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FORMULE GAGNANTE !
Même si les puristes ne
jurent que par les Ferrari 2 places et snobent les versions 2+2 plus conciliantes
pour les pères de familles. Pourtant, les chiffres de ventes depuis l'apparition
de la première Ferrari 250 GT 2+2 ont donné raison à ce concept
qui n'a eut de cesse de perdurer dans la gamme Ferrari, aujourd'hui encore. Après
un intermédiaire de quelques dizaines de Ferrari 330 America " hybrides
", la nouvelle 330 GT 2+2 est dévoilée en janvier 1963. Environ
1000 exemplaires et trois ans plus tard, la formule 2+2 marche toujours aussi
bien à Maranello...
Texte: Nicolas LISZEWSKI
- Photos: D.R. En 1960, Ferrari adopte pour la première
fois une GT avec quatre places : la 250 GT 2+2. La réussite commerciale
de cette formule avec 1 000 exemplaires écoulés conforte Maranello
dans ce choix. Malgré les critiques des puristes cette formule 2+2 a séduit
les pères de familles qui ne peuvent rouler assez souvent avec leur voiture
de sport le week-end par manque de place pour les enfants. Le partenariat avec
Pininfarina s'intensifiant sur les Ferrari, la 250 GT 2+2 était dessinée
avec talent par le designer italien qui avait réussi à concilier
un design sportif et élancé tout en préservant un habitacle
à quatre places. Sous le capot avant, le V12 Ferrari sonnait la charge.
La Ferrari 330 GT 2+2 avait été initiée par le Commendatore
lui-même au cours de l'hivers 1960-61 avec une auto sur mesure : sur un
châssis de 250 GT 2+2 il avait fait greffer le moteur V12 4 litres (le 400
SA) qui était déjà sous les capots des Ferrari 400 Superamerica
(2257 SA). En 1963, la gamme 2+2 évolue donc sensiblement avec la rare
version America, sorte de 250 GT 2+2 avec un moteur 400 SA. Lors de la conférence
de presse annuelle Ferrari à Maranello, le 11 janvier 1964, Ferrari dévoile
sa nouvelle 2+2, la 330 GT.
DESIGN
La Ferrari
250 GT 2+2 s'était affranchi des risques d'une ligne déséquilibrée
ou massive en intégrant 2 places supplémentaires. Pininfarina a
remis ses crayons sur la planche à dessin pour la Ferrari 330 GT 2+2. Finalement,
le profil de l'auto reste très similaire à sa devancière.
Ce sont surtout les faces avant et arrière qui diffèrent très
nettement. La poupe de la Ferrari 330 GT est notamment inédite avec y arrière
un peu bulbeux et des petits feux en amandes positionnés horizontalement
à chaque extrémité. Le petit coffre permet d'emmener avec
soi quelques bagages et est agrémenté de la trappe à essence
aussi esthétique qu'élégante. Sur le dessus de la malle de
coffre sont apposées les lettres mythiques " FERRARI ". L'avant
de la 330 GT change également les habitudes de la maison Ferrari, mais
reprend en fait un exercice de style déjà employé sur la
Ferrari Superfast 4 avec des blocs optiques composés de double phares de
tailles différentes. Cela donne à aux premières Ferrari 330
GT une vraie personnalité différente et marquée. Cet avant
a été diversement apprécié à sa présentation,
et finalement dès 1965, Pininfarina redessine l'avant de la 330 GT avec
deux phares plus conventionnels au catalogue Ferrari de l'époque. En véritable
GT des années 60, les touches de chromes sont encore abondantes. Les fins
pare-chocs notamment héritent de petites bananes. Pour permettre au V12
de respirer, les flancs avant de la 330 GT sont aérés. De simples
grilles sur les premières séries, puis de vraies ouies de requin
sur les séries 2 comme l'exemplaire qui illustre ce dossier. L'habitacle
semble vaste au premier abord, et il l'est en effet plus que sur une 250 GT 2+2
puisque la place pour les passagers arrière en profondeur (pour les jambes)
a progressé de près de 10 cm. L'accès est assez aisé,
même s'il convient de rester souple. A l'avant-scène, c'est un peu
la déception. Le levier de vitesse possède un soufflet en cuir et
on ne voit donc pas la mythique grille Ferrari. Un choix délibéré
de la part de Ferrari qui voulait sa 330 GT aussi bourgeoise que sportive. Toute
recouverte de cuir noir, la planche de bord est typique des Ferrari de ces années
avec du bois et des cadrans cerclés d'un plastique noir. La qualité
de fabrication et la présentation ne sont pas à citer en exemple,
mais en revanche c'est bien agencé. On trouve facilement sa position de
conduite, et le pédalier amélioré sur les séries 2
est nettement plus agréable à l'usage.
MOTEUR
Même si le moteur V12 qui équipe la Ferrari 330 GT pourrait sembler
être une reprise pure et simple du moteur 4 litres de la Ferrari 400 Superamerica
(400 SA - type 163), c'est en réalité un V12 remanié avec
même un nouveau type moteur 209. La cylindrée reste toujours fixée
à 3967 cm3 avec des cotes alésage-course inchangées (77 x
71 mm). Le refroidissement du moteur a été retravaillé par
un allongement du bloc tout alu pour permettre une meilleure circulation de l'eau.
Une nouvelle pompe à eau a donc été montée. Cette
dernière entraînée par courroie, a nécessité
un nouveau dessin de carter antérieur. La distance entre les axes des cylindres
a été accru de 4 mm supplémentaires. Les bougies sont également
repositionnées. Enfin, place à la modernité avec un alternateur
de 40 ampères qui remise au placard l'antique dynamo. Ce V12 à quatre
arbres à cames en tête est alimenté par trois carburateurs
Weber double corps 40 DCZ/6. Ferrari annonce une puissance de 300 ch à
6600 tr/mn et un couple de 33,2 mkg à 5000 tr/mn. Les performances mesurées
à l'époque faisait état de 245 km/h en vitesse maxi et un
kilomètre départ arrêté en 27 secondes environ. Des
performances, qui aujourd'hui encore font de cette Ferrari 330 GT 2+2 une véritable
sportive. Lorsque le V12 se réveille, il semble se racler le fond des trompettes
d'admission, puis une fois en température, il ne demande qu'à chanter
dans les tours. Grave puis vers les aigus. Pas de doute possible, les italiens
sont des chefs d'orchestres des bielles et des soupapes ! Et son souffle semble
inépuisable, propre aux V12 musclés. Pour encaisser ces performances
et contraintes mécaniques en augmentation de plus de 25%, les organes de
transmission sont renforcés. L'overdrive Laycock (la Ferrari 330 GT 2+2
est équipée au départ d'une boîte mécanique
à quatre rapports) a également été modifié
pour être automatiquement débranché lorsque la quatrième
est désengagée. Courant 1965, cette boîte 4 avec overdrive
sera abandonnée au profit d'une boîte cinq rapports synchronisés.
CHASSIS
Sous
cette robe signée Pininfarina se cache un châssis traditionnel à
Maranello. Ce châssis, qui méritait à l'époque encore
véritablement cette appellation, est constitué de tubes de section
ovale soudés électriquement avec le moteur fixé dessus en
quatre points (il passera à une fixation à deux points dès
1966). L'empattement a progressé pour une meilleure stabilité par
rapport à sa devancière (la Ferrari 250 GT 2+2) avec 5 cm de plus
pour passer à 2,65 mètres. En plus de l'équilibre, l'amortissement
a été modifié avec des Koni réglable de série,
tandis que les réglages de suspensions sont revus. Les jantes à
rayons Borrani sont toujours de la partie et abritent un système de freinage
totalement inédit. Quatre freins à disques Dunlop sont en effet
montés de série, mais ils sont abrités pour éviter
tout risque d'aquaplaning de la plaquette sur le disque en cas de pluie. Ils restent
ainsi sec en roulant. Les circuits avant et arrière sont également
indépendants en disposant chacun de leur propre servo-frein, de leur maître-cylindre
et de leur réservoir chacun. A noter que les jantes à rayons Borrani
passeront au rang d'option à partir de 1965 pour laisser des jantes en
alliage chaussées de pneus de 210 HR 15. Si les roues avant sont indépendantes,
l'essieu arrière est lui encore rigide, suspendu par des ressorts à
lames semi-elliptiques longitudinal et des ressorts hélicoïdaux avec
amortisseurs télescopiques. Sur la route, la Ferrari 330 GT 2+2 se révèle
très équilibrée de comportement mais n'offre pas la vivacité
d'une petite sportive. Ses 1380 kg et sa direction (sans assistance sur beaucoup
de modèles) nécessite en effet une conduite sportive typée
GT : comprenez rapide mais au rythme coulée. Pas question en effet d'aller
arsouiller en montagne, d'autant que les freins sont d'époque. Mais une
fois bien assimilé le mode d'emploi, il y a moyen de se faire bien plaisir
au volant de cette Ferrari familiale. ACHETER UNE
FERRARI 330 GT 2+2
Bien
que moins cotée que certaines de ses surs à deux places uniquement,
la Ferrari 330 GT 2+2 reste tout de même située dans des tarifs peu
à la portée du grand public. Comptez environ 60 000 euros pour des
beaux exemplaires. Les différences de cote entre les séries 1 ou
les séries 2 sont mineures car chacun ses goûts entre la calandre
à quatre phares et la calandre à deux phares. Avec 1000 exemplaires
produits, on pourrait penser que l'offre est abondante, mais en fait il n'en est
rien, surtout en France. Car si on ne prend en compte que les autos françaises
d'origine ou d'adoption, elles sont très peu nombreuses chez nous. Il faudra
donc faire preuve de patience pour trouver le modèle convoité. Evidemment,
comme pour toute sportive griffée du cheval cabré, les tarifs d'entretien
se cabrent eux aussi ! Que cela soit les pièces détachées,
leur disponibilité pas toujours évidente, mais aussi les heures
de main d'uvre et leur coût grèvent vite les factures d'entretien
et réparation. Il conviendra donc d'éviter impérativement
toute auto sans entretien et sans historique limpide. L'entretien est particulièrement
conséquent sur ces V12 avec une mise au point tous les 5000 km (allumage
et carburation). Peu de professionnels en France sont compétents pour cette
opération qui peut sembler si basique. Pourtant, cette mise au point contribue
à la longévité du moteur (sinon risque de problème
de surchauffe, soupapes grillées, ou pire, pistons percés). Bonne
nouvelle, c'est un distribution à chaîne et non courroie sur ce V12,
donc prévoir leur remplacement tous les 100 000 km. Le châssis doit
ne pas avoir été touché ou bricolé sous peine de détérioration
du comportement routier ou même d'une caisse qui bouge sur son treillis.
Le train avant doit être réglé régulièrement
(il se désserre en effet sous la pression du poids du V12), et il faut
penser à bloquer les papillons de roue à chaque sortie. Autre thème
qui coûte vite très cher : la carrosserie. Elle doit impérativement
être en très bon état, car chaque panneau de carrosserie est
réalisé à l'unité. En cas d'accident, il faudra refaire
lesdits panneaux à la main ! Un peu comme sur les Aston
Martin de la lignée DB avec la méthode Superleggera.
::
CONCLUSION
Pouvoir conjuguer le blason
Ferrari, avec la possibilité de partir à plus de deux personnes
à son bord et en prime de goûter aux joies des vieilles sportives,
tel est le compromis proposé par la Ferrari 330 GT 2+2. Une ligne griffée
Pininfarina, un V12 d'anthologie qui sonne juste et pousse fort et un châssis
équilibré achèveront de vous convaincre. A condition toutefois
de passer le cap des Ferrari 4 places, toujours un peu boudées par les
puristes, et surtout de posséder un portefeuille garni capable d'assumer
les frais d'entretien qui sont conséquents....
Nous
tenons à remercier Bernard Chevallier de la société Dino
Sport qui assure lentretien de ce très bel exemplaire
pour a patience et sa gentillesse lors de la prise des photos et pour ses conseils
éclairés. Pour en savoir plus : Dino Sport - Téléphone/Fax
: 01 39 61 51 44 Bezons (95)
PRODUCTION FERRARI 330 GT 2+2
Ferrari
330 America Environ 20 ex.
Ferrari 330 GT 2+2 1 000 ex.
TOTAL FERRARI
330 GT 2+2 : Environ 1020 ex emplaires
CHRONOLOGIE FERRARI 330 GT 2+2
1963 : Une vingtaine de modèles Ferrari 330 America feront la transition
entre la 250 GT 2+2 et la 330 GT 2+2. 1964 : Le 11 janvier, lors de
la conférence de presse traditionnelle de Ferrari à Maranello, la
Ferrari 330 GT 2+2 est dévoilée à la presse. Le salon
de Bruxelles est le premier salon officiel de la Ferrari 330 GT 2+2. 1965
: Quelques modifications sont apportées aux Ferrari 330 GT 2+2 : l'overdrive
de fabrication anglaise est abandonné au profit d'une vraie boîte
5 rapports synchronisés, de nouvelles jantes en fonte d'alliage léger
sont montées de série (les roues à rayons Borrani sont reléguées
au rang des options), et sur demande du client, ce dernier pouvait profiter d'une
direction assistée et d'un système de climatisation. La Ferrari
330 GT 2+2 connaît également un léger face-lift avec une calandre
à 2 phares plus simple et plus fine. 1966 : En mars, au salon
de Genève, Ferrari dévoile la 330 GTC qui va donner quelques unes
de ses améliorations à la 330 GT 2+2 (nouvelles fixations du moteur,
pédalier amélioré). En septembre, au salon de Paris, la
version cabriolet de la 330 GTC, la 330 GTS est dévoilée. 1967
: Cabriolet et coupé bicolore (jaune et noir) avec carrosserie spéciale
réalisée par Michelotti à la demande de Luigi Chinetti, l'importateur
Ferrari aux USA. En septembre au salon de Paris, la Ferrari 330 GT 2+2 tire
sa révérence et cède sa place à la nouvelle Ferrari
354 GT 2+2. 1968 : Au salon de Turin, Vignale expose une Ferrari 330
GT avec une carrosserie spéciale break.
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