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TENTATIVE DE COUP D'ETAT !
Sous l'impulsion du génial
et fantasque Ferdinand Piech, le groupe VAG a connu une expansion
et un repositionnement impressionnant. Le nouveau vaisseau amiral
de VW est à la mesure des ambitions de son ancien PDG. La
Phaeton, vient chasser sur les terres de Mercedes, BMW, Jaguar et
le petit cousin Audi, les valeurs établies de la catégorie.
Alors, mission impossible ou tentative de coup d'état ?...
Texte:
- Photos: D.R.
Ferdinand Piech présente la
caractéristique des grands génies dans leur domaine
de prédilection. Sa parenté avec la famille Porsche
lui a valu de travailler avec succès sur des ambitieux projets.
A son actif, on lui doit les victorieuses Porsche 917, la transmission
intégrale Quattro sur les Audi et la montée en gamme
et la construction de l'image Audi. Aussi, après une carrière
entière vouée au succès, il est presque logique,
que la démesure gagne même les grands hommes. La stratégie
pour le groupe VAG s'établit donc de la manière suivante
: Audi doit venir concurrencer BMW (la technologie), Seat contre
Alfa Romeo (la sportivité), Skoda doit se substituer à
VW (" voiture du peuple "), et VW doit ni plus ni moins
chasser sur les terres de Mercedes (qualité et sécurité).
Pour parvenir à ses fins, le groupe VAG a donc lancé
simultanément une grande offensive dans le haut de gamme
avec le Touareg (commun avec le Porsche Cayenne) et la Phaeton.
Cette dernière cache sous une plastique très conservatrice
des innovations et des solutions intéressantes.
ESTHETIQUE TRADITIONNELLE
Pour sa berline de grand luxe, VW n'a pas souhaité bousculer
les traditions du segment, à l'inverse de la démarche
de Renault avec sa Vel Satis. Au premier regard, la Phaeton est
même décevante, car les similitudes avec la Passat
sont nombreuses. Pourtant, si on la détaille de plus près,
le traitement de la face avant est très intéressante
et séduit immédiatement par sa fluidité, tandis
que la poupe avec sa malle arrière proéminente et
son logo VW impose leur stature. Large, profilée, et bien
posée sur ses quatre roues, la Phaeton arrive à convaincre.
Les deux double sorties d'échappement carrées finissent
de vous avertir sur la cavalerie noble en attente sous le capot
avant. Le design général de l'auto s'apparente ainsi
aux valeurs établies du segment, surtout la Mercedes Classe
S. Plutôt élégance que sportive ou excentrique.
DU VW SUBLIME !
D'ordinaire, VW nous a habitué à des habitacles
très bien finis et à l'équipement complet.
Nous attendions donc VW au tournant pour sa nouvelle Phaeton. Admettons
d'emblée que l'ensemble présente une finition exceptionnelle,
au niveau d'Audi. L'impression générale de finition
et de qualité perçue est excellente. Le seul reproche
provient de l'aspect un peu massif de la console centrale et du
levier de boîte auto imposant. Sinon, c'est le sans faute.
L'équipement est ultra complet, même si comme de coutume
chez les constructeurs allemands il subsiste toujours quelques options
mesquines au catalogue. A noter que la sono embarquée est
dotée de série sur la W12 d'un ampli 12 canaux de
270 watts. Ambiance concert assurée
Le PDG en herbe
pourra opter pour la variante à 4 places (deux sièges
séparés derrière) avec un équipement
enrichi. Nous sommes donc loin de la voiture du peuple, mais à
Wolfgsburg on parle désormais de voiture universelle
MOTEUR !
Certes, le W12 qui est sous le capot de la Phaeton n'est plus
une réelle nouveauté, car c'est l'ancienne Audi A8
qui l'avait inauguré. Il n'en demeure pas moins que la prouesse
technique est bien là et la maîtrise du groupe VAG
dans les innovations techniques et les nouvelles voies est réelle.
Malgré son appellation " W ", son architecture
n'est pas en W mais en double " V ". Il s'agit donc de
la réunion de deux blocs VR6 à 15° séparés
par un angle de 72°. Le principal avantage de cette architecture
est sa compacité. Avec 6 litres de cylindrée, ce W12
développe la puissance respectable de 420 ch à 6 000
tr/mn et un couple de 550 Nm de 3 000 à 4 700 tr/mn. Pour
passer la cavalerie sur le bitume, la transmission est intégrale
et la boîte est exclusivement automatique à 5 rapports.
SUR ROUTE
La lourde porte se referme dans un bruit sourd et j'ai l'impression
d'être coupé du monde extérieur. C'est certes
moins insonorisé qu'une Lexus LS430 par exemple, mais la
différence de niveau sonore est bien réelle une fois
les portes closes. Bien assis dans les larges sièges recouverts
de cuir souple, l'imposante planche de bord se dresse sous nos yeux.
Il me faut quelques minutes pour repérer toutes les fonctions.
Seule incongruité à mes yeux : la montre analogique
qui semble anachronique dans cet univers high tech. Le sélecteur
(digne d'une commande d'Airbus !) positionné sur Drive et
c'est parti ! Majestueusement, la Phaeton s'arrache du sol et avance
prestement. Les poussées sont franches, mais le poids de
l'auto relativement élevé (plus de 2,2 tonnes !) impose
ses conséquences : toute idée de sport ou de conduite
énergique sera à bannir. Cela nous rappelle les anciennes
Jaguar XJ dans l'esprit. Un comportement sain et équilibré,
mais un amortissement trop typé confort (merci la suspension
pneumatique...) et un poids qui nuit aux performances. Nous sommes
loin des poussées dantesques de l'ancienne Audi S8, ou de
l'actuelle Mercedes S600 dotée du V12 biturbo de 500 ch.
Imperturbable dans les grandes courbes, sa maniabilité est
déjà plus critiquable dès que les lacets se
resserrent. Sinon le confort général en ordre de marche
est remarquable, les inégalités de la route sont filtrées
avec succès et la maladie chronique des amortisseurs VW qui
pompent semblent être de l'histoire ancienne. Agréable
à conduire, la Phaeton est également agréable
à vivre avec tout son équipement de série très
complet, et sa finition hors-pair
:: CONCLUSION
Même si au départ on peu sourire, la proposition haut
de gamme VW est intéressante. D'accord, les performances
aussi bonnes soient-elles, n'offrent pas l'agrément et le
ressenti de celles de ses concurrentes directes. Mais il n'en demeure
pas moins que VW a su se concentrer sur ses qualités premières,
à savoir une finition exempte de toute critique et un équipement
complet. La plus grosse inconnue réside sur l'avenir même
de ce type de produit chez VW et sur la construction de son image.
Mais après tout, il fallait être courageux à
l'époque lors de la commercialisation des premières
Audi V8 pour en acheter, et l'avenir a donné raison à
ses acheteurs
CE
QU'EN PENSENT NOS CONFRERES :
"Pari
risqué, VW, fort de son image en béton armé,
se lance dans le très haut de gamme. La Phaeton se veut ni
plus ni moins qu'une limousine capable de se mesurer au Audi A8,
BMW Série 7 et Mercedes Classe S ! Son seul handicap est
d'arborer un logo "populaire" car sur tous les autres
plans, ce pullman n'a rien à envier à ses prestigieux
rivaux. Moteur W12 de 420 ch, suspensions pneumatiques, nombreux
équipements électroniques, habitacle tendu de cuir
et de bois précieux : nous sommes bien en présence
d'une automobile pour les grands de ce monde. Elle fait même
figure d'épouvantail par ses performances et son comportement
routier, digne d'une sportive. Bilan : la Phaeton constitue une
incontestable réussite. Alors, prêts à signer
un chèque de 113 420 euros ?"
AUTO PLUS - HS ESSAIS 2003.
"La
Phaeton connaîtra-t-elle une belle carrière ? Commercialement
parlant c'est mal parti, à moins que la version V10 diesel
ne bouleverse les choses. On se demande pour qui cette VW a vu le
jour. S'il s'agit d'un exercice de style, il est réussi,
car sous un aspect très conventionnel, la Phaeton surprend
par sa qualité de construction irréprochable, sa finition,
son équipement, l'apparence de luxe, son silence de fonctionnement.
Sur ces points, elle surclasse bien des Mercedes. Son comportement
est également absolument remarquable et son W12 a du répondant."
SPORT AUTO - Juin 2003.
"Le
6 cylindres est un peu juste et pas très noble ? Passez au
W12. Evidemment, ce n'est plus du tout le même budget (ni
la même consommation !), mais l'apport en agrément
est sans commune mesure. Le 6 litres apparu début 2002 dans
l'Audi A8, a de la carrure et déplace avec une aisance déconcertante
les 2,3 tonnes de l'engin. Impressionnant. Les quatre roues motrices
en permanence assurent une dose supplémentaire de sécurité
lorsque la version V6 se centente de deux roues motrices à
l'avant. Dommage toutefois que la boîte automatique ne comporte
que 5 rapports, comme pour la V6, alors que les Série 7,
Audi 18 et désormais Jaguar XJ disposent d'un rapport supplémentaire.
Enfin, comme souvent avec ce type de berlines de très grand
luxe, l'habitabilité arrière est moyenne rapportée
au gabarit. Comme ses rivales, la Phaeton mériterait bien
une version longue."
LE MONITEUR AUTOMOBILE - 2 janvier 2003.
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