LE
DRAGSTER NIPPON
Depuis la sortie du film " Fast and
Furious " l'engouement pour les petites japonaises n'a de cesse de
croître. La Toyota Supra MK4 malgré ses peintures flashies a été magnifiée
et même si l'esprit hors la loi des runs sauvages n'est pas très valorisant
(en ces temps de répression) ; le support médiatique du film a permis
d'imposer (à la masse des néophytes automobiles) les magnifiques GT
nipponnes. Les qualités de ces bolides s'étalent au grand jour et
l'amoureux des jeux électroniques peut enfin dépasser le modèle numérique
de Gran Turismo. Alors pourquoi ne pas se faire plaisir ? La Supra,
comme les autres, souffre d'une décote importante et la fiabilité
reconnue du modèle ouvre la porte du monde des GT à monsieur tout
le monde. Mais que vaut-elle réellement ?...
Texte:
Jérôme TORDJMAN - Photos: D.R.
PRESENTATION
Le design de la Toyota Supra MK4 a été l'un des plus avant-gardiste
lors de sa sortie en 1992. La caisse est tout en rondeur, l'agressivité
est contenue et il faut bien un aileron surdimensionné pour souligner
tout son potentiel. Les nervures sur le capot légèrement bombées
manquent un peu de caractère mais heureusement la prise d'air nous
offre un soupçon de bestialité. Au contraire les feux à glace lisse
au raz du pare-chocs avant laissent apparaître un groupe optique
qui est au goût du jour et qui n'est pas sans nous rappeler quelques
Maserati 3200GT et autre Jaguar XK8. Les ouvertures latérales accompagnent
les bas de caisse et mettent en valeur les hanches galbées de la
belle. Correctement chaussée, 235 à l'avant et 255 à l'arrière en
17 pouces, la ligne est agréable. A l'intérieur... C'est un autre
monde... Alors que l'aspect extérieur est très consensuel, l'habitacle
lui est typé aviation. Vous êtes presque à bord d'un mirage 2000.
Tous les instruments sont orientez vers vous et le passager peut
se sentir bien seul quand le pilote s'amuse avec les comodos...
Le levier de vitesse ultra court est posé sur la console centrale
qui entoure le pilote, sa hauteur importante permet de soutenir
le bras droit lors des longs trajets. Le compte tour au centre de
l'instrumentation crée une ambiance très sport et n'est pas sans
rappeler les Porsche 911 de l'époque, l'ergonomie et la lisibilité
de l'ensemble sont bons. Les plastiques et l'agencement par contre
sont, comme à l'habitude, un peu en deçà des réalisations germaniques...
Mais qu'importe, le plaisir est ailleurs.
MOTEUR
Le 6 cylindres en ligne 3 litres de la supra est une belle mécanique
son nom de code 2JZ-GTE est désormais dans toutes les têtes. Très
compact, très carré (86x86) dopé par deux turbos séquentiels maison,
ce moteur offre une réactivité surprenante. Avec 330 chevaux sur
les roues arrières mieux vaut être prudent tant ses accélérations
sont vigoureuses. La plage de couple est, comme sur tous les moteurs
suralimentés, importante (44,4 m/kg) et plate à partir de la zone
de déclenchement du premier turbo. La gestion des turbines est confiée
à l'ECM (puce du moteur) elle ouvre le premier turbo à partir de
2000 tr/min, le deuxième se déclenche ensuite, si la charge reste
importante et la vitesse élevée (4000 tr/min). Ce système exacerbe
le côté coupleux du moteur en lui offrant un second souffle dans
les tours. La sonorité est absente du tableau et on ne pourra entendre
le 6 que fenêtre ouverte et par une nuit calme. De même les turbines
sifflotent à 0,7 bar et sont loin des hurlements d'un gros turbo
de Subaru. Le véritable intérêt de ce moteur est dans son potentiel
à pouvoir accepter des chevaux supplémentaires. Développé au départ
pour pouvoir produire un peu plus de 450 chevaux, beaucoup de ses
pièces sont surdimensionnées. C'est pourquoi on retrouve fréquemment
des éléments de Supra dans des véhicules préparés (ex : pompe à
essence). Avec un cahier des charges aussi exigeant et une puissance
aussi modeste en comparaison, la voiture est un modèle de fiabilité.
Vous pourrez augmenter, chez un spécialiste, sa puissance avec un
boîtier additionnel, et d'autres accessoires... Vous vous retrouverez
alors au volant d'un avion de chasse version Top Gun...
SUR LA ROUTE
La supra est d'une conception très classique, c'est une propulsion
avec moteur avant qui possède une double triangulation avant et
arrière avec de grosses barres antiroulis. Mais avec 330 chevaux
sur les roues arrières sa conduite sur terrain glissant n'est pas
de tout repos. Elle avale le 0 à 100 en 5 secs 8 et le 1000 m/DA
en 25 secs 2 ce qui ne laisse rien présager de bon. Elle dispose,
pour seules aides, d'un système à glissement limité qui permet de
réduire les pertes d'adhérence et un anti-patinage électronique
TRC (déconnectable). Ces béquilles sont suffisantes en conduite
normale mais dès que le rythme s'accélère, elles se retrouvent dépassées.
Le châssis pourtant homogène souffrent de l'arrivée brutale du couple
et de la puissance. Ne sortez pas piloter par temps de pluie sous
peine de vous retrouver en travers dans tous les virages. Sur les
lignes tendues de l'autoroute elle trouvera sa place et vous pourrez
alors profiter pleinement de la force de ce dragster nippon. Côté
freinage, on a droit à quatre disques ventilés avec 4 pistons a
l'avant et 2 à l'arrière. Ainsi équipé, on s'arrête sereinement
en conduite normale malgré les 1600 kg du véhicule. En conduite
sport il est nécessaire, une fois de plus, de faire attention, la
voiture n'aime pas les changements de cap brusques, ni les freinages
très appuyés en courbe. Finalement, la Supra est une voiture à deux
visages. Pour les conducteurs sages qui aiment la puissance, qui
aiment les autoroutes et qui ne sont pas amateurs de spéciales en
montagne ; elle est parfaite. Pour les pilotes qui savent gérer
le survirage, qui aiment les drifts et les conduites sportives sans
assistances électroniques ; elle est divine. Pour les autres mieux
vaut s'orienter vers un véhicule moins puissant ou alors muni de
4 roues motrices.
ACHETER UNE TOYOTA SUPRA MK4
La Supra n'est pas à l'entretien un gouffre sans fond, au contraire
elle se montre la plus frugale des GT. Il faut compter des petites
révisions tous les 30000 kms pour un coût moyen de 300 €. Pour la
courroie de distribution elle se fait aux alentours de 90000 km
pour un prix très raisonnable de 500 €. Toyota possède pour les
devis un outil de diagnostic qui vous donne le tarif précis (pièces
et MO) par véhicule et qui donne le prix plafond des réparations.
Donc largement devant les Nippones (3000GT, 300Zx), la Supra écrase
les Allemandes et les Italiennes en terme de coût. C'est bien simple
le rapport entre les deux est de 4 ou 5 en faveur de la Japonaise.
Mais attention, pour avoir un coût aussi faible mieux vaut être
précautionneux et choisir la bonne occasion. Tout d'abord faire
attention aux modifications, plus il y en a, moins le modèle sera
intéressant. Vérifier soigneusement le harnais électrique dans le
moteur, vérifier les durites. Attention à la boîte de vitesse encore
une fois on a affaire à GetRag. Moins fragile que celle de la Mitsubishi
3000 GT, la boîte 6 est tout de même sensible aux passages brutaux.
Le fabricant GetRag force les petits automobilistes à payer le prix
fort, en effet le changement d'une pièce est impossible, il faut
tout remplacer (3000€). Attention aussi aux freins AV/AR et à l'état
des plaquettes. Très important : le "soupir de la mort" du 2eme
turbo. Si les turbos sifflent trop ou émettent comme un soupir,
ils sont sur le point de mourir. Dans la Supra le bruit des turbos
basse pression est quasiment inaudible d'origine. Pour les plus
ingénieux vous pouvez sortir les codes d'erreur de la voiture ;
pour cela faite un court-circuit temporaire entre les connecteurs
TE1 et E1 du connecteur de diagnostic que ce soit le boîtier dans
le compartiment moteur, ou à côté des pieds du chauffeur. Si ça
clignote rapidement tout est bon, sinon faite attention la voiture
à un problème. Au niveau du châssis, attention aussi au pont arrière,
il ne doit pas y avoir de vibration à haute vitesse. Lors de l'essai
du véhicule demandez à faire un tour sur voie rapide ou autoroute.
Regardez si le véhicule est équipé d'un Torsen, ou d'un DGL (différentiel
à glissement limité). Pour cela lire la dernière lettre du code
moteur (cf. B03B), elle indique si c'est un DGL (A), ou un Torsen
(B) cela pourra être utile si vous devez effectuer des réparations.
:: CONCLUSION
La France découvre aujourd'hui le japon, et c'est pour notre
plus grand plaisir. Les connaisseurs comme moi, admirent depuis
des années passer dans les rues les rares 3000GT, 300Zx, Rx7, Supra,
... Leur conception innovante, leur fiabilité, leur look original
percent enfin dans l'hexagone. Le problème est que tous ces modèles
ne sont plus vendus dans notre cher pays et que seul le marché de
l'occasion peut nous permettre de nous les procurer. Alors l'homme
averti pourra se sortir des complexités des modèles, des années,
des provenances, des modifications... mais il faudra qu'il s'arme
de patience pour trouver celle qui n'a été vendu qu'a quelques centaines
d'exemplaires : Madame SUPRA MK4 Twin Turbo. Après son achat il
sera au volant de l'une des plus originales et performantes voiture
de sport. Et si le démon de la préparation le taquine, il pourra
même, moyennant finance, pousser son bolide à des puissances inavouables...
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