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REVOLUTION DE PALAIS !
La nouvelle Rolls-Royce Phantom,
est la première production de la noble firme britannique
conçue sous l'égide de BMW. Une véritable révolution
pour une auto de prestige qui affiche fièrement un design
original et les caractéristiques de son V12 de 6,75 litres.
Le secret n'est donc plus de mise et n'importe quel amateur sait
désormais qu'une Rolls-Royce Phantom développe 460
ch. Une certitude, la Phantom n'existera pas sous la marque Bentley,
passée sous contrôle de VAG. Les temps sont durs pour
les anglaises...
Texte:
- Photos: D.R.
Rolls-Royce est une des plus vieilles firmes
automobile de prestige toujours en activité. Fondée
par Charles Rolls et Henri Royce, la marque s'est toujours distinguée
par une calandre imposante et droite symbolisant un temple grec,
surmontée par la Spirit of Ecstasy, une sculpture de femme
penchée en avant face au vent. Si des décennies durant,
Rolls-Royce, qui avait racheté Bentley entre-temps, a su
pérenniser son image, l'avenir du groupe s'est assombri à
la fin des années 80. Après les vicissitudes des opérations
de rachat et de la lutte entre VAG et le groupe BMW. A nous les
petites anglaises avaient semblé se dire les deux ogres allemands.
Depuis, suite aux situations intermédiaires avec des modèles
communs, mais des mécaniques différentes entre Rolls-Royce
et Bentley, le groupe BMW a présenté et commercialisé
le nouveau vaisseau amiral de Rolls-Royce, et par-là même
celui du groupe BMW. Cette lutte à haut niveau dans le segment
des berlines de prestige très haut de gamme est estimé
à 8 000 unités par an. Maybach, un des concurrents
actuels les plus sérieux de Rolls-Royce espère en
écouler 1000 par an. C'est également l'objectif que
s'est fixé le groupe BMW pour sa Rolls-Royce Phantom. Après
quelques mois de commercialisation, et à l'occasion de ce
Mondial, nous avons décidé de prendre contact avec
l'une des nouvelles références du monde automobile.
Mais en passant sous l'égide de BMW, en communiquant ses
caractéristiques de puissance et en partageant certains composants,
Rolls-Royce n'a-t-elle pas vendu son âme ? Réponse
dans cet essai de l'Automobile Sportive.
DESIGN
Pour dessiner et concevoir cette nouvelle Rolls-Royce Phantom, l'équipe
mandatée par le groupe BMW en 1999, Karl-Heinz Kalbfell le
responsable du projet et Ian Cameron le directeur du design, a pour
mission de présenter officiellement le projet pour le 1er
janvier 2003. Les deux compères se sont installés
dans un ancien bâtiment au cur de Londres afin de mieux
s'imprégner de la culture du Royaume Uni. Pas question en
effet de dessiner des Rolls-BMW. Cela serait une erreur totale.
Dans le courant de l'année 1999, cinq maquettes d'argile
étaient présentées au board de BMW et également
à quelques membres de divers Enthousiats Clubs. C'est la
création d'un jeune designer yougoslave, Marek Djordjevick
qui était issu du studio de design californien de BMW. Il
réussit en effet le tour de force de ré-interpréter
la thématique Rolls-Royce, sans pour autant verser dans le
néo-rétro ou le replâtrage, comme cela avait
été malheureusement le cas avec la génération
précédente. Tous les impératifs de la marque
ont été préservés et respectés.
La calandre maison inspirée d'un temple grec et surmontée
de la Spirit of Ecstasy ont été conservés,
mais la calandre n'est plus totalement plane et se courbe légèrement
pour mieux épouser les formes de la proue. Cela reste toutefois
très discret. Les flancs de l'auto ont conservé les
même traits que ceux des Silver Shadow, qui reste une des
Rolls-Royce les plus populaires. Le pavillon reprend également
l'inspiration des Rolls-Royce de la belle époque : Silver
Shadow et également Silver Cloud. Mais dans le cas de la
Phantom actuelle, les épais montants C et la faible hauteur
de pavillon alliée à une ligne de caisse assez haute
concours à donner une ligne très personnelle. Tout
le mythe de l'Angleterre motorisée revisitée avec
talent. Le dessin des blocs optiques surprend de prime abord, mais
à force de contempler le physique de cette noble dame, on
se surprend à l'apprécier. Lors de sa présentation,
j'avoue avoir eu quelques difficultés à apprécier
sa ligne à sa juste valeur. Mais finalement, comme tout uvre
d'art réussie et novatrice, il faut une certaine période
pour l'apprivoiser et l'apprécier. Dans l'habitacle, BMW
s'est également fait oublier. Ouf ! Il aurait en effet été
dommage de casser la tradition anglaise des intérieurs cosy.
Même l'I-Drive et les commandes électroniques multiples,
toujours présents, ont été masqués derrière
des boiseries et dans des tiroirs. Les sièges sont d'un confort
royal, et la qualité de finition et présentation est
exceptionnelle. Pas de doute, nous sommes bien à bord d'une
Rolls-Royce ! Le catalogue des options indique que même à
ce niveau de prix, les mesquineries sont toujours de mise. Peut
être une mauvaise habitude de son tuteur
MOTEUR
Pour animer la belle anglaise, il n'était plus question d'utiliser
le V8 maison. D'ailleurs, il ne passera plus les normes anti-pollution,
et Bentley, désormais sous l'égide du groupe VAG refuse
de le laisser sous le capot d'une marque qui lui a échappé.
Les ingénieurs vont donc aller chercher ce qu'il y a de meilleur
dans le catalogue BMW : le V12 de la série 7, noblesse oblige
! Mais avant de le glisser sous ce prestigieux capot en aluminium,
il convient de lui augmenter la cylindrée pour passer à
6,75 litres. On imaginerait mal en effet avoir le même moteur
qu'une série 7 affichée à un tarif deux fois
moins cher. Mais pour le reste, toute la technologie du V12 BMW
est reprise sur celui de la Rolls-Royce Phantom : injection directe
d'essence, double Vanos, 2 culasses à double arbre à
cames en tête agissant sur 48 soupapes, Valvetronic (levée
variable des soupapes). Toutes ces innovations autorisent ainsi
un meilleur fonctionnement, des performances moteurs plus élevées
et également une meilleure maîtrise de la pollution.
Sur la Rolls-Royce Phantom, ce V12 de 6,75 litres développe
donc 460 ch, et surtout un couple appréciable de 720 Nm à
3 500 tr/mn. Son rendement mécanique de 68,15 ch/litres change
des valeurs habituelles de la marque à l'hélice. Ici,
pas question en effet d'aller flirter avec la zone rouge en permanence.
Ce sont surtout le couple, le confort de marche et les reprises
qui comptent le plus. D'ailleurs, selon la tradition maison, c'est
une boîte automatique ZF 6HP32 à 6 rapports qui est
accouplée au V12. Par rapport à la même boîte
montée sur la série 7, elle est ici renforcée
pour digérée au mieux le couple gargantuesque et également
accepter un sélecteur de vitesse située derrière
le volant, à l'ancienne. Pas de possibilité de passage
des vitesses séquentielle. Les deux seules solutions pour
piloter la boîte " manuellement " sont soit d'activer
un bouton sur le tableau de bord pour générer davantage
de frein moteur, ou alors avec la gestion auto-adaptative de la
boîte. Côté performances, même si la vocation
première de la Rolls-Royce Phantom est le confort et la douceur
de fonctionnement, les chiffres sont très éloquents
pour une berline de 2,5 tonnes : 26 secondes au kilomètres
DA, moins de 7 secondes au 0 à 100 km/h et 240 km/h en pointe.
Des chiffres peu habituels pour une Rolls-Royce. Au volant, la poussée
est en effet très franche lors de kick-down et les reprises
sont surprenantes compte-tenu du poids de l'auto. Merci le couplé
! Mais c'est surtout aux allures réglementaires que la Phantom
distille un agrément mécanique exceptionnellement
ouaté : peu de perception des changements de rapports de
boîte, un moteur souple et onctueux, qui sait même rester
mélodieux lorsque l'on roule fenêtre ouverte.
CHASSIS
Pour le châssis, les nouveaux maîtres de la marque mythique
ont eu recours à l'aluminium pour la structure de la Phantom
et également pour les panneaux de carrosserie. L'objectif
avoué, vous l'aurez compris, est de lutter contre la prise
de poids et conserver une rigidité optimale, nécessaire
pour une bonne tenue des trains roulants. Surtout sur des autos
de ce gabarit avec 5,8 mètres de long ! Les éléments
des suspensions sont également entièrement en aluminium.
L'essieu arrière fait appel à un train arrière
multi-bras, tandis que l'essieu avant est composé d'un berceau
auxiliaire, de triangles transversaux supérieurs, bras transversaux
et tirants inférieurs. Une suspension très évoluée
qui privilégie par ses réglages le confort, valeur
éminemment capitale pour le constructeur de Goodwood (puisque
Crewe appartient désormais à Bentley - VAG). Pour
compléter ces suspensions " classiques " un système
pneumatique à pilotage entièrement électronique
de l'amortissement. A l'usage, la Rolls-Royce Phantom distille un
confort exceptionnel mais à un train de sénateur.
Dès que le rythme s'accélère, la belle anglaise
prend beaucoup de roulis dans les courbes et l'ESP se déclenche
très tôt, à bonne escient, car on voit mal mettre
en travers une Rolls de 2 tonnes !! Impeccable pour les voyages
au long court, la Rolls-Royce Phantom est distancée par ses
rivales directes (Maybach 57, Mercedes-Benz S600 L, BMW 760iL, Audi
A8 W12
). Pour le freinage, BMW a laissé quelques traces
car la Phantom en plus de l'ABS est dotée du système
CBC (l'aide au freinage d'urgence). A noter que le frein de stationnement
est électrique. Enfin, la Rolls-Royce Phantom se caractérise
par un équilibre remarquable, dû en grande partie à
sa répartition des masses idéale de 50/50 et également
son empattement relativement imposant.
:: CONCLUSION
Pari difficile pour le groupe BMW, mais pari réussi avec
panache. Après un passé récent tumultueux,
et une reprise controversée, Rolls-Royce avec la Phantom
poursuit sa carrière avec panache en ayant renouvelé
le genre de l'exception anglaise. La technologie embarquée
bavaroise a su rester discrète et apporte ses avantages pour
conserver le luxe et l'exception, notamment en matière de
confort. Seul regret, qui reste une paille, l'absence de secret
sur les caractéristiques mécaniques. Le mythe, pour
l'entretenir, doit toujours conserver son lot de secrets
CE QU'ILS EN ONT PENSE :
"Certes, la nouvelle Phantom est une grande limousine spacieuse
et imposante, très confortable, puissante et sûre,
voire parfois amusante
comme tant d'autres. Car en réalité,
elle ne fait rien de mieux (pour ne pas dire que, sur certains points,
elle se débrouille même moins bien !) qu'une Audi A8
W12 6.0, une BMW 760iL ou une Mercedes S600 qui coûtent la
moitié de cet élégant char sur roues. Mais
établir ce genre de comparaison est révélateur
d'une chose : pour apprécier les qualités qui font
de la Phantom une voiture unique, il faut pouvoir d'imprégner
de l'esprit Rolls-Royce, du Spirit of Ecstasy. Difficile d'expliquer
en quoi cela consiste exactement. Disons qu'i' faut être capable
de voir, d'entendre, de toucher, en un mot de savourer. A partir
de ce moment (et pour autant, bien entendu, que vous ayez les reins
suffisamment solides), si tous vos sens sont à la fête,
alors, c'est que vous êtes prêts à savourer une
Rolls-Royce."
LE MONITEUR AUTOMOBILE - 24 février 2004 - Rolls-Royce
Phantom.
"N'en déplaise aux conservateurs
radicaux, le nouveau fleuron de l'automobile de luxe anglaise est
désormais conçu et fabriqué par BMW
comme
la Mini ! La Rolls-Royce " germanisée " reste une
voiture particulière, tant par ses dimensions que par ses
caractéristiques mécaniques (le V12 a évolué
jusqu'à 6,75 litres, un chiffre historique pour la marque).
Ce qui n'empêche pas de revendiquer une conception ultra-moderne.
Luxe et volupté sont au rendez-vous, avec les meilleurs matériaux,
dissimulant les équipements technologiques (I-Drive,
)."
SPORT AUTO - Juin 2003 - Rolls-Royce Phantom.
"Sans effort apparent, la Phantom
quitte la position " arrêt " avec la grâce
de ses ancêtres. Glissant sur l'asphalte, comme un palet sur
la glace vive, elle met un point d'honneur à maintenir une
assiette constante, aidée en cela par sa suspension pneumatique
pilotée. La boîte automatique à 6 rapports démarre
en seconde afin de préserver les occupants d'éventuels
à-coups, conséquence du colossal couple-moteur. Fort
de 460 ch pour 720 Nm de couple, le V12 à injection directe,
d'origine BMW, affiche 6,75 litres : une cylindrée qui ne
doit rien au hasard puisqu'elle copie les précédents
V8 de la marque. Etonnant de souplesse, dépourvu d'inertie,
cette noble mécanique propulse avec une incroyable énergie,
le vaisseau de Goodwood au-delà de 100 km/h en moins de six
secondes. Maniable, précise, la Phantom révèle
un comportement routier vierge de flottement. Seule concession au
passé, le roulis est sciemment entretenu afin de préserver
le confort. Silencieuse, presque discrète, douce et rassurante,
la propulsion britannique pousse le raffinement jusqu'à gommer
les attaques trop brutales du freinage."
AUTOMOBILES CLASSIQUES - Décembre 2003 - Rolls-Royce Phantom.
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