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Fin du thermique : en France on n'a pas de pétrole mais on a des taxes...

13/04/2026

Fin du thermique : en France on n'a pas de pétrole mais on a des taxes...


 Alors que la France a réaffirmé ces derniers jours sa volonté d'accélérer la transition énergétique, un paradoxe persistant fragilise la crédibilité du discours gouvernemental : comment sortir des énergies fossiles tout en dépendant massivement des recettes fiscales qu'elles génèrent ? La question devient d'autant plus urgente que l'électrification du parc automobile s'accélère, entraînant mécaniquement une érosion des taxes issues des carburants. Les chiffres récemment publiés montrent l'ampleur du manque à gagner… et la difficulté d'un modèle économique bâti depuis des décennies sur l'usage du pétrole.

Un pilier budgétaire difficile à remplacer
Aujourd’hui encore, la fiscalité sur les carburants représente une manne financière essentielle. La TICPE – la fameuse taxe sur l’essence et le diesel – constitue le quatrième revenu fiscal de l’État, pesant environ 16 milliards d’euros en 2025 selon Ouest‑France. D’autres estimations, plus larges, évaluent même la contribution totale des carburants à près de 33 milliards d’euros par an, incluant plusieurs leviers associés à la fiscalité pétrolière.

Cette situation crée un dilemme stratégique : la transition énergétique est indispensable, mais elle assèche une ressource budgétaire cruciale. Le gouvernement l’a reconnu à plusieurs reprises, tout en cherchant timidement des pistes de compensation — souvent très mal accueillies par l’opinion ou les industriels.

Si toutes les voitures devenaient électriques : un gouffre fiscal
Les projections de la Direction générale du Trésor sont particulièrement éclairantes. Selon ces travaux, la disparition progressive des carburants fossiles provoquerait d'ici 2030 : une perte de 11 milliards d’euros et à l’horizon 2050, la quasi‑disparition des 33 milliards d’euros perçus aujourd’hui, conséquence logique d’un parc automobile entièrement électrifié.

Et contrairement à une idée répandue, les taxes sur l’électricité ne compenseront jamais ces pertes. Elles ne devraient rapporter qu’environ 1 milliard en 2030, puis 3 milliards en 2050, soit un déficit colossal par rapport à la fiscalité actuelle du carburant. Autrement dit, si toutes les voitures françaises basculaient demain à l’électrique, le manque à gagner net pour l'Etat français pourrait dépasser 30 milliards d’euros par an.

Un gouvernement tiraillé entre écologie et équilibre budgétaire
Cette tension se reflète dans les décisions récentes, tantôt des mesures encourageant le verdissement, tantôt des reculs face aux risques financiers. Un exemple frappant : la taxe au poids sur les véhicules électriques. Prévue dans le budget 2026, elle devait toucher notamment les SUV électriques, souvent lourds à cause de leurs batteries.

Finalement, face à la colère des industriels et par crainte de freiner l’adoption du VE, l’État a retiré cette taxe du budget, alors même qu’elle devait contribuer à équilibrer les recettes futures. Ce renoncement illustre bien l’ambiguïté de l’action publique : taxer pour compenser la perte du fossile, mais ne pas trop taxer pour ne pas freiner l’électrique.

Durcissement des taxes sur les motorisations thermiques
Parallèlement, le malus CO₂, le malus au poids, et la hausse de taxes sur certains carburants alternatifs comme l’E85 montrent que le gouvernement cherche encore des recettes dans ce qui reste du marché thermique. Les réformes prévues pour 2026 témoignent d’une fiscalité automobile en recomposition, mais aussi de la difficulté à trouver un modèle cohérent et durable. [leocare.eu]

Un paradoxe structurel : verdir tout en dépendant du pétrole
Les contradictions s'accumulent. La France promeut la fin du thermique, mais dépend fiscalement d’un carburant auquel elle veut renoncer. L'électrique coûte cher à l’État, entre bonus, infrastructures et soutien à la filière. Les taxes compensatoires restent politiquement sensibles, comme l’a montré le retrait de la taxe au poids pour les VE. Le modèle économique de la mobilité reste fondé sur la consommation d’énergie taxée, mais l’électricité, faiblement taxée, ne permet pas de maintenir ce modèle.

Le paradoxe est donc autant écologique que budgétaire : la transition énergétique réduit les émissions, mais creuse un trou fiscal difficile à combler sans réinventer la fiscalité automobile.

Vers quel modèle fiscal demain ?
Plusieurs pistes sont évoquées par les experts :
- Une taxation au kilomètre, déjà testée dans certains pays européens.
- Une révision globale de la fiscalité de l’électricité destinée à l’usage automobile.
- Une contribution liée au poids ou à l’empreinte carbone totale, mais politiquement explosive.
- Une fiscalité différenciée selon l’usage, par exemple plus lourde pour les flottes ou les gros rouleurs.

Aucune solution ne s'est encore imposée. Le gouvernement temporise, repoussant à plus tard des choix structurels qui seront pourtant inévitables.

Conclusion : une transition sous haute tension fiscale
La France affiche l’ambition d’un parc automobile totalement décarboné à l’horizon 2035, mais elle reste dépendante des recettes massives issues des carburants fossiles. Le passage à l’électrique, bien qu’indispensable, ouvre un gouffre budgétaire que l’État peine encore à combler sans contredire son discours écologique. Ce double discours — sortir du fossile, mais dépendre du fossile — risque d’alimenter incompréhensions et tensions sociales. La question n’est plus de savoir si une nouvelle fiscalité automobile émergera, mais quand… et avec quel courage politique.

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