cette classe et de ce prix, cela faisait très
mesquin. La calandre change également pour la troisième fois de
dessin. Les intérieurs sont légèrement modifiés sur des détails
et les quatre cylindres reçoivent enfin une boîte 5 vitesses. En
septembre 1981, le dessin de la planche de bord est nouveau, puisque
équipé d'une haute visière et doté de 5 cadrans. Et deux ans plus
tard c'est l'arrêt de la production des 504 CC après 24 ans de bons
et loyaux services. Entre-temps, Peugeot refuse la proposition de
505 CC pourtant très réussie esthétiquement (les analystes avaient
prédit peu de débouchés pour ce type d'auto), peu aidé, il faut
l'avouer par les échecs successifs de Peugeot sur le marché US.
Il faudra attendre 1997 et le coupé 406 pour connaître enfin une
succession aux 504 coupés. Les cabriolets eux n'ont jamais vraiment
été remplacés car les 306 cabriolets ne se situent pas dans la même
gamme.
AUJOURD'HUI…
Trouver un beau coupé ou cabriolet 504 se révèle être un parcours
du combattant tant les offres sont nombreuses et disparates. Tous
les prix sont présents dans les petites annonces. Sachez que les
premiers millésimes sont les moins chers (à partir de 3 800 ?),
et les cabriolets V6 les plus chers (à partir de 9 200 ?). Entre
les deux vous trouvez des coupés 2 litres, des coupés V6 et V6 Ti
et des cabriolets 2 litres. Le point noir de l'auto demeure évidemment
la rouille. Très rapidement, cette peste automobile peut ravager
votre carrosserie pour causer des dommages très coûteux en réparation.
Donc avant toute chose, soyez certain que l'exemplaire que vous
convoité est réellement exempt de toute trace de rouille apparente
ou cachée. Pensez à vous munir d'un aimant pour vérifier qu'il tient
bien sur la carrosserie notamment sur les ailes et les bas de caisse.
Côté mécanique les moteurs, boîtes et ponts sont des plus fiables
et les 200 000 km sont largement envisageables. Seuls les 1,8 litres
et les 2 litres avouent quelques faiblesses de joints de culasse.
L'intérieur ne vieilli pas toujours bien et il commence à être difficile
de trouver certaines pièces. Attention également au prix des pneus
Michelin TRX pour les coupés et cabriolets équipées de jantes alu
du même nom. Le plus gros reproche de l'époque sur les 504 CC était
leur manque de sportivité. Aujourd'hui en collection, ce défaut
est largement atténué car on ne sollicite pas souvent une ancienne
comme une voiture neuve ou récente. Donc les prix sont attractifs,
les lignes griffées Pininfarina et les mécaniques solides comme
chez Peugeot. Il n'y a plus à hésiter ? Trouvez-en une maintenant
car il y a des chances que sa cote grimpe au fil des ans tant elle
est destinée à devenir un classique. Et il n'est pas rare aujourd'hui
de voir des très beaux cabrios tout cuir, restaurés équipés d'un
hard top Marc de Coenick autour des 15 000 ?. Alors…
CHRONOLOGIE
1968 : Présentation et commercialisation de la berline 504.
1969 : Présentation en mars du coupé et cabriolet
504 équipé du moteur 1,8 litres 90 ch. En septembre,
les feux de position sur les ailes avant sont supprimés.
1970 : Apparition du moteur 2 litres de 104 ch en septembre. Compte-tours
au tableau de bord.
1971 : Une boîte auto ZF est disponible au catalogue dès
le mois de septembre et le frein à main est désormais
placé entre les sièges. Au salon de Paris, Pininfarina
présente un break de chasse sur base de 504 coupé
baptisé Riviera.
1972 : Le cabriolet perd l'option boîte auto en septembre.
1974 : En septembre, nouveaux détails de style : nouvelle
calandre type 2, feux arrière différents, jantes alu
redessinées. Suppression des motorisations 4 cylindres. Apparition
du V6 de 2,6 litres de 136 ch.
1976 : Victoire en décembre au Rallye du Bandama avec l'équipage
Makkinen - Liddon.
1977 : En septembre, apparition de l'injection sur les V6 (504 coupé
V6 Ti) et disparition des cabrios V6. Boîte 5 vitesses sur
le coupé V6. Réapparition des 4 cylindres. Le 2 litres
passe à 106 ch à 5 200 tr/mn.
1978 : Victoire en mars au Safari Rally avec l'équipage Nicolas
- Lefebvre. 1er & 2ème en octobre au Rallye du Bandama
avec les équipages Nicolas - Gamet et Makkinen - Todt.
1979 : En septembre, quelques changements de style : Calandre type
3, nouveaux pare-chocs, boîte 5 vitesses sur les 4 cylindres
et modifications des intérieurs.
1980 : 3ème place au Rallye du Bandama avec l'équipage
Ambrosino - Bureau.
1981 : Planche de bord modifiée en septembre.
1983 : En août, la production des 504 CC s'arrête après
24 ans de bons et loyaux services.
1984 : Refus de Peugeot des 505 CC développées par
Cars & Concept.
1997 : Présentation du coupé 406
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